Calais : une intrusion de migrants inédite et concertée

Les équipes de surveillance escortent les migrants qui ont pénétré conjointement dans le tunnel, dans la nuit de vendredi à samedi / © PHILIPPE HUGUEN / AFP
Les équipes de surveillance escortent les migrants qui ont pénétré conjointement dans le tunnel, dans la nuit de vendredi à samedi / © PHILIPPE HUGUEN / AFP

Une intrusion concertée d'une centaine de migrants qui ont réussi à parcourir 15 kilomètres dans le tunnel sous la Manche avant d'être repris, du "jamais vu" selon Eurotunnel, a paralysé le trafic pendant toute la nuit de vendredi à samedi et fait plusieurs blessés légers.

Par AFP

Vers minuit, "une centaine de migrants ont forcé une clôture et le passage auprès d'agents de sécurité du tunnel", a indiqué à l'AFP une porte-parole d'Eurotunnel. Puis "les migrants sont entrés dans le tunnel sud, assez loin, sur 15 kilomètres environ", a relaté la préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, à l'AFP. Les gendarmes sont intervenus pour les empêcher d'aller plus loin et ont procédé à des interpellations.

"C'est du jamais vu auparavant, c'est une attaque déterminée et bien organisée", a réagi un autre porte-parole d'Eurotunnel.


Les migrants "ont couru à travers le terminal, plaquant au sol certains membres du personnel et lançant sur eux des pierres". Des événements qui seraient intervenus en marge de l'intrusion et non dans le tunnel, d'après la préfète.

 qui confirme néanmoins "On a eu des migrants manifestant une certaine agressivité""D'habitude ils reculent devant les forces de l'ordre, là ils voulaient passer, ils étaient 113". "Il est fort probable qu'il s'agisse d'une opération réfléchie ayant pour but d'attirer l'attention de l'opinion publique", a également estimé la porte-parole d'Eurotunnel.

Deux gendarmes et quatre migrants ont été légèrement blessés, selon la préfète. L'un des gendarmes va bénéficier de cinq jours d'interruption temporaire de travail. Un peu plus tôt, un officier des pompiers de Calais a rapporté à l'AFP dix blessés légers dont sept migrants, deux gendarmes et un membre du personnel de sécurité d'Eurotunnel.

Peu avant 09H00, une action similaire a aussi eu lieu au port Est de Calais quand environ 300 migrants, selon la sécurité portuaire, ont tenté de s'introduire en plusieurs points distincts sur le terminal voyageur et dans des camions. Ils ont commencé à être dispersés à l'arrivée des gendarmes vers 10H30, selon un correspondant de l'AFP et la rocade d'accès au port a dû être bloquée.

Brèche de 30 mètres 

Le trafic dans le tunnel a été interrompu de 00H30 à 08H05, heure de départ d'un train Eurostar depuis l'Angleterre, "suivi d'un train fret à vide circulant à marche prudente", a indiqué Eurotunnel. "Le service va reprendre progressivement, on est en train de faire notre possible pour reformer le service depuis la France", selon elle.

"On n'a pas eu de soucis avec les Eurostar car ces trains ne circulent pas la nuit, ni de problèmes sur la rocade suite à l'accumulation de camions, parce que le trafic était faible", a rapporté la préfète. Des files de camion étaient cependant visibles sur la rocade d'accès au tunnel, selon un photographe de l'AFP sur place.

Au petit matin, à l'intérieur du site, des groupes de migrants marchaient en file indienne, raccompagnés par des forces de l'ordre, a constaté ce photographe. Des agents de la police aux frontières (PAF) sécurisaient une grosse brèche de près de 30 mètres dans l'une des nombreuses barrières sécurisant le site. 

Le site du tunnel, qui totalise 650 hectares et un périmètre d'une vingtaine de kilomètres, a fait l'objet pendant l'été de nombreuses tentatives d'intrusion, généralement la nuit. Un pic à 1.700 avait été atteint le 3 août. D'importants travaux de sécurisation - nouvelles barrières, renforcement d'effectifs, chiens renifleurs - avaient été entrepris. Le nombre de tentatives avait baissé pour se fixer autour de la centaine par nuit, selon plusieurs sources policières.

Certaines de ces intrusions se sont soldées par la mort de migrants. Depuis le 26 juin, 13 d'entre eux sont morts aux abords du tunnel en tentant de rallier l'Angleterre, qu'ils considèrent comme un eldorado. Environ 3.500 migrants vivent dans des conditions indignes dans le camp dit "de la nouvelle jungle", à l'est de Calais.

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