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Outreau : la redite, à Rennes, jusqu'à la nausée, d'un vertige judiciaire

Daniel Legrand / © MAXPPP
Daniel Legrand / © MAXPPP

Par avec AFP

Des auditions filmées de tout petits enfants victimes de viols, des parents violeurs confrontés à eux 15 ans après, des experts qui s'écharpent sur la véracité de la parole de ces enfants et au final, les violeurs condamnés qui tous disculpent l'accusé... Jusqu'à la lie, le procès à Rennes de Daniel Legrand, l'un des acquittés d'Outreau, pour des accusations de pédophilie non encore jugées pendant sa minorité, a replongé dans sa deuxième semaine la cour, les victimes, l'accusé et le public, dans les méandres d'un fiasco qui, en deux procès, avait déjà profondément ébranlé l'institution judiciaire en 2004 et 2005.

Comme un métronome implacable, sans surprise, la semaine d'audience a démarré par une redite des procès de Saint-Omer en 2004 et de l'appel
de 2005 à Paris, au terme desquels 13 des 17 accusés avaient été acquittés. L'un après l'autre, les quatre condamnés pour les viols des quatre enfants Delay - leur père Thierry, leur mère Myriam Badaoui, puis leurs anciens voisins - ont assuré que Daniel Legrand n'était pas coupable de viols sur ces enfants, qu'il n'était pas là, qu'ils ne le connaissaient pas avant l'instruction...


'Comme elle a dit, Myriam'

Et le vertige a repris la salle au fil des témoignages sur l'engrenage qui a conduit deux hommes, Daniel Legrand et son père homonyme, à être accusés et emprisonnés. 

Un "Dany Legrand en Belgique" apparaît, plusieurs mois après le début de l'enquête, sur une liste d'agresseurs retranscrite par l'assistante familiale d'un des enfants Delay. Leur mère Myriam Badaoui qui confirme, questionnée par le juge d'instruction Fabrice Burgaud : "Le juge m'a montré des photos, il m'a cité sur les photos les gens dont les enfants avaient parlé...", a-t-elle raconté mercredi. Et pourtant elle brodera un profil qui ne correspond en rien aux Legrand arrêtés.

Des co-accusés, sauf Thierry Delay qui ne disait rien, qui vont dire: c'est "comme elle a dit, Myriam..." Une enquête scindée entre deux services policiers dont seul le juge Burgaud avait une vue d'ensemble. De sérieux doutes sur le fond - ni meurtre, ni piste belge, ni réseau pédophile - exprimés dès 2002, en vain, par un rapport de la police judiciaire.

Des enfants traumatisés qui racontent leur histoire à leur "tata", puis à des policiers, puis au juge, puis à des experts: un "enfant ne se trompe pas d'agresseur", dira à la barre jeudi Marie-Christine Gryson Dejehansart, qui ne cache pas sa conviction que certains "acquittés" les ont agressés. "On sait qu'on peut contaminer la mémoire de quelqu'un avec de faux souvenirs et on sait qu'on peut s'autocontaminer", la contredit le professeur Jean-Louis Viaux, qui a aussi examiné ces enfants.


'J'ai inventé'

Car pour couronner le tout, Daniel Legrand, 20 ans à l'époque, après avoir nié toutes les accusations, fait soudainement fin 2001 des "aveux" fracassants : non seulement sur sa participation à des viols, mais surtout sur un meurtre de fillette lors d'une orgie... Il se rétracte quelques semaines plus tard, affirmant avoir voulu démontrer les affabulations de Myriam Badaoui.

"Je savais pas quoi dire, j'ai inventé...", explique-t-il vendredi à la barre. "Je pensais qu'elle allait craquer, je me suis dit : je vais prouver qu'elle est
la menteuse
". Myriam Badaoui avoua avoir menti dès 2004 et Daniel Legrand a été acquitté en 2005 des accusations portant sur la période postérieure à ses 18 ans.

Mais ce sont ces "aveux" et les convictions des enfants devenus grands qui animent quelques dizaines de personnes convaincues de la "culpabilité des acquittés", qui hantent les couloirs de la cour d'assises depuis le début de l'audience le 19 mai.

Des jeunes siglés "Wanted Pedo", des militants véhéments sur les réseaux sociaux, dont une femme, appelée à la barre, qui a accueilli plusieurs des enfants Delay. Et au coeur de cette étrange ambiance, la vraie souffrance de Jonathan, 21 ans, qui contenait avec peine son émotion pour se placer courageusement face à sa mère, mercredi.

"Est-ce que tu vas avoir le courage de dire qu'il n'y avait que quatre" (adultes violeurs, ndlr)?", demande-t-il. "Oui", répond-elle. "On n'était que quatre.
Il y avait pas d'autres adultes
", lui avait aussi répondu, la veille, son père.

Et sur les écrans de la salle d'audience, les tout petits qu'ils étaient, Jonathan 6 ans, Chérif 10 ans, sont apparus mardi, racontant par bribes les sévices endurés, dans leurs auditions filmées. Le son était mauvais. Les mots insoutenables. Dernier acte de la "reconstitution" de ce procès du procès qui s'achève vendredi : les 10 autres acquittés d'Outreau encore vivants vont témoigner lundi et mardi. 

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