Belgique : un journaliste menacé de licenciement pour avoir critiqué la Une choisie au lendemain des attentats

Le débat sur la liberté d'expression est partout ces jours-ci. Même dans les journaux. En Belgique, le licenciement envisagé (finalement annulé) d'un journaliste fait débat.

Par @F3nord

Xavier Lambert, un chef d'édition locale du groupe Sudpresse, a été menacé de licenciement par sa direction ce mercredi. Selon la RTBF, ce journaliste aurait, dans un mail interne adressé à ses collègues, fait part de son désaccord au sujet d'une Une imprimée par le journal au lendemain de la mort des trois terroristes Kouachi et Oulibaly. Sur cette Une, on voit le visage des 3 jihadistes avec le mot "ABATTU" et en-dessous "JUSTICE EST FAITE". 

La liberté d’expression commence là où on se trouve.


Son mail aurait été transmis au rédacteur en chef qui aurait alors décidé son licenciement. "Ce n'est pas simplement une mise à pied. C'est un licenciement qui lui a été annoncé, et même un licenciement pour motif grave pour le simple fait d'avoir osé poser la question, émettre des doutes, à propos de l'opportunité d'une une du journal Sudpresse, affirme à la RTBF Martine Simonis, secrétaire générale de l'Association des Journalistes Professionnels (AJP). Cette une où l'on voit les trois terroristes avec le mot 'Abattu' et 'Justice est faite'. Que l'on puisse licencier un journaliste pour avoir osé poser une question sur la une, pour nous, cela dépasse toutes les bornes. (...) "La liberté d’expression commence là où on se trouve, et pour les journalistes, c’est dans leur rédaction. Dénier aux journalistes le droit d’émettre un avis sur une question éditoriale, c’est contraire à toutes les valeurs du métier mais aussi au droit d’expression reconnu à tout travailleur, a fortiori s’il est professionnel de l’info"."

L’AJP a dénoncé ce licenciement et annonce également "une action judiciaire immédiate" contre SudPresse. La direction de Sudpresse a aussi évoqué pour justifier ce licenciement "une accumulation de faits avant cette "goutte d’eau qui a fait déborder le vase"."

Une atteinte claire et intolérable aux principes qui guident notre profession.


Sudpresse est un groupe de journaux belge (Nord-Eclair, La Meuse, La Capitale...) qui appartient au groupe Rossel. Rossel possède également La Voix du Nord ou Le Soir. La Société des journalistes professionnels du Soir (SJPS) a également réagi à cet éventuel licenciement dans un courrier adressé au groupe : "La SJPS juge inacceptable qu’un journaliste soit licencié pour avoir voulu soumettre au débat un choix éditorial. Si les faits devaient être avérés, cette décision de la direction de Sud Presse constituerait une atteinte claire et intolérable aux principes qui guident notre profession, à commencer par la liberté de pensée et d’expression."

Finalement, vers 13h30, la direction de Sudpresse est revenue sur sa décision et a décidé de conserver le journaliste menacé de licenciement comme l'indique ce tweet :


Une pétition avait également été lancée en ligne pour soutenir le journaliste. Sudpresse a-t-il cédé à la pression, pour ne pas faire de vagues ? Une réunion eu lieu entre les deux parties. Elle a permis de revenir complètement en arrière. Sur Facebook, Xavier Lambert, le journaliste menacé de licenciement a cérit : "Dialogue renoué: la liberté d'expression est sauve !  Après une rencontre préalable avec la rédaction du Centre, le dialogue a pu être renoué avec la direction et la rédaction en chef. J’ai pu constater que la mini-crise de ces derniers jours n’était finalement pas due à une restriction de la liberté d’expression, mais bien à un couac de communication. Après avoir confirmé notre volonté de l’améliorer, nous avons convenu de poursuivre notre collaboration au sein de Sudpresse. Nous avons mis les choses à plat lors d’une discussion franche et sincère et admis d’un côté que le mail envoyé par rapport à cette fameuse une ne comportait aucune volonté de déstabilisation, d’un autre côté que la façon d’exprimer mon désaccord avait été assez maladroite. Lors de la discussion, j’ai pu répéter comme écrit dans le mail que j’adhérais toujours à la ligne rédactionnelle de Sudpresse, et que s’il y avait des points de désaccord sur des points précis quant au traitement de l’information, ils seraient abordés directement avec la rédaction en chef en toute franchise.

 En tout cas, le débat sur la pertinence de la Une reste, lui, entier, comme le montrent ces tweets.

 

 

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