Calais : une centaine de migrants a réussi à entrer au Royaume-Uni ces derniers jours

"Un certain nombre" de migrants a réussi à entrer au Royaume-Uni ces derniers jours en passant par le Tunnel sous la Manche, a déclaré mercredi, sans donner de chiffre plus précis, la ministre britannique de l'Intérieur Theresa May.

"Plus de cent (migrants) sont passés, répartis sur plusieurs trains", a affirmé de son côté une source britannique proche du dossier à l'AFP. "Un certain nombre a réussi à passer. Nous allons traiter chaque demande d'asile selon nos procédures habituelles. La priorité pour nous est de renforcer la sécurité
sur le site (d'Eurotunnel) de Coquelles (en France), afin de nous assurer que personne n'essaye de traverser par le tunnel
", a souligné Theresa May après avoir présidé une réunion d'urgence du comité Cobra à Londres.

Selon le groupe Eurotunnel, environ 2.000 migrants ont tenté dans la nuit de lundi à mardi d'entrer dans le tunnel sous la Manche, près de Calais, dans le nord de France, la plus importante tentative de ce type depuis un mois et demi. Dans la nuit de mardi à mercredi, 1.500 nouvelles tentatives d'intrusion ont été recensées et un candidat à l'exil y a perdu la vie. "Plus de cent (migrants) sont passés, répartis sur plusieurs trains. C'est un nombre inhabituellement élevé. Généralement, ce n'est qu'une poignée, voire personne", a affirmé une source britannique proche du dossier à l'AFP.

148 migrants ?

Le Times affirme mercredi que 148 migrants, un record, ont été interceptés par les autorités britanniques à Folkestone mardi matin. D'autres seraient passés entre les mailles du filet, ajoute le quotidien britannique. Les migrants qui ont été interceptés à leur entrée au Royaume-Uni sont soumis à des contrôles d'identité à Folkestone, à la sortie du tunnel. Ils peuvent ensuite déposer une demande d'asile et sont transférés dans un centre de rétention à Douvres, situé dans une ancienne forteresse.*

La Grande-Bretagne, un "eldorado" pour les migrants de Calais ?

Porté par une économie florissante, accusé aussi de ne pas en faire assez contre le travail au noir, le Royaume-Uni reste la destination rêvée de milliers de migrants clandestins, prêts à prendre tous les risques pour rejoindre ce qui est à leurs yeux un "eldorado". Si, selon Eurostat, la Grande-Bretagne n'était en 2014 que le sixième pays européen en termes de demandes d'asile derrière l'Allemagne, la Suède, l'Italie, la France et la Hongrie, les tentatives spectaculaires de franchir le tunnel sous la Manche ces derniers jours mettent en lumière la force d'attraction de ce pays sur les migrants.

Pour s'y rendre, ils sont prêts à mettre leur vie en péril. Depuis début juin, neuf clandestins sont morts sur ou autour du site du tunnel, à Coquelles, dans
leur quête d'une meilleure existence et d'un travail. "Pour moi, la Grande-Bretagne est synonyme de liberté. Je gérais un magasin d'ordinateurs
en Syrie. Je veux faire la même chose en Grande-Bretagne
", raconte à l'AFP Bilal, un Syrien de 29 ans, qui tente sa chance "toutes les nuits" depuis qu'il est arrivé à Calais il y a un peu plus de deux semaines.

Avec un taux de croissance économique à faire pâlir d'envie les autres Etats européens, le Royaume-Uni agit comme un aimant. Le taux de chômage y est, selon les derniers chiffres, de 5,6%, contre à 10% en France. La langue est un autre facteur essentiel. La grande majorité des quelque 3.000
migrants présents à Calais est originaire d'Érythrée, d'Éthiopie, du Soudan et d'Afghanistan. "L'anglais est le plus souvent la langue étrangère qu'ils maîtrisent le mieux", note Hugo Tristram, responsable des réfugiés à la Croix-rouge britannique. Un avantage évident lorsqu'il s'agit de trouver un emploi ou d'effectuer des démarches administratives. "Certains migrants peuvent, en plus, s'appuyer sur des connexions familiales" au Royaume-Uni, ajoute M. Tristram.

"Ma femme et mes deux enfants s'y trouvent, je veux les retrouver et vivre dans un pays en paix", explique à l'AFP Adam, un Soudanais de 38 ans.
En 2014, 31.475 migrants ont déposé une demande d'asile au Royaume-Uni. C'est deux fois moins qu'en France, presque sept fois moins qu'en Allemagne (62.735, 202.645 en Allemagne), mais le taux d'acceptation des demandes y est nettement supérieur (39% contre 22% en France, selon Eurostat).

Pas de carte d'identité

Le système de prestations sociales ne procure en revanche aucun avantage décisif. Un demandeur d'asile majeur sans enfants touche 36,95 livres (52 euros) par semaine, soit moins qu'en France (11,45 euros par jour). Le gouvernement britannique fournit également un logement et donne accès au système de santé gratuit NHS et à l'éducation, mais là encore comme en France. Ce qui fait vraiment la différence dénoncent régulièrement certains responsables français autorités britanniques ne font pas assez pour lutter contre le travail au noir. Et qu'il n'existe pas de carte d'identité au Royaume-Uni, ce qui complique passablement les contrôles.

"Halte à l'hypocrisie avec nos amis anglais (...) il faut que l'Angleterre change ses règles sur le travail des clandestins", a encore affirmé mercredi sur BFMTV/RMC le député Les Républicains (opposition), Xavier Bertrand. Hugo Tristram réfute pourtant l'idée que l'absence de carte d'identité ait un
impact. "On relève les données biométriques de chaque demandeur d'asile", dit-il. "Mais certains arrivants choisissent de ne pas déposer de demande d'asile (...) pour travailler au noir", souligne Zoe Gardner de l'association Asylum Aid qui apporte une aide légale aux migrants.

Leur nombre exact est difficile à quantifier. "3.000 personnes à Calais, ce n'est pas non plus toute l'Afrique qui frapperait à notre porte", relativise
Zoe Gardner. Londres s'apprête néanmoins à durcir encore sa législation sur l'immigration, déjà renforcée en mai 2014. La loi oblige déjà les bailleurs privés à vérifier, sous peine d'amende, si leurs locataires ont bien le droit de résider au Royaume-Uni. Le nouveau projet de loi prévoit également de saisir les salaires des travailleurs clandestins. "Il est encore trop facile de travailler illégalement dans ce pays", a dénoncé le Premier ministre David Cameron après sa réélection en mai.