Congrès d’EELV : l'avenir des Verts se joue-t-il dans les Hauts-de-France ?

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Écrit par Noémie Furling

Parmi les sept listes retenues en vue de la succession de Julien Bayou au poste de secrétaire national des Verts prévue le 10 décembre prochain, trois sont portées par des élues et militantes du Nord et du Pas-de-Calais.

Marine Tondelier, l’écologie populaire fédératrice  

Proche des anciens secrétaires nationaux Cécile Duflot et Julien Bayou et ancien soutien du maire écologiste de Grenoble Eric Piolle, la conseillère municipale d’Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) Marine Tondelier sera à la tête de la liste “La Suite”. Dans sa lettre de candidature, l’élue de 36 ans, également conseillère régionale, affiche clairement sa volonté de “refonder” le parti Europe Ecologie-Les Verts (EELV) qui a selon elle, “trop souffert des individualismes” ces derniers temps. Elle souhaite “proposer et incarner une écologie populaire qui revendique des solutions pour tous les territoires et les représente vraiment”.

Parmi les chantiers que Marine Tondelier souhaite mettre en oeuvre si elle prend la tête du parti : l’élargissement de la base électorale - près de 12 000 adhérents à ce jour - et la vulgarisation du langage des Verts : “Il faut aller à la rencontre des Français dans les quartiers populaires et les territoires ruraux et être à l’écoute de leurs préoccupations tout en leur énonçant clairement nos ambitions”, détaille-t-elle à France 3 Hauts-de-France.     

Une écologiste fidèle à ses racines

Fille d’un bassin minier meurtri par l’amiante et rongé par la silicose - maladie pulmonaire  provoquée par l'inhalation de la poussière de silice - Marine Tondelier est toujours restée fidèle à son territoire qu’elle a vu s’enliser dans la précarité. “Quand les puits ont fermé les uns après les autres, les mines ont  laissé  la  place  au  chômage  pour  beaucoup,  ainsi  qu’à d’autres industries prédatrices des hommes et de l’environnement”, explique l’élue dans son programme. 

C’est à la suite d’un meeting de José Bové dans le cadre des Européennes 2009 qu’elle adhère à EELV, alors qu’elle est encore étudiante à Sciences Po Lille. Très vite, elle incarne la force d’opposition au Rassemblement National (à l’époque Front National) à  Hénin-Beaumont. Position qu’elle n’a quitté qu’à l’occasion des régionales de 2021. Un an plus tard, lors des législatives, c’est encore elle qui tente de faire barrage à Marine Le Pen sous la bannière de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale.

Son ancienneté et sa position qu’elle veut fédératrice semble séduire dans les rangs écologistes puisque l’élue du Pas-de-Calais est présentée comme favorite dans les médias.

Mélissa Camara, la radicalité sinon rien

A l’opposée de l’élue du Pas-de-Calais, Mélissa Camara a rejoint les rangs d’EELV il y a peu. En effet, c’est fin 2018 que la conseillère municipale et métropolitaine de Lille (depuis 2020) prend sa carte d’adhérente du parti pour “permettre à l’écologie politique de faire le plus beau score aux européennes de 2019”, rappelle-t-elle à France 3. Aujourd’hui âgée de 30 ans, elle porte la liste “La Terre, nos luttes”, soutenue activement par Alain Coulombel et la députée de Paris Sandrine Rousseau (interdite de cumuler mandat parlementaire et fonctions dans le parti). “La Terre [...] est un projet de rupture écoféministe, émancipateur, populaire et profondément radical ”, a martelé la Nordiste dans un texte adressé aux militants écologistes.        

Née dans la banlieue rouennaise (Normandie) dans une famille ouvrière, puis diplômée en sciences politiques à Lille, Mélissa Camara s’est d’abord engagée dans le milieu associatif. Elle commence à militer au sein des collectifs féministes et LGBTQIA+, face à La Manif pour tous fermement opposée au mariage homosexuel en 2013 : “Je ne voulais pas que la vision rétrograde de la société, de la famille et de l’égalité femme-homme gagne”, témoigne-t-elle.

Une jeunesse contre l’exploitation capitaliste

Ce n’est qu’après sa rencontre avec des habitantes d’une aire d’accueil pour gens du voyage à Hellemmes-Ronchin luttant contre la pollution de leur terrain, que cette ancienne conseillère en insertion s’est tournée vers l'écoféminisme et les mouvements de justice environnementale. Sa volonté : allier préservation des écosystèmes et lutte contre les dominations sociales.

A l’instar de Marine Tondelier, Mélissa Camara souhaite également briser le plafond de verre du parti écologiste qui “s’adresse aux CSP+ et qui n’a pas su parler aux gens des quartiers populaires et des territoires ruraux”. Elle revendique toutefois une vision politique plus tranchée que sa consoeur : “Ce qui est radical, c’est la vie des gens. À Lille sud, les enfants sont plus asthmatiques que la moyenne nationale. Les gens du Nord vivent dans des passoires thermiques qui font exploser leurs factures... Au vu de la situation sociale et climatique actuelle, la seule réponse doit être radicale”, assène-t-elle.  

Vue comme une outsider au sein des Verts, Mélissa Camara reste optimiste : “Rien n’est fait, on peut déjouer tous les pronostics", souffle celle qui a trouvé son énergie dans la dynamique impulsée par Sandrine Rousseau lors de la Primaire écologiste 2021. L’élue espère en effet “créer la surprise”, aussi grâce à l’implication de la nouvelle génération capable selon elle de mettre fin à un “système de prédation et d’exploitation capitaliste”. 

Hélène Hardy, l’intersectionnalité comme fer de lance

De son côté, Hélène Hardy ne se voit pas comme une “alternative” à la direction actuelle ou au camp Rousseau, mais plutôt comme une “voie centrale” du parti écologiste, dans une “position minoritaire stérile” affirme-t-elle à France 3. Soutenue notamment par l’eurodéputée Karima Delli, la déléguée aux élections d’EELV présente la liste “L’Arche”, axée sur l’inclusion des “luttes tiers-mondistes, pacifistes, antiracistes et contre l’antisémitisme, féministes, animalistes, LGBTQIAP+, antivalidistes.” L’objectif ? Redonner “le goût de l’engagement politique” aux jeunes de moins de 30 ans, dont la majorité ne se rend pas aux urnes.” 

Marquée par les mouvements de luttes sociales et écologiques des années 1970, l’écologiste de 69 ans a mené une vie de militance et de travail pour les demandeurs d’emploi : “Pour moi tout est militant, c’est vraiment le sens de ma vie”, commente-t-elle. Directrice de la Maison de l’emploi de Villeneuve-d’Ascq dès sa création le 21 décembre 1989, elle prend finalement sa retraite en 2016 : “J’avais envie d’avoir un boulot qui ait du sens pour moi” poursuit-elle. 

Écologie participative et maillage territorial 

Elle commence sa carrière politique avec Les Amis de la Terre (ONG internationale de protection de l’environnement) et figure sur la liste Lille écologie aux élections municipales de 1977 à Lille. Quelques années plus tard et ce jusqu’en 1984 elle est responsable locale du Parti socialiste unifié (PSU). C’est en 1992 qu’elle rejoint les Verts (futurs EELV), pour qui elle sera conseillère fédérale de 2016 à 2019. 

Comme ses deux adversaires, elle souhaite aujourd’hui accentuer le maillage territorial du parti écologiste avant les Européennes de 2024 : “c’est la priorité absolue", glisse-t-elle. Pour cela, il faudra “sortir des grandes métropoles” et “adapter [son] vocabulaire”, prévient l’élue.

Un changement qui doit s’opérer “par la base” rappelle Hélène Hardy qui milite pour l’organisation d'Etats généraux de l’écologie politique. Une manière de placer les initiatives citoyennes au cœur du processus décisif.

Scrutin en deux temps 

Le scrutin pour désigner qui prendra les rênes du parti écologiste se déroulera en deux temps avec d’abord un congrès décentralisé le 26 novembre, où les fédérations éliront les délégués. Ces derniers voteront ensuite le 10 décembre pour choisir la liste qui prendra la direction du parti lors du congrès fédéral. Le lieu du vote n’a pas encore été communiqué mais les élus devraient se réunir à Paris ou à Marseille.

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