Chômeur ou médecin, banquier ou coiffeuse : ils disent pourquoi ils voteront Marine Le Pen aux régionales

Chômeur déçu du PS, banquier chevènementiste, jeune coiffeuse qui ne veut pas être "la vache à lait des migrants"... des électeurs confient les raisons qui les poussent à voter Marine Le Pen. Reportage à Raismes.

Marine Le Pen distribue des tracts FN le 23 octobre 2015.
Marine Le Pen distribue des tracts FN le 23 octobre 2015. © AFP
"Ça fait deux, trois ans que je vote FN. Comme beaucoup j'en ai marre du droite-gauche. Alors je me dis: pourquoi pas ?", souffle Alain, 60 ans, pneumologue à Douai. Cet homme enjoué, polo Ralph Lauren sur les épaules et cigarette électronique à la bouche, l'avoue tout de go : "Je ne suis pas convaincu que Marine Le Pen ait toutes les clés de la réussite". Mais selon lui, "il s'agit de défendre le peu qu'on a en France contre une mondialisation qui a fait beaucoup de dégâts. Marine, je suis sur le cul, elle est calme, elle tient la route face à beaucoup de politiciens très agressifs". 

Cindy, coiffeuse de 30 ans, est persuadée que la leader d'extrême droite représente la solution. "J'aime sa franchise. Elle dit ce qui se passe vraiment. Sans faire de jeu de mots, elle ne se voile pas la face", clame cette blonde au regard déterminé, qui habite Aniche (Nord). Sa mère Danielle, retraitée de 65 ans, a longtemps été communiste. Virage à 180 degrés vers le FN lorsque Georges Marchais signe le "programme commun" avec le Parti socialiste, en 1972. "Le FN d'aujourd'hui a beaucoup d'idées semblables avec les communistes d'avant", se réjouit-elle avant de jeter un coup d'oeil impatient
sur la scène où Marine Le Pen prononce quelques minutes plus tard un discours musclé sur l'immigration. Danielle, qui a travaillé comme ouvrière presque toute sa vie, s'indigne des subventions aux associations d'aide aux migrants de Calais: "Ça commence à bien faire. Il y a assez de malheur, tellement de gens qui ont besoin d'aide, on ne peut pas aider d'abord les autres". Même si elles votaient pour lui, mère et fille sont soulagées de l'éviction de Jean-Marie Le Pen : "Il avait un humour un peu noir, le +détail de l'histoire+ ça ne nous a pas plu, quand on sait ce qui s'est passé..."

La "vérité" sur internet

L'immigration est sur toutes les lèvres, et écarte pour ces électeurs le Front de gauche du champ des possibles. "On est de la classe ouvrière, mais on est touchés par la crise et on ne veut pas être les vaches à lait des migrants. Mélenchon veut accueillir tout le monde", gronde Cindy. "Trop de solidarité tue la solidarité !", renchérit sa mère. "On peut accueillir beaucoup de gens, mais pas toute une civilisation... Je veux juste plus d'emplois pour les Français de souche", lance Arnaud, 50 ans, conseiller dans une banque à Sebourg (Nord) et "ancien chevènementiste". Un banquier qui vote FN ? "Ce n'est pas cracher dans la soupe. Il y a pas mal de gens qui maintenant pensent comme moi dans la banque", assure Arnaud de sa voix douce.

Robert, chômeur d'Hénin-Beaumont, incarne ce changement d'état d'esprit. Ce quadragénaire à la parole et l'esprit vifs raconte avoir manifesté contre Jean-Marie Le Pen entre les deux tours de l'élection présidentielle de 2002. En 2007, il rend sa carte PS et vote... Jean-Marie Le Pen. La faillite de la petite entreprise de sérigraphie dont il avait pris la tête, après des années de salariat, a opéré comme un déclic. "On n'avait plus rien dans
le carnet de commandes
", se remémore-il.

C'est une fréquentation assidue de vidéos sur internet et de blogs qui l'amène vers le FN. Dans sa ville d'Hénin-Beaumont, le maire frontiste
Steeve Briois s'en est fait une spécialité, au cours des années. "Le net sert beaucoup, au moins là on trouve la vérité", affirme Robert. Même si, convient-il dans un sourire, "il faut faire le tri".

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