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Coffrets cadeaux et primes de 1000 € : des entreprises de l’Oise incitent leurs employés à les aider à recruter

De gauche à droite : Olivier Salesse, Jean-Noël Martin et Frédéric Salesse, les dirigeants de l’agence MentalWorks, à Compiègne, qui offre 500€ aux salariés leur permettant de recruter de nouveaux talents. / © MentalWorks
De gauche à droite : Olivier Salesse, Jean-Noël Martin et Frédéric Salesse, les dirigeants de l’agence MentalWorks, à Compiègne, qui offre 500€ aux salariés leur permettant de recruter de nouveaux talents. / © MentalWorks

Manque d’attractivité ou secteur tendu : pas toujours facile pour une entreprise de recruter, même quand des CDI sont proposés. Dans l’Oise, des entreprises offrent donc des récompenses, souvent sous forme de prime, aux salariés qui leur envoient des candidats.
 

Par Richard Duclos

C’est un peu comme dans les salles de sport, où l’abonné qui dit à ses amis de s’inscrire eux aussi obtient une réduction. Dans le monde de l’entreprise, ce système s’applique aussi aux recrutements. Mais cette fois la récompense prend la forme d’une prime que touche l’employé qui recommande une personne de son réseau pour un poste, à condition bien sûr qu'elle fasse l'affaire. On appelle ça la cooptation, et dans l’Oise comme ailleurs certaines sociétés n’hésitent pas à y avoir recours. 

A Beauvais, le groupe AGCO vient ainsi tout juste de mettre en place ce dispositif. L’entreprise, qui produit les tracteurs Massey Ferguson, a actuellement une trentaine de postes à pourvoir. Et elle compte sur ses salariés pour l’aider dans ses recherches. "Chaque année on se pose la question de comment améliorer nos processus de recrutement, explique Eric Adievre, directeur des ressources humaines. On voit que les façons de faire évoluent, avec les réseaux sociaux tout le monde est connecté, y compris nos salariés. Or, quels meilleurs ambassadeurs que nos salariés ?" A la clé pour celui qui trouvera une nouvelle recrue : 1.000 euros de prime, versés à la fin de la période d’essai du nouvel employé.
 

Gagnant-gagnant


Le système est gagnant-gagnant, comme le fait remarquer le DRH : l’employé qui propose un CV à sa direction, s'il veut toucher la prime, a tout intérêt à ce que ce CV retienne l’attention. Et la direction de son côté gagne du temps, en recevant ainsi des candidats ayant fait l’objet d’une sorte de présélection. "Avec les recrutements, il y a 15% d’échecs, constate Eric Adievre. Parce que le salarié s’intègre mal, parce qu’il s’est survendu, ou encore parce que l’entreprise a mal étudié son profil. La cooptation permet de réduire les échecs, ne serait-ce que parce que connaître quelqu’un sur place facilite l’intégration."

 

AGCO précise que certains postes seulement seront concernés par la cooptation.
 

Des postes en CDI difficiles à pourvoir, comme les postes de techniciens, d’ingénieurs et de cadres, plus durs à recruter que les postes d’opérateurs. Nous allons tester, et dans un an nous ferons un bilan. Ce dispositif ne va pas tout régler, il faudra toujours utiliser des chasseurs de tête pour les postes de haut niveau, et les intérims pour les postes d’opérateurs.

 


Un voyage à la clé


La société Isagri, elle, a déjà testé et approuvé le système depuis une dizaine d’années. Basée près de Beauvais également, elle affiche une croissance soutenue, avec l’objectif de doubler son chiffre d’affaires d’ici cinq ans. Acteur majeur dans le développement de l’informatique pour l’agriculture, elle propose entre 150 et 200 CDI par an, et compte sur ses employés pour recruter : "L’année dernière, nous avons reçu 700 CV de la part de nos salariés, qui ont conduit à 25% de nos embauches", note Virginie Testard, coordinatrice recrutement. Tous les réseaux sont bons à exploiter, qu’ils soient professionnels (comme un ancien collègue), familiaux (une cousine par exemple), ou plus étendus.

Chez Isagri, la cooptation fait totalement partie de la vie d’entreprise. L’employé qui propose trois CV dans un trimestre reçoit un coffret cadeau ; toute embauche donne droit à une prime de 500 €, puis une autre du même montant une fois la période d’essai terminée ; enfin celui qui a permis le plus de recrutements en CDI gagne un voyage pour deux personnes, à destination de son choix. "J’anime ce challenge en donnant les résultats en cours dans le journal interne, pour motiver les employés, poursuit Virginie Testard. Je fais aussi une carte du monde avec les pays où les gagnants sont allés. Ces gagnants sont à chaque fois annoncés officiellement, lors d’une réunion annuelle." Sur 900 salariés, 325 ont participé cette année en proposant des candidatures.
 

Celle qui a gagné le challenge cette année nous a soumis 80 CV. Mais le nombre ne fait pas tout : certains envoient deux CV, qui débouchent sur deux embauches, parce qu’ils connaissent bien le poste, donc ils font le tri avant de nous proposer quelqu’un. Ce ne sont pas non plus des pros du recrutement, comme ce n’est pas leur métier on reste ouvert.


D’après le site spécialisé Mode(s) d’emploi, la méthode de recrutement par cooptation est particulièrement utilisée dans le secteur des nouvelles technologies de l’information. 20 à 30% des recrutements se feraient de cette façon. Avec en général une prime autour de 1.000 euros, mais pouvant aussi atteindre 5.000 euros.

A Compiègne, l’agence digitale Mentalworks, créée en 2000, est spécialisée dans le conseil en stratégie digitale et le e-marketing. Elle emploie une vingtaine de personnes, dont deux recrutées ces dernières années sur la recommandation de salariés, qui ont pour cela eu droit à une prime de 500 € (une fois la période d’essai de leur candidat terminée).

Une dépense certes pour l’entreprise, mais finalement bien moindre que s’il avait fallu passer par un cabinet de recrutement spécialisé, explique Olivier Salesse, le co-fondateur de l’agence et DRH. "La première année, ces cabinets prennent entre 10 et 20% du salaire brut de la personne recrutée. Donc la cooptation et ses 500 € de prime n’ont rien à voir niveau budget." 
 

Du mal à recruter


Offrir une prime aux salariés qui facilitent le recrutement d’un nouveau collaborateur : le système est souvent révélateur de difficultés à recruter. Dans le cas de Mentalworks, comme d'Isagri, le problème vient de la filière elle-même : "Le secteur du digital est tendu, les profils de développeurs sont très recherchés, note Olivier Salesse. Surtout aujourd’hui avec le nombre de start-up. Ce n’était pas encore le cas il y a deux ans, mais on subit maintenant le phénomène de l’attraction parisienne. Même des personnes qui habitent dans l’Oise vont travailler dans la capitale, qui n’est pas si lointaine." Heureusement, le DRH constate de plus en plus que "l’argument du salaire n’est plus toujours l’élément principal. La qualité de vie pèse de nouveau, surtout pour les développeurs qui ont plus d’expérience, et qui peuvent préférer l’Oise à Paris."

L’instauration d’une prime au candidat proposé (et embauché) a aussi un autre intérêt : cette "carotte" sert non seulement à trouver de nouveaux salariés, mais aussi à retenir les anciens. "C’est d’ailleurs notre première priorité : garder nos talents", fait savoir Olivier Salesse. 
 

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