Altercation entre des gens du voyage et un élu d'Arsy dans l'Oise : "Il n'y a pas assez d'aires d'accueil"

Un conseiller municipal d'Arsy, près de Compiègne, et un membre de la communauté des gens du voyage ont été interpellés après une altercation. L'élu a été relâché mais l'autre homme est toujours en garde à vue. Au cœur de la dispute : l'occupation d'un terrain de foot par les gens du voyage.
Contraints de quitter l'aire de Compiègne, les gens du voyage se sont installés sur le terrain de foot de la commune d'Arsy.
Contraints de quitter l'aire de Compiègne, les gens du voyage se sont installés sur le terrain de foot de la commune d'Arsy. © Julien Guéry / FTV

Difficile de savoir ce qui s'est réellement passé ce lundi 2 août devant le terrain de foot de la commune d'Arsy, dans l'Oise. Tout a commencé quand des gens du voyage ont tenté de s'installer sur le terrain de foot de la commune après avoir quitté l'aire de Compiègne, qui les a accueillis pour une durée de 15 jours. Pour cela, ils ont essayé d'enlever le plot de béton qui en bloquait l'entrée. 

Un élu tente de barrer le passage avec une tractopelle

À partir de là, les versions diffèrent. "Un conseiller municipal était sur les lieux, où il s'est fait agresser. Avec leur fourgon-benne, ils ont arraché un plot de béton, affirme le maire de la commune Joël Thibault. C'est à ce moment là qu'un autre conseiller est arrivé avec un Mécalac [une tractopelle, ndlr] pour remettre le plot devant la porte d'entrée et c'est là que ça a dégénéré, les gens du voyage ont lancé des outils, des pelles, pour casser les carreaux du Mécalac."

De leur côté, les gens du voyage présents lors de l'altercation affirment que l'élu était agressif et qu'il a utilisé son engin de chantir de manière dangereuse.  L'un deux, Roger Ménard, raconte : "Il est venu avec sa tractopelle, il a manqué de rentrer dans la caravane de mon gendre, et quand les jeunes lui ont crié dessus pour le faire partir, il a accidenté mon beau-frère avec sa tractopelle, il lui a ouvert la main. Et s'il ne s'était pas baissé, il aurait pris le godet ici [sur le crâne, ndlr]."

Sur une vidéo tournée par un membre de la communauté et diffusée par nos confrères du Courrier picard, on voit en effet la tractopelle faire des tours sur elle-même et un homme se baisser pour l'éviter. En revanche, le maire d'Arsy et la procureure de Compiègne assurent qu'il n'y a pas eu de blessé. Cette dernière parle de "choc émotif".

Deux personnes en garde à vue

Les gendarmes ont dû intervenir. L'élu au volant de la tractopelle a été placé en garde à vue pour violence avec arme, et a été relâché ce mardi soir. L'homme de 38 ans qui aurait jeté une pelle a également été interpellé et placé en garde à vue pour violence, dégradation et menaces de mort. Il est actuellement toujours en garde à vue.

Une chose est sûre : l'émotion est vive des deux côtés. "On ne veut plus que ça se reproduise, affirme Roger Ménard. On ne veut pas de tumultes, pas de cris." Le maire, qui évoque deux coups de fusils tirés en l'air (une information formellement démentie par les gens du voyage), confie quant à lui avoir eu très peur. "Nous, on est impuissants, personne ne nous aide. On a fait une motion avec la communauté de communes par rapport aux occupations illicites, aux insultes et aux menaces que reçoivent les élus. C'est très difficile à vivre."

Le dialogue entre le maire et les gens du voyage ne semble pas totalement rompu : l'élu a mis l'eau et l'électricité à leur disposition. Roger Ménard assure d'ailleurs que "le maire a été très sympa". Mais les deux parties s'accordent sur une chose : ils demandent une intervention de la préfecture pour trouver des solutions pérennes concernant l'accueil des gens du voyage. "J'ai eu le directeur de cabinet de la préfecture pour lui expliquer la situation, mais ça fait un mois qu'on demande un rendez-vous avec la préfète, et on n'a toujours pas de nouvelles", regrette le maire d'Arsy.

"Il n'y a pas assez d'aires pour les gens du voyage"

Même son de cloche chez Philippe Taglione, médiateur des gens du voyage depuis 2015. "Il faut que les maires de l'Oise et la préfecture travaillent ensemble, je demande à être reçu pour qu'on travaille dans le bon sens. [...] Je comprends monsieur le maire et son équipe, qui en ont marre de voir les gens du voyage arriver sur un stade, mais on va où ? Il n'y a pas assez d'aires d'accueil pour les gens du voyage. Je demande à voir le sous-préfet ou la préfète, mais on n'a pas de retour."

D'après Philippe Taglione, la préfecture a autorisé aux gens du voyage de rester jusqu'à dimanche 8 août sur le terrain de foot d'Arsy. "Mais les 30 caravanes qui doivent partir, elles vont aller où ? C'est toujours la même question. Il n'y a pas assez d'aires.", déplore-t-il. Las, il redoute une escalade de la violence si aucune solution n'est trouvée.

Contactée par téléphone à plusieurs reprises, la préfecture ne nous a pas répondu. Mais dans le schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage de l’Oise, qui fait l'état des lieux des obligations d'aménagements par les communautés de communes pour accueillir les membres de cette communauté, on peut lire en effet : "Dans le département de l’Oise, les besoins en accueil pour les itinérants ne sont toujours pas satisfaits, soit parce que les équipements nécessaires n’ont pas été réalisés, soit parce que ceux réalisés ne sont pas utilisés à bon escient."

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