En 2018, les arrêts de travail ont coûté plus d'un milliard à l'Assurance maladie des Hauts-de-France

En 2015, les 5 départements des Hauts-de-France affichaient un taux d'arrêts maladie par salarié et par an parmi les plus élevé de France. / © Lionel Vadam/Maxppp
En 2015, les 5 départements des Hauts-de-France affichaient un taux d'arrêts maladie par salarié et par an parmi les plus élevé de France. / © Lionel Vadam/Maxppp

Le 8 octobre, la Cour des Comptes a publié son rapport annuel sur l'application des lois de financement de la Sécurité Sociale. Elle y fait notamment le point sur le système des arrêts de travail. Des arrêts de travail qui ont coûté plus d'un milliard à l'Assurance maladie des Hauts-de-France.

Par Jennifer Alberts

 
Plus de 8 jours par an et par salarié dans le Nord, l’Oise et la Somme. Entre 7 et 8 jours dans le Pas-de-Calais et l’Aisne. Les 5 départements des Hauts-de-France sont parmi ceux dans lesquels les arrêts maladies sont les plus importants au regard du nombre d'actifs.

Si les arrêts de travail représentent 10 à 15% des dépenses d'assurance maladie, ils ont coûté en 2018 un peu plus d'un milliard à la Caisse primaire d'Assurance Maladie des Hauts-de-France.

Des arrêts maladie plus longs


Sur les 9 premiers mois de 2019, et par rapport à la même période de 2018, les dépenses en indemnités journalières ont augmenté en moyenne de 6,5% dans les Hauts-de-France : 
  • +2,5% dans l'Aisne;
  • +2,9% dans la Somme;
  • +4,5% dans l'Oise.
Et cela alors que la limite de hausse des dépenses, toutes prestations de santé confondues, fixée au niveau national est de 2,5%. Les départements picards ont certes réussi à réguler leurs dépenses ces quatre dernières années. Et le nombre des arrêts maladies est en baisse. Mais c'est leur durée qui a depuis augmenté.

Le poids des pathologies chroniques


"Les causes sont multifactorielles", explique Carole Grard, directrice de la CPAM de l'Aisne. On pourrait dire c'est à cause de pathologies plus lourdes que dans les autres régions, à cause de prescripteurs qui sont moins vigilants qu'ailleurs ou d'employeurs qui font moins attention aux conditions de travail de leurs salariés. Or c'est un peu de tout ça."

La région des Hauts-de-France est marquée par des pathologies chroniques dont le nombre augmente plus rapidement que dans le reste de la France. "Le diabète, l'asthme, l'hypertension sont génératrices d'arrêts de travail longs, note Carole Grard. Et ces pathologies sont très fréquentes dans notre région.
 

Plus de cancers 


Même chose pour les cancers : la prévalence des cancers, tous types confondus, est plus importante dans les Hauts-de-France que dans le reste de la France. Les taux de mortalité, cxhez les hommes commes chez les femmes, sont parmi les plus élevés du territoire. Selon une étude de l'Agence Régionale de Santé, les Hauts-de-France affichent de tristes chiffres : 25 100 nouveaux cas de cancer et 15 150 décès en moyenne par an. Ce qui représente un taux de mortalité de 269,91 décès pour 100 000 habitants contre 228,69 en moyenne en France.

Une réalité qui s'explique par les secteurs d'activité les plus pourvoyeurs d'emploi dans notre région : les industries, encore très présentes en Hauts-de-France, entraînent davantage d'arrêts maladie que le secteur des services, par exemple. 

La précarité, génératrice d'arrêts de travail


La précarité est également un facteur fort de cause d'arrêts maladie dans les Hauts-de-France. "Les emplois peu qualifiés sont davantage susceptibles de provoquer des arrêts de travail, notamment des risques psycho-sociaux ou des troubles musculo-squelettiques", précise le Dr Françoise Legrand, médecin conseil régional adjoint au Service Médical des Hauts-de-France.

Sans compter que beaucoup de salariés dits précaires hésitent à se soigner par manque de moyens financiers. Jusqu'à ce que la gravité de leur pathologie nécessite un arrêt maladie.

Autre cause importante d'arrêts de travail dans les Hauts-de-France : le climat. Loin du cliché de la région pluvieuse et froide, la météo humide entraîne davantage d'épidémies d'infections respiratoires qu'ailleurs en France. "On observe une certaine saisonnalité des arrêts de travail pour ce type de pathologies, selon Carole Grard. On dépense plus en hiver qu'en été."
 

Le vieillissement de la population salariée


A toutes ces causes, il faut ajouter le vieillissement de la population salariée et le report de l'âge de départ à la retraite. "On sait que plus on avance en âge, plus on est confronté au risque de l'arrêt de travail", remarque Carole Grard.

Et de conclure : "l'état sanitaire des Hauts-de-France est moins bon que dans les autres régions. Mais il s'améliore. Le problème, c'est que, quand il s'améliore chez nous, il s'améliore également dans le reste de la France. Résultat : l'écart reste toujours plus ou moins le même".

 

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