Coronavirus - Privés de WC et de douches, les routiers dénoncent leurs conditions sur les aires de repos

Les chauffeurs routiers en détresse, plusieurs aires d'autoroute leur refusent l'accès aux toilettes et aux douches. / © Patrick Lefevre/MAXPPP
Les chauffeurs routiers en détresse, plusieurs aires d'autoroute leur refusent l'accès aux toilettes et aux douches. / © Patrick Lefevre/MAXPPP

Les grandes enseignes le répètent à l’envi : il y a du stock en magasins. Et ça, on le doit en grande partie aux chauffeurs routiers. Sauf que leurs conditions de travail sont devenues invivables.

Par @pgcreignou avec Julien Guéry

Ni douches, ni WC, ni endroit où se restaurer. C’est la réalité de nombreux chauffeurs routiers depuis mardi. Face aux risques de transmission du virus, les aires d’autoroutes ont restreint leurs accès. Et cela rend la vie impossible à ceux qui vivent et travaillent sur la route.

« Même les cochons sont mieux traités », se désespère Aurélien Petiau dans un message sur Facebook. Un post coup-de-poing devenu viral, partagé près de 65 000 fois en 24 heures. Le chauffeur de l’Aisne raconte les toilettes, toutes fermées, les douches qu’il ne peut pas prendre sur son trajet : « ça a fini en lavage à la bouteille d’eau, hier. »
 

 « Nous sommes des pestiférés »

Et il n’y a pas que les aires qui posent problème. Même dans les entreprises qu’ils viennent livrer, les chauffeurs reçoivent un accueil qui a de quoi surprendre. L’un d’eux a partagé la photo d’une feuille apposée sur une machine à café. On peut y lire : « Strictement interdit aux chauffeurs routiers », en plusieurs langues.
 

« Voilà comment nous sommes traités, nous les pestiférés de routiers », s’emporte Dominic Dubois sur Twitter. La photo n’est pas de lui nous précise-t-il, elle circule dans le monde des transporteurs, il l’a partagée sur les réseaux sociaux. Echaudé lui aussi par les conditions de travail du moment : « On nous parle d’hygiène en permanence, et c’est tout juste si on peut se laver les mains… »

D’ordinaire, le Picard sillonne les routes d’Europe. Ces derniers jours, il prend essentiellement la direction des usines Bonduelle, pour y livrer des boites vides. Les demandes en produits de conserve explosent avec le confinement. Lui n’a pas vécu de situations dérangeantes pour l’instant, « une prise de température, des distances à respecter, la glacière pour se restaurer, je l’accepte, c’est normal. Mais ce que vivent mes collègues, ce n’est pas normal, ça doit vite changer. »

Le service est assuré selon Sanef

Aujourd’hui, la société d’autoroutes Sanef se défend. Joint par téléphone, Jean-Marie Deck, cadre d'exploitation détaille : « Actuellement, nous avons 1 500 personnes mobilisées pour assurer les missions prioritaires […] Le groupe Sanef a demandé à tous ses partenaires commerciaux le fonctionnement et l’entretien des installations sanitaires et des ventes à emporter. » Il y aurait donc un service minimum assuré partout. En revanche, conformément aux consignes gouvernementales, les restaurations resteront fermées le temps du confinement.


A la rescousse des routiers


Face à la détresse des femmes et des hommes de la route, une réponse s’organise. Quand les aires ne le permettent plus, d'autres garantissent des conditions d'accueil décentes. C'est le cas d'une société de parking sécurisé du Dunkerquois, réservé aux routiers et qui tient à le rappeler : « Vous y trouverez douches, sanitaires, machines à laver, machines à boissons chaudes pour vous reposer et stationner en sécurité. »


 


Dans le même esprit, l'employeur de Dominic Dubois en appelle désormais à tous les professionnels du secteur.. L'entreprise Cordier dit mettre à compter de ce jour « à la disposition de tous les conducteurs qui en auront le besoin, nos douches et WC […] Nous espérons que tous les transporteurs en feront de même. » Une solidarité nécessaire pour les routiers, et ô combien stratégique alors que les déplacements de tous les Français sont limités en cette période de confinement.

 

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