Discovery/Hycovid : les essais cliniques d’hydroxychloroquine suspendus dans les Hauts-de-France

Sur décision des promoteurs des études Discovery et Hycovid, les hôpitaux de Lille, Amiens, Tourcoing, Valenciennes et Compiègne ne proposent plus de traitement par hydroxychloroquine aux nouveaux patients infectés par le coronavirus.

Le médicament va rester au placard, le temps de réévaluer les risques.
Le médicament va rester au placard, le temps de réévaluer les risques. © GEORGE FREY / AFP
"On a reçu le mail ce matin." L’essai clinique Hycovid, mené dans 25 centres français - dont l’hôpital de Tourcoing sous l'égide de l’infectiologue Olivier Robineau -, est suspendu par son promoteur, le CHU d’Angers depuis ce mercredi 27 mai. Il s’agissait de tester un traitement du Covid-19 par hydroxychloroquine, médicament utilisé notamment dans le protocole du Pr Didier Raoult à Marseille.

"On a le droit de terminer les traitements déjà commencés, mais on n’a plus le droit d’inclure de nouveaux patients", précise le médecin. De toute façon, la question ne se posait plus à Tourcoing : "Nous n’avions plus personne sous hydroxychloroquine et il y a beaucoup moins de nouveaux cas qu’il y a un mois."

Idem à l’hôpital de Valenciennes, également impliqué dans Hycovid : "On n’a inclu dans cet essai que trois patients, au mois d’avril", explique le Dr Alina Tone, investigateur principal. 

À Compiègne enfin, "on n’a plus de nouveaux cas mais on a encore des patients sous hydroxychloroquine et on ne va pas pas interrompre leur traitement", indique Jean-Christophe Seghezzi, en charge de l'étude.

Un autre essai clinique, européen cette fois, mobilise encore les hôpitaux de Lille, Amiens et Tourcoing : Discovery. Il s’agit de tester plusieurs traitements, dont là encore l’hydroxychloroquine. Cette partie de l’essai est elle aussi suspendue, sur décision de l’Inserm. Les patients déjà inclus continuent d’être traités, "mais il en reste très peu", souligne le CHU de Lille.
 
 

Le résultat d’une cascade d’avis de suspension


Ce coup d’arrêt est la conséquence directe de la publication, dans la prestigieuse revue scientifique The Lancet vendredi, d’une étude pointant l’inefficacité et même la dangerosité de l’hydroxychloroquine.

Dans la foulée, dès dimanche, le Haut conseil de la santé publique (HCSP) revoyait ses recommandations : ne plus prescrire d’hydroxychloroquine contre le Covid et évaluer le bénéfice/risque dans les essais thérapeutiques.

Lundi, le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) annonçait la suspension de la partie hydroxychloroquine de l’essai clinique Solidarity, parent de Discovery. D’où la décision de l’Inserm.

Mardi, c’est l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) qui réclamait la suspension des inclusions de nouveaux patients dans les essais d’hydroxychloroquine. D’où la décision du CHU d’Angers d’interrompre Hycovid.

Enfin, ce mercredi matin, le gouvernement abrogeait le décret, qu’il avait pris en mars, encadrant la prescription d’hydroxychloroquine, même hors essais cliniques, pour les cas graves de Covid-19.

Le principe de liberté de prescription demeure. À la ville comme à l’hôpital, des médecins peuvent aller à l’encontre des recommandations et proposer de l’hydroxychloroquine à leurs patients atteints de Covid-19, mais ils engagent alors leur responsabilité personnelle.


« Pas de regret » et une reprise possible


L’interruption des essais cliniques est acceptée, ni plus ni moins, par les médecins que nous avons pu joindre. "C’était un essai très bien encadré, sa suspension fait suite à une très vaste étude, une décision nationale et mondiale, donc il n’y a pas de regret", confie le Dr Alina Tone, à Valenciennes.

"Pas de regret particulier, au contraire, selon Olivier Robineau, à Tourcoing. Face à une molécule potentiellement efficace, il fallait des essais thérapeutiques fiables pour confirmer l’intuition. Il y a toujours le risque d’effets indésirables, mais c’est l’intérêt des études, il n’y a pas d’autre méthode."

Les médecins refusent de donner des indications sur les premiers résultats de leurs essais suspendus. Si l’on comprend qu’il y a pu y avoir des complications cardiaques ici ou là, il s’agirait de cas trop rares et particuliers pour en tirer la moindre conclusion.

Reste la possibilité d’une reprise, plus probable concernant l’essai Hycovid. En effet, il excluait les patients à fort risque cardiovasculaire. Le CHU d’Angers avance ainsi que "l’ANSM pourrait donc donner son accord pour la reprise de l’étude, si elle considère l’absence de risques accrus pour les patients."

L’hôpital se réserve aussi la possibilité de publier les résultats déjà obtenus s’ils "sont suffisamment probants". Seulement 250 patients y ont participé.
 
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