PORTRAIT. Le musher nordiste Thibaut Branquart, de la Grande Odyssée aux championnats du monde : "les courses de traîneaux, j’en rêvais depuis toujours"

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Thibaut Branquart, musher et directeur sportif de la Grande Odyssée Savoie Mont Blanc, représentera la France aux championnats du monde de course (longue distance) de traîneaux à chiens. Un aboutissement pour ce nordiste, dont les rêves d’enfant étaient peuplés de Grand Nord, de neige et de huskies.

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Ils s’appellent Magnum, Tormund, Snow, Lyver, Nome, Crespo, Balder, Viva, Teke et Torpa. Ils ont entre 18 mois et 8 ans. Ces dix chiens sont des huskies d’Alaska, "des chiens issus de la ruée vers l’or, utilisés pour faire de la compétition de longue distance." Ils sont les "bébés" de Thibaut Branquart, parmi les meilleurs mushers français.

Dès le mois de septembre, leur maître les entraîne quatre à cinq fois par semaine, au bord de la Deûle, le long des chemins de halage.

Il faut pouvoir s'entraîner par -40 degrés et pour ça, je pars tous les ans en décembre en Norvège.

Thibaut Branquart

"Comme il n’y a pas de neige, on doit s’entraîner sur roues, explique Thibaut Branquart, installé à Lambersart, dans la métropole lilloise. J’utilise un quad sans moteur, et on roule 100 à 150 kilomètres par semaine. En complément, je pars en Norvège chaque année en décembre, près de Lillehammer."

Un rythme auquel toute sa famille s’est adaptée : son épouse Céline, historienne de l’art, et ses trois garçons sont ses meilleurs soutiens. Tous trois ont les mêmes passions que leur père, des huskies au rugby.

"Mon père, Jean-Claude, était entraîneur du Lille Métropole Rugby Club, je suis entraîneur à mon tour, et mes fils jouent ! Il y a Paul-Emile, comme Paul-Emile Victor, bien sûr, mais aussi pour rendre hommage à mon grand-père Emile, agriculteur du Pas-de-Calais mort avant 70 ans, épuisé par une vie de labeur… Il y a aussi Gustave et Bjørn, avec un o barré, sauf à l’état-civil car à Lille, ils n’ont pas voulu."

Directeur sportif de la Grande Odyssée Savoie Mont Blanc

Femme et enfants doivent s’habituer à ses absences hivernales. En ce mois de janvier, Thibaut est en Savoie. Depuis six ans, il est directeur sportif de la Grande Odyssée Savoie Mont-Blanc, dont la 18e édition répartie en dix étapes démarre ce samedi 8 janvier, jusqu’au 19 janvier 2022. "Un peu comme sur le Tour de France, on se déplace d’un site à l’autre de jour en jour. C’est la course la plus longue au monde en terme de durée."

Soixante-six mushers de toute l’Europe et leurs 600 chiens sont attendus dans les montagnes savoyardes, et c’est Thibaut, en tant que directeur sportif, qui gère leurs arrivées, leurs questions, leur matériel, le règlement.

Pendant la course, il endosse le rôle de chef pisteur. En amont, en motoneige avec l’équipe, il vérifie la quantité de neige, checke et sécurise le parcours, le modifie au besoin. C’est lui aussi qui ouvre la course devant les mushers.

"La sécurité est primordiale, explique-t-il. Le parcours peut changer jusqu’au dernier moment. Et puis, en tant que directeur sportif, j’ai aussi une mission à l’année pour représenter la course en France et à l’international."

Si aujourd’hui, à 44 ans, Thibaut Branquart est sans doute celui qui connaît le mieux la course, c’est parce qu’il est dans l’organisation depuis le tout début, en 2005. "Les courses de traîneaux, j’en rêvais depuis toujours !"

Passionné par Jack London et les grands explorateurs

"Quand j’étais enfant, se souvient-il, on n’avait pas de chiens à la maison. Il y en avait dans la ferme de mes grands-parents, mais c'était des chiens de chasse, pas des huskies !"

Pourtant, le petit Thibaut dévore tout Jack London : L’appel de la forêt, Croc-Blanc… Très vite, il s’intéresse aux grands explorateurs. "J’ai commencé par lire Jean-Louis Etienne, qui avait conquis le Grand Nord à ski, et puis j’ai eu un vrai coup de cœur pour Nicolas Vanier et ses expéditions à chiens et à cheval à travers les étendues enneigées."

Jusqu’au jour où il décide de contacter son idole par mail. Il lui écrit toute son admiration, lui liste ses compétences et ses envies de le suivre en expédition. "Je me disais que ça ne marcherait jamais. J’étais très surpris qu’il réponde, dès le lendemain !"

Nicolas Vanier lui conseille de contacter l’organisation de la Grande Odyssée, qui avait trouvé ses bénévoles mais cherchait encore quelqu’un pour la communication, pour raconter la course. "C’était la toute première édition, en janvier 2005. Je suis issu d’une famille de communicants, mon père était journaliste. Moi, j’avais fait des études de droit, et tout planté pour une école de cinéma en Belgique. Ils m’ont pris !", raconte-t-il avec émotion.

Photographe sur l'Odyssée sibérienne de Nicolas Vanier

Ce nouveau job saisonnier marque un tournant essentiel dans sa vie, puisqu’après avoir vu ses photos de la course, Nicolas Vanier lui propose de l’accompagner de décembre à mars pour son Odyssée sibérienne.

"C’est après ces quatre mois que j’ai su que je ne pourrais jamais m’en passer. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas l’exploit sportif, c’est la faculté à traverser la nature sauvage dans des conditions rudes, à voyager, se repérer."

Depuis, Thibaut ne vit que pour sa passion, même s’il n’est pas professionnel. "J’ai des partenaires, des sponsors. Pour vivre, j’ai lancé une activité de jeux grandeur nature, comme des escape games, dans des sites historiques français. Et je suis réalisateur."

Son premier documentaire, L’Appel du Nord, raconte le défi qu’il a relevé à 40 ans : participer à la plus grande course de chiens de traîneaux d’Europe, la Finnmarkslopet, 500 kilomètres de piste tout au nord du cercle polaire.

( © Thibaut Branquart et David Guersan / Wild Horses, STM Weo, Pictanovo et France 3 Hauts-de-France )

Un film sélectionné au festival international du documentaire, le Fipadoc, à Biarritz, du 17 au 23 janvier 2022.

Thibaut Branquart y raconte comment la passion est née, comment il se prépare à cette course, puis comment il doit supporter des températures qu’il n’a jamais affrontées, la solitude, comment il lui faut aussi s’attacher la nuit pour ne pas tomber du traîneau, gérer la blessure de l’un de ses chiens… Mais il franchit la ligne d’arrivée. Et jure qu’on ne l’y reprendra plus.

Sélectionné pour les championnats du monde !

"On le pense toujours, à la fin d’une course. Et puis on y retourne, on ne peut pas faire autrement." Et justement, il y retourne. Après la Grande Odyssée Savoie Mont Blanc, deux courses prestigieuses attendent Thibaut Branquart. Après une course norvégienne en février, le nordiste représentera la France début mars aux championnats du monde en Suède, sur la Polardistans, 300 kilomètres en trois étapes. Objectif ? "Accrocher un podium. Je suis tellement fier de représenter la France."

Pour suivre son aventure, Facebook et Instagram : @thibautexcelsiormushing