François Boucq pose son regard sur les violences policières : "Et si on responsabilisait la matraque ?"

Le dessinateur lillois s'est fendu sur son nouveau blog d'un dessin sur les violences policières, exemple de son travail en cours sur l'actualité. 

Le nouveau dessin de François Boucq, "Thérapie policière" publié hier sur son compte twitter.
Le nouveau dessin de François Boucq, "Thérapie policière" publié hier sur son compte twitter. © François Boucq
Et soudain un dessin. Depuis quelques jours la toile foisonne des témoignages, de vidéos, d’articles sur les violences policières dans les manifestations contre la loi travail. Le dessinateur lillois François Boucq apporte sa pierre à l’édifice avec ce policier couché sur un divan qui évoque la vie autonome de sa matraque. "Je ne veux pas dénoncer, explique le dessinateur, mon état d’esprit c’est de dire : les êtres humains sont étranges. J’essaie de les comprendre."

La distance nécessaire

A travers ce dessin et ce fait d’actualité, François Boucq illustre un phénomène de société qu’il a analysé : "C’est chaque fois pareil… Jamais personne n’est responsable, on se renvoie la balle. Je me suis dit "tiens, et si on responsabilisait la matraque ?", rit-il. Pour lui, chacun cherche à se positionner en victime pour légitimer le recours à la violence, et la police n’est pas exclue de cette dynamique-là.

Cette violence, il n’y a pas été confronté, car il n’a pas participé aux manifestations. Parce que les mouvements de foule l’angoissent, certes, mais pas seulement. "A distance, c’est plus facile de ne pas être dans l’immédiateté, dans l’épidermisme. C’est à cette condition qu’on peut faire naître l’humour et sortir des interprétations uniformisées."

Le dessin "Thérapie policière" a été initialement publié sur le nouveau blog de François Boucq, Jungleries, hébergé par le site web du journal Le Monde. L’équipe avec qui il avait travaillé pour couvrir le procès du Carlton le sollicite pour tenir un blog sur l’actualité et lui en donne les moyens : un abonnement au journal et à la matinale. L’auteur a commencé à s’intéresser de plus près à l’actualité après les attentats de Charlie Hebdo. "Des événements comme ça mobilisent autour de la liberté d’expression, de la manière de faire de l’humour". Alors il fait ses classes, sans exclure d’aboutir un jour à une nouvelle bande dessinée.

Des pandas et des hommes

"Ce blog est fait pour tenter d’y voir plus clair dans cette jungle darwinienne où nous évoluons comme de naïfs pandas ébouriffés par la fulgurance du progrès qui n’arrête pas de se ruer vers l’avant sans prendre garde à ceux qui traversent dans les passages cloutés." peut-on lire en présentation. Un paragraphe qui annonce le ton malgré tout tendre de François Boucq, qui se voit lui-même comme l’un de ces pandas. "On est tous gentils au fond, on est comme les pandas. Et d’un autre côté on nous bombarde de trucs, comme cette notion merdique de progrès. On est sans cesse en train de nous prouver qu’on est nuls, et que les machines sont plus intelligentes que nous. C’est une notion abstraite, basée sur rien sinon une idéologie et qui mène à  une conception industrielle du monde."

 

François Boucq au festival d'Angoulême, en 2015
François Boucq au festival d'Angoulême, en 2015 © AFP/PIERRE DUFFOUR
L’homme d’abord, chez le dessinateur, l'homme comme fil conducteur. François Boucq revendique l’influence de Sempé, qui, selon ses termes, sait parfaitement mettre en perspective les ambitions et la taille humaine. Que ce soit un flic ou François Hollande, Boucq essaie toujours de se mettre à leur place. "C’est tous des petits bonshommes ! On leur donne du pouvoir et ça leur donne des ailes, mais au départ c’est des petits bonshommes. Des gens qui vont mourir, attraper un petit rhume… Des fois je suis attendri quand je les vois se débattre".

La démarche du père de Little Tulip : livrer son regard sur l’actualité, en évitant de tomber systématiquement dans la dénonciation, car "l’humour doit être en dehors de toute morale". Un humour soutenu par un trait plus rond que ce qu’on a pu voir dans certaines de ses œuvres. Comme pour s’adapter à une actualité peut-être assez rêche en elle-même.
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