Belgique : la ville de Tournai veut détruire un pont médiéval classé pour faire passer des bateaux plus grands

Un projet qui s'inscrit dans le cadre du canal Seine-Nord.

© MAXPPP
L'un des emblèmes médiévaux de la ville de Tournai risque de bientôt disparaître. Le projet contesté de modernisation du pont des Trous, qui enjambe l'Escaut à la frontière belge, a franchi une nouvelle étape après que le conseil municipal a voté, le 28 janvier, sa destruction.

De quoi s'agit-il ? Le pont des Trous est un édifice datant du XIIIsiècle (1281 pour la tour de la rive gauche, 1304 pour la tour de la rive droite), qui servait à la défense de la ville. Il fait même partie, précise Le Figaro, des trois derniers ponts militaires au monde.
 
Le pont des Trous en 1892.
Le pont des Trous en 1892. © Wikimedia Commons

Le pont tel qu'on le voit aujourd'hui n'est toutefois pas le même qu'autrefois : son arche centrale avait été dynamitée au cours de la Seconde guerre mondiale et, à sa reconstruction, il avait été surélevé de près de deux mètres et demies.

Une hauteur qui n'est visiblement plus suffisante : depuis 2015, le projet de transformation du pont prend forme, exigé selon ses défenseurs par le projet de canal Seine Nord-Europe. Le pont, pourtant, est classé au patrimoine culturel immobilier de la Wallonie, et la destruction du site prévue pour la fin 2019 pourrait menacer l'inscription de la ville de Tournai à l'Unesco.

Le projet ne passe pas, pour les défenseurs du patrimoine et une pétition a été mise en ligne, rassemblant 11 500 signatures.
 

Un nouveau pont controversé

"Ce que n'a pas fait la Seconde guerre mondiale, les autorités belges vont le faire : on va détruire un pont du XIIIe siècle pour faire passer des bateaux de gros tonnage" a ironisé le directeur du musée La Fontaine à Château-Thierry (Aisne).
 
D'autant plus que le design du pont proposé aux Tournaisiens ne convainc pas. Ces derniers sont consultés le 25 octobre 2015 sur le choix du matériau : pierre ou résille, et choisisse le premier (à 79%). Ainsi, le projet ne ressemblera pas exactement à celui qui était montré sur la consultation populaire. 
 
Pourtant, les opposants au projet interprètent ce vote comme le signe d'un attache des Tournaisiens à leur histoire. "9000 citoyens ont choisi l’option pierre. Ils ont démontré leur attachement à une histoire, un matériau... On se rend compte que le nouveau projet porté par la ville dénature l’édifice et ne répond pas aux attentes démocratiquement exprimées par les Tournaisiens" confiait à la RTBF Pierre-Emmanuel Lenfant, se définissant comme porte-parole d’une opposition citoyenne.

 

"L’enjeu financier et économique est réel pour la région"

Pour les partisans de la destruction, c'est pourtant l'enjeu économique qui prime. "Aujourd’hui on parle de 6 à 7 millions de marchandises par an, l'objectif est d’augmenter le tonnage de 50 % dans les 10-15 prochaines années. L’enjeu financier et économique est réel pour la région" défendait en 2016 le responsable de la direction générale des voies hydrauliques Christophe Vanmuysen, toujours auprès de la RTBF.
 
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