Cambrai : 10 ans de réclusion requis contre un homme jugé pour complicité de crime raciste, au lendemain du Bataclan

L'auteur du tir, qui a blessé le client d'un kébab, s'était suicidé peu après.

Photo d'illustration.
Photo d'illustration. © PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP
Dix ans de réclusion criminelle ont été requis jeudi contre un ex-élève militaire, jugé par la cour d'assises du Nord pour avoir aidé un ami à tirer sur un Turc, devant un kebab de Cambrai, au lendemain des attentats de Paris de 2015.

"Ce soir-là, on commence à craindre le développement de ce type d'actes, comme des représailles" aux attentats de Paris et du Stade de France, a rappelé l'avocat général Rémi Schwartz, parlant d'un "crime innommable". "Ce contexte ne peut pas être ignoré".

"Chasse à l'Arabe"

Fustigeant une "dérive raciste" à l'époque de cette "chasse à l'Arabe", M. Schwartz a néanmoins souligné le "très jeune âge" de l'accusé, et la "période très compliquée de sa vie" après la perte de sa mère et son exclusion pour problème de santé d'une école de sous-officiers.

Dans la nuit du 14 au 15 novembre 2015 à Cambrai, au sortir d'une manifestation en hommage aux victimes des attentats, un jeune homme de 20 ans ouvrait le feu devant un kebab, à bord d'une voiture arborant un drapeau tricolore. Il blessait au dos un Turc d'origine kurde, avant de se suicider quelques heures plus tard.

Adryan C. bientôt 24 ans, qui conduisait le véhicule, est accusé d'avoir fourni le revolver 22 long rifle utilisé par son ami Josué pour, selon l'expression de ce dernier, "se faire du bougnoule". L'accusation lui reproche également de l'avoir conduit devant le restaurant, lui désignant de potentielles victimes. "Je l'ai aidé à contre-coeur", sans prendre "plaisir", a-t-il répondu à la présidente, Anne Cochaud-Doutreuwe, reconnaissant sa culpabilité dans la complicité de la tentative d'assassinat raciste.

"Je ne pensais pas que Josué en aurait été capable", a-t-il ajouté, sans convaincre la magistrate. Cette dernière a rappelé que quelques heures plus tôt, Josué avait tiré une première fois sur une adolescente, récemment convertie à l'islam et accompagnée d'un ami d'origine algérienne, au domicile d'une connaissance.

Une passagère poursuivie pour non dénonciation de crime

Eve, l'amante des deux hommes, et troisième passagère, a bénéficié d'un non-lieu, mais citée à comparaître comme témoin, elle s'est dit prête à "assumer (ses) torts et retourner en prison par amour pour Adryan".

Selon elle, Adryan C. avait, avant les faits, essayé de cacher l'arme et de "raisonner" Josué. C'est elle qui aurait demandé à l'accusé de lui apporter un peu plus tôt ce revolver, trouvé dans le grenier de son père.

"Ce n'est pas juste qu'il se prenne tout (...) J'étais dans les mêmes faits, j'en ai quand même la responsabilité", a lancé cette mère d'une trentaine d'années, au milieu d'un récit dont il était difficile de distinguer la sincérité du mensonge.

L'avocat général a rappelé qu'elle était "innocente pour complicité de ce crime". Mais il a précisé que des poursuites venaient d'être engagées contre elle pour non dénonciation de crime.

"Amalgame nauséabond"

Décrite par des proches de Josué comme "manipulatrice", "malfaisante", raciste et voire susceptible d'avoir été "le cerveau" de l'attaque, elle a reconnu avoir dit à l'époque "des choses inadmissibles" "même si elle ne le pensait pas", en fréquentant une boîte de nuit belge "raciste", pour "rentrer dans un groupe".

La cour a décortiqué toutes les traces tendant à prouver la xénophobie de chaque membre du trio : un contact Facebook publiant des croix gammées, des "Je veux Marine", des "likes" sur une publication dénonçant le "multiculturalisme nauséabond (...) ni voile ni kippa", des textos louant le "pur patriote".

"Ce soir-là, il y a eu un mélange de tout, de haine... Ça a accentué beaucoup les choses", a affirmé Eve, parfois agressive.
À cause de "l'amalgame nauséabond entre terroristes, Daesh et les musulmans" de ces "trois idiots", la victime est ce soir là devenue "le bougnoule à abattre", a déploré son avocate, Me Sandrine Bleux.

Pour s'être trouvé là, "au mauvais moment au mauvais endroit avec la mauvaise couleur de peau", selon elle, l'homme a témoigné avoir vu sa vie "détruite".
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