Témoignage. Botox et fake injectors : "on lutte contre des réseaux tentaculaires ", les professionnels de santé alertent

Alors que le procès des deux soeurs nordistes soupçonnées d'avoir réalisé des injections illégales de botox sur plus de 600 personnes a lieu ce mercredi 13 septembre 2023 à Valenciennes, nous avons interrogé le docteur Alexis Wolber, chirurgien plasticien basé à Lille. Il appelle à la plus grande prudence face à un phénomène dangereux.

Au moins 600 victimes, dont 26 ont déposé plainte... Durant deux ans, deux sœurs originaires de Valenciennes (Nord) ont procédé à des sessions d’injections illégales de botox et d’acide hyaluronique dans le Nord et aux quatre coins de la France.

Utilisant des seringues pour la plupart d’origine étrangère, dont certaines étaient périmées et présentaient une contamination bactériologique jusqu’à 50 fois supérieur aux seuils autorisés, les deux sœurs facturaient les injections entre 200 et 400 euros. Leurs victimes présentent pour certaines de lourdes séquelles physiques, mais aussi psychologiques.

Appelées fake injectors, ces pseudo-médecins qui n’ont en réalité aucun diplôme s’adonnent à des injections qui peuvent virer au drame. Pourtant totalement illégal, il suffit de faire une recherche rapide sur Instagram, Snapchat ou Tiktok pour trouver un rendez-vous à prix souvent cassé près de chez soi.

Face à l’inquiétude grandissante des professionnels de santé, nous avons interrogé le docteur Alexis Wolber. Quel est ce phénomène ? Comment s’en prémunir ? Le chirurgien plasticien et esthétique basé à Lille répond à nos questions.

France 3 Hauts-de-France : Les fake injectors, qu’est-ce que c’est ?

Docteur Alexis Wolber : "On n’en sait pas grand-chose car c’est un réseau souterrain. Une certitude : ce sont des personnes qui n’ont aucune formation médicale et qui ne savent pas procéder à des injections, mais qui sont informées, qui ont vraisemblablement reçu des injections elles-mêmes.

Ces séances d’injections se passent parfois dans les salles de bain des appartements, dans des endroits loués. Le recrutement se fait sur les réseaux sociaux, pas dans le journal local. Pour l’approvisionnement, si on tape sur internet "acide hyaluronique", on peut facilement en acheter. Mais quelle est la traçabilité de ces produits ? Qui sont les laboratoires qui les produisent ?"

Quels sont les dangers de telles pratiques ?

"Le risque est double : le produit lui-même peut être dangereux, et la technique d’injection. Concernant le produit : est-ce que c’est un produit bien stérile, s’agit-il d’acide hyaluronique pur ou non ? Ensuite, pour « bien » injecter, il faut avoir des connaissances anatomiques, des connaissances sur les aiguilles à utiliser. En clair, il faut savoir quoi, où et comment injecter.

Selon qu’on injecte tel ou tel produit, il peut y avoir de graves conséquences. Par exemple, si on fait une injection dans un vaisseau, il peut y avoir thrombose et ça peut être très grave. Nous, en tant que professionnel, on a des antidotes pour gérer la situation si soucis il y a après une injection. Dans le cas des "fake injectors", il y a une absence totale de suivi".

Comment s’en prémunir ?

"Pour les personnes qui souhaitent réaliser des injections, il faut impérativement aller dans un cabinet médical où la pratique est courante. Vous allez me dire : "comment savoir si quelqu’un qui s’appelle docteur l’est vraiment ?" C’est très simple : rendez-vous sur le site de l’ordre des médecins pour s’assurer qu’il soit inscrit à l’ordre.

Il faut dans un second temps regarder le prix. Une injection coûte en moyenne 300 euros chez un professionnel.

Faut-il davantage de prévention ?

"C’est indéniable. Il faudrait par exemple que les autorités de santé aillent sur les réseaux sociaux pour les inonder de messages de prévention.

Il faut savoir qu’il y a une lutte très importante de la part des syndicats de chirurgiens plasticiens. Ils nous demandent, nous professionnels, de les informer de toutes les connaissances qu’on peut avoir si des patients nous expliquent avoir consulté tel ou tel "fake injector".

J’ai par exemple connaissance de patients qui sont venus me voir pour me raconter telle ou telle histoire. Donc on signale, mais il faut bien avoir conscience qu’on lutte contre des réseaux tentaculaires".

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