Consultés sur la tenue des élections régionales, les maires picards s’indignent : "nous ne sommes pas leurs larbins !"

Êtes-vous pour le maintien des élections régionales et départementales en juin prochain ? Voilà la question à laquelle les maires de France doivent répondre ce week-end. D’abord surpris par le manque de temps de réflexion, les maires picards pèsent les enjeux démocratiques.

Photo d'illustration d'une urne, lors des élections municipales, en 2020.
Photo d'illustration d'une urne, lors des élections municipales, en 2020. © Frédérik Giltay / FTV

"C’est mission impossible !" Alain Vasselle président de l’Union des maires de l’Oise, reste interdit.

Déjà reportées de mars à juin 2021, les élections départementales et régionales sont à nouveau sur la sellette. Les préfectures de l’Oise, de l’Aisne et de la Somme ont demandé aux élus locaux d'indiquer : "par oui ou par non si les conditions préconisées par le comité scientifique" leur "semblent réunies pour tenir les deux scrutins."

"On reçoit ça vendredi soir, pour une réponse lundi 10h, ça ne me parait pas très sérieux de nous consulter dans un délai aussi bref", estime Alain Vasselle qui assure, pour le moment, n’avoir aucune remontée des 690 élus de son département sur la question. "On est en plein week-end, les maires sont en famille, pas en train de consulter le mail de la mairie... On se fiche du monde, on nous prend pour qui ? C’est vraiment un manque de considération à l’égard des maires ! Nous ne sommes pas leurs larbins", s’indigne l’élu.

"Ça n’a pas de sens démocratique"

De son côté, Alain Baillet maire de Fort-Mahon Plage, n’était pas au courant. "Je n’ai pas eu écho de ce mail, vous me l’apprenez", nous confie-t-il, regrettant le manque de temps de réflexion sur le sujet. "On abordera la question avec le conseil municipal, mais on ne pourra pas consulter les administrés."

Aucune consultation des votants possible, donc aucun moyen de savoir si les citoyens picards seront prêts à se déplacer jusqu’aux urnes en juin prochain, en dépit du contexte sanitaire. Sachant qu’aux dernières élections régionales et départementales, en 2015, le taux de participation dans les hauts de France ne dépassait pas les 55%.

Paul Douet, maire de Montagny Sainte Félicité, dans l’Oise, votera pour le report des scrutins. "Organiser des élections avec des taux de participation aussi faibles, tels qu’aux municipales, ça n’a pas beaucoup de sens sur le plan démocratique. D’ailleurs les administrés qui ne sont pas engagés politiquement, ne veulent pas entendre parler d’élections. Et quel sens auraient ces scrutins ? Dans la mesure où les candidats n’auraient ni le temps ni les moyens de faire campagne", ajoute-t-il, en soulignant que le confinement s’étend, pour le moment, jusqu’à début mai.

Peur d’un remake du scénario des municipales 2020

À Fort Mahon, dans la Somme, Alain Baillet votera pour le maintien des élections. "S'il n’y a pas de risque sanitaire pour la population, je suis pour le maintien des élections. Ce que je ne voudrais pas c’est qu’on retourne à ce qu’il s’est passé aux élections municipales, où on a fait un premier tour un peu catastrophique et on a dû annuler le deuxième."

Un scénario catastrophe, dans lequel la peur de la responsabilité pèse. "La décision à prendre n’est pas facile. C’est, de la part du gouvernement, une façon de rejeter la responsabilité sur les maires. Pour les municipales, on a associé l’opposition à cette prise de décision en disant qu’elle était d’accord, alors qu’on savait très bien qu’il y aurait un problème", se souvient Alain Baillet.

Sollicité, un conseil scientifique de 17 épidémiologistes, infectiologues, virologues et autres professionnels de la santé et de la vie démocratique ont décrété que si l’évolution vaccinale se déroule comme prévue, 30 millions de Français seraient vaccinés à la mi-juin. Le rapport indique que cette évolution vaccinale, couplée avec des protocoles renforcés et adaptés (doublage des bureaux de vote, distanciations importantes) les "risques associés aux élections peuvent encore être réduits."

Des mesures difficiles à appliquer, notamment dans les petites communes en manque d’assesseurs volontaires, de matériel, de lieux, pour les maires qui demandent un point sur la situation sanitaire, mi-mai, afin de pouvoir confirmer leur position sur la question du maintien des élections.

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