Dans l'Aisne, les producteurs de Maroilles inquiets face au Nutri-score : "je ne vois pas comment changer la recette"

D'ici 2023, le Nutri-score pourrait être généralisé au niveau européen à tous les produits emballés. Un projet qui suscite l'inquiétude des producteurs de fromages et notamment ceux de Maroilles en Thiérache. La note qui leur serait attribuée pourrait leur porter préjudice.

Présents sur certains produits emballés depuis 2017 en France, le Nutri-score vise à indiquer au consommateur la valeur nutritionnelle d'un produit avec une note allant de A à E. D'ici 2023, il pourrait être généralisé à tous les produits emballés et notamment le Maroilles. Le Parlement européen étudie actuellement un projet de loi en ce sens.

Or, avec 45% de matière grasse, la note qui pourrait lui être attribuée risque de lui être peu favorable : sans doute un D. Et forcément cela ne plaît pas du tout aux producteurs de fromage. "Ça fait parler très fort dans toutes les AOP de France, affirme Aurélie Halleux-Labroche, productrice de Maroilles. Parce que la notion de Nutri-score ne fait pas de différence entre les produits ultra-transformés et naturels. Nous, je ne vois pas comment on pourrait changer la recette." D'autant que pour produire ce fromage emblématique de la Thiérache, il faut respecter certains critères. La recette ancestrale ne peut donc être modifiée au risque de perdre l'appellation AOP.

Un calcul qui n'est pas en adéquation le mode de consommation

Dans l'exploitation Aurélie Halleux-Labroche à Haution dans l'Aisne, on produit du Maroilles fermier depuis 1984. Des ingrédients naturels et un cahier des charges rigoureux dont le Nutri-score ne tiendrait pas compte. "Le lait arrive directement de la salle de traite dans notre cuve, je n'ai pas d'intermédiaire, je transforme tout moi-même en lait cru, donc ce sont les vaches qui me donnent la matière grasse", explique-t-elle.

La productrice déplore en particulier un mode de calcul du Nutri-score pour le Maroilles qui fausserait la donne. "Le Nutri-score est calculé sur 100 grammes, mais du fromage on n'en mange pas non plus des grosses quantités, environ 30 grammes par repas ce n'est pas non plus énorme."

"Si le critère n'est pas bon, j'ai peur qu'ils n'achètent plus"

À Éparcy, un autre producteur craint surtout pour l'image de son fromage auprès des consommateurs. "J'ai peur que les jeunes, dès l'instant qu'ils vont aller faire leurs courses, vont se fier à ça et vont se dire que le critère n'est pas bon donc ne vont pas acheter ce produit-là", se désole Jason Labois.

Pour le moment le Nutri-score ne semble pas changer la donne auprès des consommateurs que nous avons rencontrés. "On sait bien que le fromage contient de la matière grasse, que ce soit un Maroilles ou autres donc je ne vois pas l'intérêt de mettre cette indication-là", confie une cliente d'un supermarché de Vervins. "Cela fait des années qu'on en mange, pour ma part cela ne me fera pas changer d'avis", indique un autre consommateur de Maroilles.

Comme solutions, certains producteurs proposent de revoir le calcul de la note du Nutri-score sur la base de 35 grammes de fromage au lieu de 100. D'autres considèrent que les produits AOP sont des produits de plaisirs et demandent à ce que les produits artisanaux soient exclus de cette notation. Une proposition de loi à ce sujet est à l'étude à l'Assemblée nationale depuis juin dernier.

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