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Documentaires - La France en vrai

Le jeudi soir, deux documentaires, pour porter un regard sur des histoires remarquables, des histoires de société, des histoires de la France en vrai.
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DOCUMENTAIRES. Vraies gueules d'assassins. La peine de mort, 40 ans après son abolition

© Vraies gueules d'assassins/Réal. A. Hanicotte/Prod. : Ordre des avocats du Barreau de Lille
© Vraies gueules d'assassins/Réal. A. Hanicotte/Prod. : Ordre des avocats du Barreau de Lille

Le 23 juin 1977, le dernier condamné à mort en Hauts-de-France était décapité à Douai. Il s'appelait Jérôme Carrein. Quatre années plus tard, la peine de mort était abolie en France. Retour sur un châtiment que la France a mis 2 siècles à abolir.

Par MJ

Alexia Hanicotte, la jeune réalisatrice de "Vraies gueules d'assassins" signe ici son tout premier documentaire et justifie pleinement la maxime de Pierre Corneille "Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années". Coup d'essai et coup de maître pour cette fille d'avocat formée au journalisme et au cinéma. 
A l'occasion des 40 ans de l'abolition de la peine de mort, "Vraies gueules d'assassins" revient sur ce châtiment à travers l'histoire en France ; sur son abolition et sur les partisans de son rétablissement.
Les témoins du film se sont battus pour l'abolition, d'autres ont dû requérir la peine de mort ou défendre un accusé contre laquelle elle était demandée. Ils sont magistrats, ancien présidents de la république, ministres ou familles de victimes. Tous touchés de près par le sujet, leurs témoignages sont riches d'humanité.

Maître Robert Badinter, avocat et ancien garde des sceaux / © Vraies gueules d'assassins/Réal. A. Hanicotte/Prod. : Ordre des avocats du Barreau de Lille
Maître Robert Badinter, avocat et ancien garde des sceaux / © Vraies gueules d'assassins/Réal. A. Hanicotte/Prod. : Ordre des avocats du Barreau de Lille


Le dernier guillotiné des Hauts-de-France


Ouverture au noir sur le témoignage d’époque de Fernande Devimeux, la maman de Cathy Petit, 8ans, enlevée, violée et tuée par Jérôme Carrein en 1977 à Palluel ; à côté d’Arleux.
Une affaire sordide qui suit de deux semaines le procès de Patrick Henry. Ce dernier, assassin du petit Philippe Bertrand sera arrêté une première fois mais relâché pour vice de forme. Le suspect médiatise cette arrestation et crie aux caméras et aux micros qu’il est innocent mais que le coupable mérite la peine de mort.
Arrêté une nouvelle fois dans les règles, le public choqué - à la fois par le meurtre et par la mystification de l’auteur - hurle à la peine capitale. C’est sans compter sur son avocat, Maître Robert Badinter qui instillera le doute sur la peine dans la tête des jurés. Il sauve la tête de son client avec un verdict de perpétuité.
C’est dans ce contexte de rage populaire que débute, 15 jours plus tard le procès de Jérôme Carrein.

 

Jérôme Carrein, condamné à mort 2 fois


Aucun doute sur les faits, l’accusé a tout avoué. Il sera jugé une première fois le 12 juillet 1976. Les jurés se prononcent en moins d’une heure pour la peine de mort mais le jugement est cassé en raison d’une question jugée mal posée aux jurés. 
16 jours plus tard, la tête de Christian Ranucci (pour l’assassinat de la petite Marie-Dolorès) tombe sous la lame de la guillotine, dans la cour de la prison des Beaumettes de Marseille.
Rejugé à la cour d’assises de Douai fin janvier 1977, la peine sera confirmée après 55 minutes de délibération du jury.
Il est guillotiné moins de 6 mois plus tard, le 23 juin 1977 à 4h30 dans la cour de la prison de Douai, le recours en grâce auprès du Président Giscard d’Estaing ayant été refusé.

Il est mis à mort par le bourreau officiel de l’Etat Français : Marcel Chevalier


En votre âme et conscience

Bien avant « Faites entrer l’accusé », la télévision s’est faite l’écho de la justice et des faits-divers. 
Entre 1955 et 1969, les téléspectateurs ont pu suivre « en votre âme et conscience », une émission de Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Claude Barma qui reconstituait des grands procès du 18ème et du 19eme siècle. 
Dans le rôle d’un accusé, d’un témoin ou d’un magistrat, les plus grands comédiens de l’époque ont participé à ces « dramatiques » : Louis Seigner, Raymond Souplex, Guy Tréjean, Philippe Noiret, Charles Denner, etc.

En 1974, c’est au tour de « Messieurs les jurés » qui fait entrer la justice dans les foyers. Cette fois, les histoires sont fictives mais le verdict est réel. Au terme d’1h30 de procès, on assiste aux débat des 9 jurés qui rendent le verdict. Ces jurés sont des téléspectateurs ayant posés candidature. 

Voici « L’affaire Lambert », où les jurés doivent se prononcer sur le cas d’un braqueur et meurtrier. L’avocat général a requis la peine de mort. Les débats des jurés reflètent l’hésitation de la société de l’époque sur la peine capitale.
Une émission diffusée en octobre 1975, entre les affaires Ranucci, Henry et Carrein.

Ce que vous ne savez peut-être pas sur la peine de mort


- Il est couramment admis que France fut le dernier pays d’Europe à avoir abolit la peine de mort. Mais de quelle Europe parle-t-on ? 
Prenons l’exemple de la Belgique. Elle supprimera légalement le peine en 1996 mais dans les faits, le dernier guillotiné remonte à 1918.

- C’est l’Autriche qui sera la pionnière européenne de l’abolition en 1968

- La Lettonie, entrée beaucoup plus tardivement dans l’Union Européenne abolira la peine de mort en 1999


- En 2022, la Biélorussie est le dernier pays du continent européen à pratiquer ce châtiment 


- 86% des exécutions enregistrées en 2019 ont eu lieu dans seulement quatre pays : l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Irak et l'Égypte. Les chiffres ne sont pas connus pour la Chine car ces informations sont classées secret d’État. (Source Amnesty International
(Source générale : Parlement Européen)

- Patrick Henry, assassin du petit Philippe Bertrand, dont Maître Badinter sauva la tête en 1977 fut libéré en 2001. Méconnaissable, il accorde pourtant une interview à visage découvert. Il est arrêté pour trafic de drogue et sa conditionnelle est annulée en 2003. Il sortira de prison en 2018, pour raisons médicales et meurt d'un cancer du poumon au CHU de Lille

Une guillotine et un bourreau français pour le dernier exécuté belge. 


En 1917, Emiel Ferfaille est arrêté et condamné à Furnes pour l’assassinat à coups de marteau, de sa maîtresse enceinte. La seule guillotine du pays se trouve en zone occupée à Bruges. La Belgique fait donc appel à Clemenceau à la tête de sa voisine et alliée française pour exécuter l’homme sur la place de Furnes.

Emiel Ferfaille, dernier condamné à mort exécuté en Belgique 1918 / © Par Auteur inconnu — Archives de l’Etat, Cour Militaire, Dossiers 1915-1954, Boite n° 90, Dossier n° 145 A, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=99456561
Emiel Ferfaille, dernier condamné à mort exécuté en Belgique 1918 / © Par Auteur inconnu — Archives de l’Etat, Cour Militaire, Dossiers 1915-1954, Boite n° 90, Dossier n° 145 A, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=99456561

Vraies gueules d'assassins
A voir en replay jusqu'au 11 mars 2022
Réal. : Alexia Hanicotte
Prod. : Ordre des avocats du Barreau de Lille