Quentin Tarantino encense "Dunkerque" de Christopher Nolan et le classe 2e meilleur film des années 2010

Le célèbre cinéaste américain Quentin Tarantino a déclaré cette semaine qu'il considérait "Dunkerque" de Christopher Nolan comme le 2e meilleur film des années 2010. Ce long-métrage, consacré à l'Opération Dynamo de 1940, a été tourné en grande partie dans le Dunkerquois.

Quentin Tarantino (à droite) salue le travail de Christopher Nolan (à gauche) sur son film de guerre tourné à Dunkerque.
Quentin Tarantino (à droite) salue le travail de Christopher Nolan (à gauche) sur son film de guerre tourné à Dunkerque. © GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP / WARNER BROS.
Sorti sur les écrans à l'été 2017, "Dunkerque" a déjà reçu trois Oscars. Mais l'hommage que lui a rendu cette semaine Quentin Tarantino a valeur de nouvelle récompense.

Le célèbre cinéaste américain, auteur de "Pulp Fiction", "Kill Bill" ou plus récemment "Once Upon a Time... in Hollywood", était invité à s'exprimer dans l'émission "The Rewatchables", un podcast animé par des journalistes du site TheRinger.com, pour discuter des films qu'il a préférés au cours de la décennie écoulée.
 
"Dunkerque" de Christopher Nolan apparaît ainsi en deuxième position de son Top 10 (on ne connaît pas encore les autres films de son classement qui feront l'objet d'autres émissions).
 
"Au départ, je l’avais mis au 7e rang mais finalement c’est devenu mon numéro 2 après l’avoir revu une troisième fois", a expliqué Quentin Tarantino, connu pour sa cinéphilie boulimique. Le cinéaste a pourtant mis du temps à véritablement aimer ce film consacré à l'Opération Dynamo de 1940, dramatique épisode de la Seconde Guerre Mondiale, au cours duquel près de 340 000 soldats britanniques et français, encerclés par les Allemands, furent évacués vers l'Angleterre.
 
Bande-annonce de "Dunkerque" (2017)

 

"Le voir à Londres, ça a fait pencher la balance pour moi."


Le premier visionnage, à Los Angeles, lors d'une séance réservée aux réalisateurs, lui avait laissé un sentiment mitigé. "Je ne sais pas si j’ai ressenti quelque chose émotionnellement à cause du spectacle". Il l'a revu ensuite une seconde fois à Londres, après sa sortie en salle, dans un tout autre état d'esprit. "Ce n’était pas seulement que (les Britanniques) avaient aimé ce film, ils en étaient fiers !", se souvient-il. "Ils étaient fiers d’un film britannique sur un événement de l’histoire britannique. C’était une des sensations les plus agréables que j’ai eues en allant voir un film depuis un bail. (...) J’avais le sentiment que tout le monde regardait ce film ensemble dans la salle. C’était quelque chose de voir "Dunkerque" à Londres, ça a fait pencher la balance pour moi. Mais même là, pour ce second visionnage, je restais enfermé dans le spectacle. Je n’arrivais pas à aller au-delà du spectacle".
 
"Ce n’est qu’au troisième visionnage que j’ai réussi à voir au-delà du spectacle, à m’intéresser aux gens, à ces gens dont on raconte l’histoire", poursuit Tarantino. "J’ai pu enfin voir la forêt derrière les arbres. (...) "Dunkerque" est un film qui récompense l'effort de le revoir". "Le film entier est un film d’action. C’est comme si le film était sa propre bande-annonce. Ça ressemble à une bande-annonce. Mais une bande-annonce où il y aurait de l’attente, de la profondeur et de l’intérêt", ajoute-t-il. 

"On a le sentiment que (Nolan) a fait ce film pour des raisons complètement différentes de ceux qui ont fait des films sur de grandes batailles avant lui", analyse le réalisateur de "Pulp Fiction". "Ce n’est pas une leçon d’histoire, même s’il y a une leçon d’histoire à en tirer. Il a juste compris comment raconter ça dans un film. (...) Il a mis en boîte un film et il finit par nous raconter l’histoire de Dunkerque. Mais c’est quelque chose de secondaire par rapport à l’expérience sensorielle de regarder "Dunkerque".
 
Quentin Tarantino a également été séduit par l'aspect très british du film de Christopher Nolan. "Les Britanniques romancent leurs défaites de la même manière que d’autres pays romancent leurs triomphes. (...) Et c’est une des qualités finalement du film.

"Ce qui est intéressant dans le film, c'est que les gamins (les jeunes soldats interprétés notamment par Fionn Whitehead et Harry Styles NDR) ne sont pas spécialement héroïques", estime-t-il. "Tom Hardy (qui joue un aviateur NDR) est héroïque. Mais les gamins, non. Les gamins essaient seulement de survivre".

Quentin Tarantino a particulièrement aimé la scène d'ouverture de Dunkerque, filmée à Malo-les-Bains. Il considère même l'image où Fionn Whitehead est allongé la tête dans le sable, avec des bombes qui explosent en arrière-plan sur la plage, comme "peut-être le meilleur plan dans l'histoire des films de guerre... BOUM ! BOUM ! BOUM ! BOUM !". 
   
"L'un des trucs avec (Nolan), c'est que s'il peut faire quelque chose dans la vraie vie, il va le faire", apprécie Tarantino. "Il a quatre ou cinq superbes plans. D'un artiste, d'un grand réalisateur. Quand les navires chavirent et que l'eau s'infiltre, les angles étranges qui montrent le navire en train de chavirer. Il fait ça tout le temps le long du film. Il en fait une expérience artistique. Dans "Il faut sauver le Soldat Ryan" (de Steven Spielberg NDR), tous les meilleurs plans, qui vous marquent, sont dans la scène d'ouverture. C'est incroyable. Mais je ne me souviens d'aucun plan marquant ensuite."

Pour le cinéaste qui s'exprime pendant plus d'1h30 dans ce podcast, "Dunkerque" constitue "le sommet de la montagne" pour Christopher Nolan, son meilleur film à ce jour qu'il trouve plus intéressant que sa trilogie consacrée à Batman ou ses films de science-fiction "Inception" et "Interstellar". "Il aborde ce film comme un grand cinéaste, il aborde un grand sujet et amène Warner Bros. (le studio américain qui a produit "Dunkerque" NDR) avec lui, de la même manière que Stanley Kubrick aurait amené Warner Bros. avec lui".

Plus de deux ans après sa sortie, "Dunkerque" est encore à ce jour le film sur la Seconde Guerre Mondiale qui a rapporté le plus d'argent au box-office dans le monde, avec plus de 520 millions de dollars de recettes. Il a été en grande partie tourné dans le Dunkerquois, sur les lieux-mêmes de l'Opération Dynamo, en mai et juin 2016.
 
Christopher Nolan sortira en juillet prochain son nouveau film, "Tenet", mêlant espionnage et science-fiction.
        
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