De Saint-Domingue à Villers-Cotterêts, le général Dumas, ce héros méconnu

Le 10 mai, lors la célébration de l'abolition de l'esclavage un hommage sera rendu au général Dumas à Paris. Né esclave, le père de l'auteur des Trois mousquetaires fut un commandant remarquable au service de la République. Il repose à Villers-Cotterêts. Claude Ribbe lui consacre un nouvel ouvrage.

Le général Alexandre Dumas (1762-1806), peinture d'Olivier Pichat — Musée Alexandre Dumas, Villers-Cotterêts
Le général Alexandre Dumas (1762-1806), peinture d'Olivier Pichat — Musée Alexandre Dumas, Villers-Cotterêts © Bruno Arrigoni / Wikimedia Commons

Esclave et serviteur de la République 

Claude Ribbe touche au but. L'écrivain vient de faire paraître aux éditions Tallandier Le Général Dumas. Un nouvel opus consacré à Thomas-Alexandre Davy de la Pailleterie aprés Le diable noir et Alexandre Dumas, le dragon de la reine. Celui qui est le père de l'un des écrivains français les plus lus au monde fascine Claude Ribbe depuis dix-huit ans. "Une figure exemplaire qui parle à tous les français", souligne l'auteur.

Dans son nouvel ouvrage "Le Général Dumas", Claude Ribbe raconte les faits d'armes du père de l'écrivain, né esclave et devenu général.
Dans son nouvel ouvrage "Le Général Dumas", Claude Ribbe raconte les faits d'armes du père de l'écrivain, né esclave et devenu général. © Claude Ribbe

De fait, le personnage semble cocher toutes les cases. Thomas-Alexandre Davy de la Pailleterie est né en 1762 sur l'ïle d'Haïti, qu'on appelait alors Saint-Domingue. Fruit des amours d'un noble normand et d'une esclave, l'enfant est lui-même esclave. Son père rachètera son fils aprés avoir quitté l'île et l'installera à Paris.

Thomas-Alexandre est un colosse, et dans la capitale la prestance du jeune métis lui vaut déjà un commencement de notoriété. Engagé dans les dragons de la reine, la tourmente révolutionnaire emportera le jeune insulaire vers les sommets. Il sera général de la République à 31 ans. Fidèle à ses idéaux il se heurtera à un autre insulaire : Bonaparte. Pendant la campagne d'Égypte, il sent poindre l'homme du 18 brumaire et s'oppose aux ambitions personelles du futur empereur. Ce dernier n'aura de cesse de le briser. Écarté de l'armée en 1802, il sera privé de sa pension militaire avant de finir ses jours en disgrâce et dans le dénuement mais entouré de sa famille, à Villers-Cotterêts dans l'Aisne.  

Un hommage du Président de la République attendu

Claude Ribbe veut réparer cette injustice. De taille et d'estoc il défend celui qui a sans doute inspiré à Alexandre Dumas un peu de chacun des mousquetaires. "À l'heure où les commémorations du bicentenaire de la mort de Napoléon viennent de s'achever, il serait à propos d'honorer au sommet de l'État le général Dumas, une façon habile d'offrir un contrepoint à celui qui à rétabli l'esclavage et ceci sans déboulonner de statue". En février dernier le conseil municipal de Paris avait voté à l'unanimité la remise en place de la statue du général détruite en 1942 pendant l'occupation.

Ce 10 mai, place du général Catroux dans le 17éme arrondissement de Paris, à l'endroit où s'élévera bientôt le monument, à quelques pas de la statue de Dumas fils, ceux qui célèbrent l'abolition de l'esclavage se réuniront. La présence du président Emmanuel Macron est attendue pour honorer le général Dumas, serviteur indéfectible de la République venu des Antilles. A un moment ou la concurrence des mémoires fait rage le souvenir du général Dumas fait consensus.

Un héros de cape et d'épée

Engagé dans les dragons de la reine, c'est la révolution qui va offrir au jeune métis de démontrer son mérite. Une ascension fulgurante et des états de service exceptionnels au service d'une jeune République qui doit faire face à l'Europe coalisée. Si la truculence du héros fait penser à Porthos, sa bravoure ne cède rien à D'artagnan. L'armée des Alpes dont il prend le commandement en 1793 se heurte aux forces piemontaises. Au prix de quelques morts, il réussit le tour de force de s'emparer du Mont-Cenis, faisant au passage 1700 prisonniers.

Pendant la campagne d'Italie, il fera l'admiration de son chef le général Bonaparte. Face aux troupes autrichiennes numériquement supérieures, le général Dumas s'illustrera lors du siège de Mantoue et livrera personellement un combat épique au pont de Klausen pour couper la retraite de ses adversaires.

Mais l'officier de cavalerie fera aussi montre d'une grandeur d'âme peu courante dans une période où les droits humains n'étaient pas érigés en valeur cardinale. Il est nommé à la tête de l'armée de l'ouest à Nantes, port dont la traite négrière a fait la fortune. La convention attend sans le dire de ce chef militaire un repression tous azimuts à l'encontre d'une population suspectée de sympathies monarchistes. Le général Dumas y laissera le souvenir d'un homme d'une grande humanité. Son biographe Claude Ribbe, admiratif, rapporte que lorsque son aide de camp lui demande si les autorités ne veulent pas l'extermination des Vendéens, le général lui répond "si un tel ordre m'était donné, je me brûlerais immédiatement la cervelle" .

Villers-Cotterets son refuge, son tombeau

En 1798 le général Dumas est de l'expédition d'Egypte. Il commande la cavalerie et a parmi ses subordonnés un certain... Murat. Cette campagne sera sa dernière, soucieux du bien être des hommes il s'oppose frontalement à Bonaparte, qui ne lui pardonnera jamais cet affront.

Capturé par le royaume de Naples à son retour, il restera prisonnier en Italie jusqu'en 1800. Amoindri physiquement par sa captivité, il se refugie chez lui à Villers-Cotterêts. C'est dans cette ville qu'alors dragon de la reine il a rencontré la fille d'un aubergiste en 1789, Marie Labouret, devenue sa femme.

À Paris, le premier consul prend son envol, ceux qui contestent son autorité sont écartés. En 1802, le général Dumas est démis de ses fonctions et licencié de l'armée. Cette même année, comme un ultime camouflet pour l'enfant de Saint-Domingue, le premier consul rétablit l'esclavage. À Villers -Cotterets l'ancien commandant de cavalerie vivra chichement, privé d'une partie de ses émoluments. Il meurt en 1806 son fils Alexandre Dumas, qui lui vouera toujours une admiration sans bornes, a trois ans.

Aujourd'hui demeurent dans la cité du Valois quelques plaques évoquant le souvenir de l'homme qui tint tête à Bonaparte mais aussi sa tombe peu visitée. Son fils Alexandre a quitté ce cimetière  pour rejoindre le Panthéon en 2002. Claude Ribbe aimerait voir ce sanctuaire de la Nation reconnaissante accueillir un jour le père mais aussi la mère de l'écrivain.

 

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