Covid-19 : L'annonce d'un protocole sanitaire renforcé dans les lycées qui arrive trop tard pour les syndicats

Le ministre de l'Education, Jean-Michel Blanquer, a annoncé jeudi 5 novembre des mesures renforçant le protocole sanitaire dans les lycées. Cela ne suffira pas à calmer la colère des enseignants. Plusieurs syndicats du primaire et du secondaire lancent un appel à la grève ce mardi 10 novembre. 
Les élèves s'attroupent dans les couloirs du lycée, exemple au lycée Voltaire à Wingles.
Les élèves s'attroupent dans les couloirs du lycée, exemple au lycée Voltaire à Wingles. © D.R.
La rentrée a été particulièrement agitée dans les établissements scolaires : les cafouillages d'organisation autour de l'hommage à Samuel Paty et la mise en place d'un protocole sanitaire pour beaucoup jugé "inapplicable" a déclenché la colère du corps enseignant.
 
Professeurs et élèves ont protesté cette semaine contre le protocole imposé par le gouvernement en cette rentrée. Au lycée Baudelaire de Roubaix par exemple, 70% des enseignants étaient en grève ce mardi 3 novembre.
 
Sur Twitter, le hashtag #Balancetonprotocole est apparu, alimenté chaque jour par syndicats, élèves et enseignants. Avec leurs photos, ils montrent l'impossibilité de respecter les règles sanitaires dans certains établissements scolaires. 

Accueil en demi-groupes et annulation des épreuves communes

Dans un courrier remis aux chefs d'établissement jeudi 5 novembre, Jean-Michel Blanquer a reconnu que les mesures "sont à l'évidence plus difficiles à appliquer au lycée, où les déplacements des élèves sont plus nombreux et plus fréquents, et l'organisation de la restauration scolaire plus complexe". 

Les cours à distance sont à partir de maintenant possible sous la condition où "au moins 50% d'enseignement en présentiel pour chaque élève" est garantie. Le ministre a signifié la possibilité que les cours se fassent "en demi-groupes".  
Si les épreuves d'évaluation communes de Première et Terminale sont annulées au profit du contrôle continu, les épreuves de spécialités, prévues en mars 2020, sont quant à elles maintenues dans des modalités "adaptées" : toutes les disciplines concernées proposeront deux sujets ou des exercices au choix afin de couvrir l'ensemble des thématiques étudiées.

Trop tard ?

"Ces mesures, on les demande depuis juin. Pourquoi les mettre en place dans une telle urgence ? C'est trop tard", confie Laurie Rohart, déléguée au Syndicat national des enseignements de second degré Nord (SNES).
 

Ces mesures, on les demande depuis juin. Pourquoi les mettre en place dans une telle urgence ? C'est trop tard

Laurie Rohart, déléguée syndicale SNES


"Jean-Michel Blanquer ne nous a pas écoutés alors que dès septembre on savait que ça n'allait pas. Il nous est impossible d'aérer nos classes, les élèves s'entassent dans les couloirs et les réfectoires, aucun agent de nettoyage n'a été recruté alors qu'on leur demande de nettoyer plus... c'est complètement contradictoire", continue-t-elle.
 
De son côté, Jean-François Caremel, secrétaire académique du SNES-FSU Nord, se félicite "de la mise en place des demi-groupes". En revanche, selon lui, "la question des examens n'est pas du tout satisfaisante. Maintenir les épreuves de spécialité en mars est intenable".

Il déplore les conséquences pédagogiques de ces mesures :"il va y avoir beaucoup d'absences. Maintenir les épreuves de spécialités c'est faire croire aux parents que les élèves vont pouvoir continuer d'apprendre comme si de rien était. C'est faux. Jean-Michel Blanquer veut à tout prix sauver la structure de sa réforme du bac, c'est tout."
 
Manoëlle Martin, vice-présidente en charge des lycées à la Région Hauts-de-France, avait interpellé le ministre de l'Education nationale mardi 3 novembre, lui demandant de revoir le protocole sanitaire.  
Si Madame Martin accueille les annonces de Jean-Michel Blanquer de façon positive, elle comprend l'agacement des enseignants, "je trouve dommage d'avoir attendu autant avant de les mettre en place, on a perdu une semaine", confie-t-elle. 

Cependant, pour la vice-présidente "ce n'est pas le bon moment pour faire grève. N'ajoutons pas des problèmes aux problèmes. Nos jeunes ont besoin d'apprendre, l'heure est à se serrer les coudes."

Jean-François Caremel, lui, fera grève mardi prochain. "C'est cette menace qui a enfin fait bouger Jean-Michel Blanquer, c'est que comme cela que nous pouvons faire bouger les choses".
 
Mardi 10 novembre, les syndicats enseignants appellent les professeurs à faire grève sur tout le territoire.
 
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