Fait maison, friperies, économie de chauffage : astuces et système D des Français pour faire baisser les dépenses et préserver leur pouvoir d'achat

Publié le Mis à jour le
Écrit par Elise Ramirez

Alors que les factures de gaz, d’électricité, d’essence et de nourriture s’affolent, les consommateurs cherchent des bons plans pour économiser. Des systèmes D qui font parfois économiser plusieurs centaines d’euros par mois. Des consommateurs des Hauts-de-France nous révèlent leurs astuces pour dépenser moins alors que le pouvoir d'achat est au cœur de la campagne pour l'élection présidentielle.

Des idées pour économiser, Anne-Gaëlle en propose à la pelle. Cette mère de famille célibataire vit avec ses deux enfants majeurs et bénéficie d’une allocation adulte handicapée. "Je suis travailleuse indépendante mais avec 900 euros par mois, je me retrouve dans une situation précaire. Et c’est par nécessité que je cherche tous les moyens pour limiter les factures".

Astuces et bouts de ficelle

Illustratrice, Anne-Gaëlle travaille principalement chez elle dans une petite commune rurale de l’Oise. Ses déplacements en voiture sont donc limités aux besoins du quotidien. "Je regroupe au maximum les trajets. Par exemple, je profite du rendez-vous médical pour mon fils tous les lundis pour m’arrêter au distributeur du magasin de la ferme qui est sur la route et ainsi je ne prends plus la voiture pour aller au marché le samedi. J’ai aussi revu le contrat voiture, avec mon assurance, dans le cadre des propositions kilomètre non roulé, kilomètre remboursé et j’ai réajusté avec mes distances parcourues."

On a décidé d'arrêter de travailler

Fab, batelière

Alors que le prix du diesel a atteint aujourd’hui un prix moyen de 2,06 € le litre et 2 € par litre pour le sans plomb, les ménages sont parfois obligés de rogner sur les autres postes de dépenses du foyer. Fab, elle, est plus radicale. "Avec mon mari, on a décidé d'arrêter de travailler. Quand les prix du gasoil ont commencé à augmenter, on s'est dit qu'on ne pouvait plus continuer comme ça. Les trajets jusqu'au travail nous coûtent trop chers. Bientôt, on paiera pour travailler." Le couple qui travaille dans le transport fluvial, a déjà réduits les loisirs, il résilie maintenant le forfait internet du foyer. "Pour nous, c'est du superflu. On ne mange plus de légumes frais. C'est trop cher. On a restreint nos abonnements au téléphone mobile, on ne fait plus de cadeaux à nos petits-enfants, on ne s'achète plus de vêtements. On est reparti en arrière dans le temps". Leur fille aussi a démissionné. "Un plein, tous les deux jours, ça n'était plus possible. On va être obligés de vivre sous perfusion de l'État". La décroissance, une solution que de nombreux foyers ont adoptée pour faire baisser leurs factures.

Pour réduire l'électricité, j'allume des bougies le soir

Catherine

Ces témoignages sont ceux des internautes recueillis après notre appel sur les pages Facebook de France 3 Nord Pas-de-Calais et France 3 Picardie. L’enjeu était de recueillir la parole citoyenne pour mieux connaître et comprendre leurs solutions du quotidien pour faire baisse les factures. Parmi les personnes que nous avons interrogées, au statut précaire ou classe moyenne, toutes ont changé leurs habitudes de consommation pour réduire les charges fixes. Et cela commence par les économies d'énergie. Pour réduire la facture de gaz et d'électricité, c'est le système D. "Je coupe le chauffage à 23 heures dans la maison et le jour, on ne le met qu'à 18 degrés", explique Marie-Christine.

Sophie, elle, éteint tous ses appareils ménagers et les lumières le soir. Anne-Gaëlle aussi limite sa consommation. "J’ai baissé la chaudière d’un degré, même si nous sommes trois à travailler à la maison. Après une cuisson, on ouvre grand la porte du four pour profiter de la chaleur. On met systématiquement des couvercles sur les casseroles pour limiter les temps de cuisson. Par exemple, pour des pâtes qui demandent 15 minutes, je coupe le feu au bout de 10 minutes, je couvre d’un torchon et je laisse huit minutes. Je fais aussi une plus grande quantité et le soir, je réchauffe le reste des pâtes dans un bouillon type bouillon légumes ou miso. Comme on est du genre frileux, bouillottes, couettes en plumes et laine sont nos meilleurs amis".

Catherine s'en sort grâce à quelques changements d'organisation. "Pour réduire l'électricité, j'allume des bougies quand je mange le soir quand il fait noir. Et pour l'eau, je la récupère quand je fais une machine de linge. Je place le tuyau de vidange dans un seau pour nettoyer mon carrelage et les fenêtres."

Le système D s'organise

Les dépenses en alimentation représentent une part importante du budget des ménages. Et elles augmentent régulièrement. En moyenne, un ménage français consacre un budget alimentaire de 320 euros par mois. Toutefois, plus la famille est nombreuse, plus le budget grimpe. Pour alléger les dépenses, il existe quelques solutions. Prévoir des menus pour la semaine et s'y tenir permet d'éviter les dépenses inutiles et bien vérifier les prix au litre ou au kilogramme des produits en rayon. Cécile, patronne d'un restaurant, est à l'affût des promotions : "Il faut savoir anticiper et avoir un peu d'avance pour acheter en gros lors des promos, comme la lessive de marque qui est souvent moins chère au litre que les marques distributeurs. Mais il faut l'acheter en lot. Je cuisine tout maison donc j'économise déjà sur les produits transformés."

Contrairement aux idées reçues, acheter les produits frais, directement chez le producteurs, permet aussi de faire des économies. Et si c'est encore trop cher, le maraudage des poubelles de supermarchés est une autre façon de faire ses courses. Une solution qui se développe dans les villes. "Parfois, je fais les poubelles des grands magasins car ils jettent souvent des denrées non périmées et pour celles qui sont périmées je les prends aussi mais c'est pour mes poules. Ca m'évite d'acheter du blé et du maïs dont le prix a augmenté dernièrement", explique Catherine.

À Amiens, les bénévoles de l'association anti-gaspi, les Robin(es) des bennes, distribuent régulièrement des aliments récupérés dans les poubelles des super et hyper-marchés. L'association a également mis en place des partenariats avec des restaurateurs, des commerçants et des agriculteurs qui donnent les produits gratuitement. Une façon d'éviter le gaspillage alimentaire et d'aider les familles dans le besoin.

L'application Too Good To Go permet aussi de consommer autrement et moins cher. Elle met en relation ses utilisateurs avec des boulangeries, restaurants, supermarchés et autres professionnels des métiers de bouche afin de proposer des invendus à prix réduits. Après avoir sélectionné un choix parmi les commerçants locaux, il suffit d'aller récupérer son panier en boutique.

À la Croix rouge, il y a de très belles choses encore en très bon état

Catherine

Même logique pour l'habillement. La décroissance est en marche forcée. Le dernier bilan des chiffres d'affaires des boutiques de vêtements est en baisse. Et pour cause, le déstockage, achat de seconde main et autre échange de vêtements sont les grands gagnants face à la baisse du pouvoir d'achat des ménages. Toutes les consommatrices éclairées que nous avons interrogées se tournent vers l'occasion ou les prix bas. "À la Croix rouge, il y a de très belles choses encore en très bon état, même pour les chaussures. Le prix est entre un et trois euros", explique Catherine.

Bons plans et anticipation

Et pour les vêtements gratuits, direction les friperies des Robines des bennes, organisées à Amiens plusieurs fois par an. Des stands de vêtements entièrement gratuits sont proposés à tous, sans condition de revenus.

Les applications d'achat de seconde main sont en pleine expansion. On y trouve de tout. Même du neuf. "Cela permet de changer souvent et surtout de ne pas dépenser des sommes folles. J’achète tout et trouve tout. Même les sous-vêtements et maillots de bains puisqu’on trouve du neuf avec étiquette", ajoute Emilie.

Et pour celles et ceux qui préfèrent encore faire les boutiques, les soldes sont encore une bonne alternative. Comme Camille, mère célibataire, qui n'achète que les vêtements en promotion. "À chaque période de soldes, je fais un gros plein en avance. Cela représente 90 % de mes achats de vêtements. Mais c'est un casse-tête pour les vêtements de ma fille de deux ans et demi. Il faut bien calculer et évaluer sa taille future. Pour les jouets aussi, c'est intéressant. Et je mise, en particulier, sur le Black friday où les grandes marques font de belles remises."

Vanessa a trouvé le filon pour dépenser moins. Elle ne fait plus aucun achat avec sa carte bancaire mais par cartes cadeaux. Depuis qu'elle a adhéré à la coopérative Emrys, elle gagne de l'argent en consommant. "Je me suis inscrite à cette coopérative sociale et solidaire en janvier dernier et depuis, j'ai déjà fait pas mal d'économies. J'achète des cartes cadeaux ou des chéquiers sur la plateforme. Ce qui déclenche automatique du crédit d'achat pour mes prochaines cartes cadeaux. C'est un système qui fonctionne sur le principe des cagnottes fidélité. J'ai calculé. Après cinq ans, il est possible d'auto-financer ses courses", précise Vanessa, 32 ans. La coopérative négocie les prix pour ses clients auprès d'enseignes diverses : alimentaires, habillement, restaurants, centres de vacances, achats sur internet...

Préoccupation majeure des ménages français, le pouvoir d'achat est au cœur des programmes des candidats à l'élection présidentielle. Certains ont détaillé à franceinfo les propositions qu'ils souhaitent mettre en place pour l'améliorer.