Pass sanitaire : "Opération ville morte" à Cambrai, une soixantaine de restaurateurs refusent de contrôler leurs clients

Temps d'attente allongé, pas de personnel payé pour contrôler les entrées... Les restaurateurs de Cambrai se rassemblent samedi 7 août pour dénoncer les conditions de mise en place du pass sanitaire. Leurs établissements resteront fermés.

Les restaurateurs de Cambrai ne cessent de le répéter, ils ne sont pas contre le pass sanitaire et le vaccin. "Ce n'est pas le sujet", lance l'un d'entre eux. Ce qui leur pose problème, c'est le contrôle à l'entrée des restaurants, des bars et des cafés à partir de lundi 9 août. 

C'est pourquoi ce samedi 7 août, une soixantaine d'entre eux a prévu de se réunir sur la place Aristide Briand au centre-ville pour protester. Ce ne sera pas pour autant une manifestation, mais une "opération ville morte". La quasi totalité de leurs établissements seront fermés. 

"Le pass sanitaire, c'est une chose, on le respecte, lance Morgan Sedrue, gérant d'un bar de nuit. Mais ce qu'on ne veut pas, c'est contrôler les gens. On n'est pas des anti ou des pro-vaccin, ce n'est pas du tout le débat. On veut montrer notre mécontentement sur le contrôle du pass sanitaire." Difficile pour lui et ses collègues de s'imaginer contrôler chaque client, "comme un agent de police". 

Plusieurs revendications

Avec le déploiement du pass sanitaire, plusieurs problèmes se posent. A commencer par le temps d'attente devant les établissements. Frédéric Darras, restaurateur, constate déjà "des queues 15 à 20 personnes sur les côtés. Certains n'ont pas le temps par ce qu'ils travaillent, vous les imaginez faire une queue de 15 minutes alors qu'ils n'ont qu'une heure pour manger à la pause ?" Cela entraîne aussi un décalage "en cuisine et dans le service" qui ralentit considérablement la cadence du restaurant. 

Certains n'ont pas le temps par ce qu'ils travaillent, vous les imaginez faire une queue de 15 minutes alors qu'ils n'ont qu'une heure pour manger à la pause ?

Frédéric Darras

Ensuite, ils anticipent déjà des complications pour l'organisation : "quand on prend les additions, il y a ceux qui attendent à l'extérieur et qui vont vouloir s'asseoir de suite aux places libres, alors qu'on a pas encore contrôlé leur pass sanitaire. Si à ce moment-là, il y a un contrôle de police, ça nous fait 1500 euros d'amende et pour le client, c'est 135 euros."

La foire du 15 août à Cambrai inquiète aussi. Les restaurateurs prévoient "à peu près 4000 clients potentiels" dans les restaurants, les bars et les cafés en l'espace d'une journée. Comment s'organiser face à l'afflux de personnes, avec un pass sanitaire à contrôler et sans personne pour le faire ? "Une situation intenable", pour Morgan Sedrue. 

Casse-tête en vue

En somme, les restaurateurs regrettent que la population ne soit pas prête d'un point de vue vaccinal. "En plus, il y a ceux qui ont les deux vaccins mais pas de QR code validé parce qu'il faut attendre 7 jours, on leur dit quoi ? On refuse ?", s'exclame Frédéric Darasse. 

Ajouté aux conséquences économiques de la crise sanitaire, le contrôle du pass sanitaire a du mal à faire l'unanimité. "Après avoir fermé 7 mois, on ne peut pas payer une personne qui contrôle, même si l'Etat dit qu'on peut prendre une personne retraitée bénévole, c'est compliqué". C'est notamment le cas à cause du téléphone, car "on sait que certains ne sont pas trop high-tech arrivés à un certain âge". Se pose ensuite la question du travail au noir : "disons que la personne retraitée qui contrôle le pass a la gentillesse de débarasser un verre, c'est du travail au noir et c'est illégal."

Après avoir fermé 7 mois, on ne peut pas payer une personne qui contrôle, même si l'Etat dit qu'on peut prendre une personne retraitée bénévole, c'est compliqué.

Frédéric Darras

Le monde des cafés, des restaurants et des bars a "encore pris un coup, comme depuis un an". Certains professionnels du milieu se disent "ciblés". Les fermetures successives à cause des confinements les "a affaibli", et ils regrettent de se voir infliger des normes supplémentaires alors "que les grandes surfaces ne sont pas impactées. Pourquoi ne pas faire des contrôles partout ?". 

Frédéric Darras évoque aussi ses employés, qui ne sont pas tous complètement vaccinés. "Les trois quart ont eu leurs deux doses" mais pas encore leur certificat de vaccination, tandis qu'un d'entre eux attend sa deuxième dose. "On contrôle les clients alors que certains personnels ne sont pas encore entièrement vaccinés !"

"Laisser le temps pour que tout se passe bien"

Frédéric Darras suggère de "laisser le temps pour que tout se passe bien. On est pas contre le pass sanitaire, la vaccination on l'a faite, on va la faire. On a fait des essais avec des collègues, on a joué une scène théâtrale pratiquement pour faire voir qu'on pourra pas le faire, on va perdre trop de temps."

Les restaurateurs l'assurent, le rassemblement de ce samedi 7 août sera sécurisé. Ils ont obtenu "une autorisation communale et préfectorale. On a un emplacement sécurisé qui sera filtré". Ils souhaitent ouvrir la discussion à "toute personne passante" pour faire comprendre leur démarche et montrer que "notre métier est là pour donner de la convivialité, du service, de belles prestations".   

On essaie de rassembler tout le monde et déclencher un mouvement dans toute la France.

Morgan Sedrue

Lundi 9 août marquera donc le début du contrôle des pass sanitaires à l'entrée des restaurants, des bars et des cafés. A Cambrai, "on va se réunir avec les collègues, en discuter, et par la suite, on espère que d'autres collègues au niveau national prendront la relève et feront autant pour que le message passe partout. Pour que ça passe au niveau de l'Etat, pour mieux jauger avec on l'espère la possibilité de décaler la date du déploiement du pass sanitaire", explique Frédéric Darras. 

"On veut montrer qu'on est soudé, conclut Morgan Sedrue. On essaie de rassembler tout le monde et déclencher un mouvement dans toute la France." Ce jour-là d'ailleurs, d'autres professions se mobiliseront. Un syndicat de pompiers appelle d'ores et déjà à une grève illimité. 

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