Commissariat de Roubaix : des taux de légionelles hors-norme découverts dans l'eau, pour les syndicats de police "On touche le fond"

Publié le Mis à jour le
Écrit par Anas Daif .

De la légionelle a été découverte dans l'eau du commissariat de Roubaix, déjà pointé du doigt pour son insalubrité. Mauvaises odeurs, systèmes de canalisation et d'électricité à refaire, les syndicats dénoncent une nouvelle fois leurs conditions de travail.

Toilettes, douches et ventilations inutilisables, des centaines de moucherons qui s'accumulent au plafond... Un mois après la visite des bâtonniers de l'Ordre des avocats qui a remis la lumière sur l'insalubrité du commissariat de Roubaix, la situation a empiré.

En effet, des légionnelles ont été découvertes dans l'eau. Ces bactéries sont connues pour provoquer la légionellose, une infection pulmonaire grave qui entraîne une insuffisance respiratoire, rénale ou encore un état de choc.

Le taux de légionnelles supérieur à 70 000

Suite à la fermeture des douches constatée par les syndicats, les agents de police ont dû eux-mêmes solliciter par mail la Direction départementale de sécurité publique du Nord pour des explications. On leur a alors appris que "des expertises" étaient en cours, explique Benoit Aristidou, délégué syndical SGP Police nationale zone Nord. Ils ont également "mis la main sur un document concernant le taux de légionelles qui doit être inférieur à 1000 alors que là, il est à 70 000". 

Autre problème : cette expertise a été réalisée "en date du 4 août" et les douches n'ont fermé "qu'autour du 14 août". Mais ce n'est pas la première fois que le commissariat fait face à cette infestation de bactéries. "On a déjà eu le même problème il y a quelques mois, ça avait été résolu par des nouvelles techniques pour les faire partir, mais c'est revenu", déplore Franck Leclerc, également délégué syndical qui ajoute que le commissariat de Roubaix "vieillit mal". 

De son côté, la préfecture du Nord assure que "le commissariat de Roubaix fait l'objet d'un suivi continu avec les personnels et leurs représentants". En ce qui concerne la présence de légionelles, "le nécessaire a été fait immédiatement en lien avec l'Agence régionale de santé (ARS) pour éviter tout risque pour la santé des personnels". 

"Ça fait des années que ça dure"

La légionnelle n'est qu'un point parmi une longue liste de dysfonctionnements techniques au sein du commissariat de Roubaix. "Ça fait des années, que ça dure", poursuit Benoit Aristidou. Il y a deux ans, une manifestation "pour alerter sur les conditions de travail des enquêteurs" amène Alexandre Brugère, conseiller de Gérald Darmanin, à se déplacer. Il constate par la même occasion "qu'il y a beaucoup de travaux à faire" et pousse à leur réalisation. 

La préfecture avance que de nombreux travaux ont été exécutés depuis 2020 : "réfection des portes et résines des cellules de garde à vue", réparation de portail, rénovation de la VMC et de "la zone de sûreté et bureaux", travaux de reprise des "travaux eaux usées" et de "mise en conformité" ou encore réparation des verrières, entre autres. Elle précise que "des travaux de mise en conformité électrique seront par ailleurs prochainement réalisés". 

Mais tout ceci ne semble pas suffire. "C'est pas des travaux, c'est du cache-misère", fustige Benoit Aristidou, regrettant qu'il faille "mettre l'argent ailleurs" et qu'il y ait peu de budget alloué à la rénovation des lieux. "L'administration dépêche des experts pour voir ce qui se passe, ils font des réparations mais elles ne durent pas longtemps", renchérit Franck Leclerc. 

L'administration ne prend pas de contrat d'entretien et intervient presque quand il est trop tard. On rétablit la situation uniquement quand il se passe quelque chose.

Franck Leclerc, délégué syndical

En réalité, les travaux demandés sont "importants", colossaux même. "C'est un commissariat qui a été construit en 1996 et à cette époque, on avait les commissariats annexes, ce qui n'est plus le cas, tout est concentré ici", observe Benoit Aristidou. Aujourd'hui, "toute l'électricité est à refaire, le coût s'élève à 1,2 million d'euros et le système d'incendie doit coûter 60 000 euros". Les canalisations doivent aussi être refaites, "elles se bouchent car elles sont sous-dimensionnées, on avait pas prévu ça dans les années 1990." 

Franck Leclerc précise que les travaux du commissariat dépendent du SGAMI (Secrétariat général pour l'administration du ministère de l'intérieur) qui "ramène des experts, ils font ensuite venir plusieurs entreprises à travers un appel d'offres". Ces entreprises "font un devis et le SGAMI donne l'ordre à telle entreprise de faire les travaux". Cependant, "les devis" concernant le commissariat de Roubaix "n'ont pas été acceptés", insiste Benoit Aristidou.

La prise de conscience et la médiatisation de cette situation, grâce à la visite des bâtonniers, a permis aux syndicats "d'embrayer derrière". "Ils s'intéressaient à l'état des cellules, mais ils ont aussi constaté l'état total du commissariat", souligne-t-il. Et c'est là que les choses semblent avoir commencé à bouger : "il y a eu la visite du directeur de départemental qui a intimé de faire des travaux en urgence car ils ont peur de la visite d'un haut gradé de l'Etat". 

"Les collègues travaillent dans un climat où il ne fait pas bon vivre"

Cette situation d'insalubrité pèse sur l'humeur des effectifs, en plus de la "surcharge de travail", des "horaires compliqués" et des "conditions de travail délétères". Après une mission de terrain ou une séance de sport, "leur seul point pour évacuer tout ça", ils ne peuvent même plus prendre de douche à cause des légionnelles. 

Le commissaire, Abdelkader Haroune, ferait de son mieux. "Il a fait ouvrir le logement de fonction à l'étage pour ceux qui veulent prendre une douche car il n'y a pas de problème avec le ballon d'eau chaude", précise Benoit Aristidou. "Ce n'est pas lui qui est responsable du commissariat, de la ligne budgétaire et des travaux à effectuer"

"Les collègues travaillent dans un climat où il ne fait pas bon vivre. Ils sont obligés de venir mais ne travaillent pas dans une atmosphère de sécurité", lance Franck Leclerc. La préfecture, quant à elle, informe qu'une visite "complète du site" sera effectuée la semaine prochaine "pour identifier et planifier les besoins de travaux" et les aménagements complémentaires.  

Contactés par la même occasion, ni la DDSP, ni le Secrétariat général pour l'administration du Ministère de l'intérieur n'ont donné suite à nos sollicitations. 

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