Face au manque de médecins, un centre de soins non programmés inédit en Picardie a ouvert à Compiègne : "notre mission est de soutenir les urgentistes"

Pour pallier le manque de médecins traitants à Compiègne et éviter l’engorgement des urgences de l’hôpital, un centre de soins non programmés a ouvert cet été. Le premier en Picardie. Médecins et infirmières reçoivent les patients qui ont été orientés par le 15.

Julie, étudiante, vient de s’installer à Compiègne. Elle a récemment eu des problèmes de santé et a cherché un médecin traitant. En vain. "À Compiègne, tous les médecins sont surchargés. Ils n’acceptent pas de nouveaux patients. C’est très compliqué", explique-t-elle. Alors, la jeune femme s’est rendue à la polyclinique de la ville qui n’a pu la prendre en charge faute de suivi en médecine générale. Elle a donc tenté le centre hospitalier qui l’a envoyé vers ce tout nouveau centre de soins non programmés.

Ce centre de soins permet de limiter l’engorgement des urgences et le temps d’attente de nos patients.

Docteur Laurence Deltour, présidente de la commission médicale d'établissement de l'hôpital de Compiègne

La structure a ouvert ses portes le 8 août, dans les locaux du service d’hospitalisation à domicile de l’hôpital, à la demande des responsables de l’hôpital de Compiègne qui prévoyaient un engorgement des urgences. Durant l’été, l’affluence dans ce service est parfois critique et le nombre de médecins en baisse.

Mis en place par l’hôpital et la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) de Compiègne, ce centre accueille tous les patients sans suivi médical et uniquement adressés par le service des urgences et le 15. "Nous avons créé cette structure pour aider les urgentistes à rediriger les patients qui n’ont pas pu consulter de médecin généraliste. Cela permet de limiter l’engorgement des urgences et le temps d’attente de nos patients pour des pathologies qui relèvent de la médecine générale", explique docteur Laurence Deltour, présidente de la commission médicale d’établissement du centre hospitalier de Compiègne.

Un déficit de médecins libéraux 

Sur le territoire de Compiègne, il est devenu impossible de trouver un médecin traitant. Les praticiens libéraux qui partent à la retraite ne sont que très rarement remplacés. Le territoire est devenu une zone sous médicalisée. "En 2021, douze médecins ont arrêtés leur activité et quatre de plus devraient fermer leur cabinet cette année. Le déficit en médecins libéraux est très important à Compiègne. La prise en charge des soins non programmés était indispensable et fait partie de la mission de service public des communautés professionnelles territoriales de santé. Nous avons l’obligation de prendre en charge les soins non programmés. Au départ, l’idée était de prendre en charge les patients dont les médecins traitants ne pouvaient pas les recevoir sous 36 heures et les patients sans médecin traitant. Nous avons accéléré la mise en place du centre de soins non programmés pour répondre à la demande de l’hôpital. Aujourd’hui, notre mission est de soutenir les urgentistes et de recevoir les patients orientés par le 15 et les urgences", détaille Stéphane Lebois, médecin à Compiègne et président de la communauté professionnelle territoriale de santé, une association de médecins libéraux.

Une prise en charge des patients simplifiée

Dans ce centre de soins, les patients sont accueillis par une infirmière qui prend leurs constantes, la température et la tension puis établit une fiche médicale. Ils sont ensuite reçus par le médecin pour la consultation. Un fonctionnement proche des urgences qui permet d’accélérer et de fluidifier la prise en charge. Dès l’ouverture, à 14 heures, trois personnes patientent déjà dans la salle d’attente et toute l’après-midi, d’autres patients seront reçus par le docteur Eng, médecin libéral volontaire qui assure des gardes ici quelques jours par semaine. "C’est pour moi, une façon de participer à l’offre de soin, compliquée en ce moment, avec un manque important de médecins. J’ai reçu beaucoup de demandes de nouveaux patients auxquelles je ne peux pas répondre. Ici, c’est comme un système de garde qui nous facilite les choses et nous permet d’aller plus vite. Ici, je ne suis pas seul dans mon cabinet. Avec mes collègues et les infirmières, on s’entraide, si besoin", décrit-il. 

Depuis l’ouverture du centre, trois infirmières sont présentes chaque jour pour répondre aux appels, fixer les rendez-vous et accueillir les patients. 12 médecins se relaient cinq demi-journées par semaine. Des praticiens volontaires qui ferment leur cabinet ou se font remplacés pendant leurs vacations au centre de soins. Certains prennent des congés pour se libérer. "C’est beaucoup plus simple d’avoir un médecin sur place, un numéro unique et un centre unique plutôt que d’aller dispatcher sur les patients vers les médecins de ville encore disponibles pour une consultation dans la journée. Un médecin sur place peut recevoir entre 20 et 25 personnes dans l’après-midi. Nous gérons mieux le flux et les attentes des patients", explique Stéphane Lebois.

Nous devons rendre au service des urgences sa fonction initiale.

Quentin Mette, chef de service aux urgences du centre hospitalier de Compiègne.

Du côté du service des urgences de Compiègne, le flux est toujours très important. D’après le chef de service, les effets de la création du centre de soins non programmés ne sont pas encore très visibles. "Les urgences reçoivent encore beaucoup de patients. On est toujours débordés par les consultations qui pourraient être assurées par des médecins de ville. Nous prenons tous les patients qui se présentent et le Samu continuent de nous les envoyer. Nous devons tous changer nos habitudes. Il faut affiner les critères de tri dès l’accueil aux urgences, mieux former les infirmières d’accueil, renforcer le lien avec le centre de soins et développer l’offre soins en ville. Nous devons rendre aux urgences leur fonction initiale", affirme Quentin Mette, chef de service aux urgences du centre hospitalier de Compiègne.

L'association des médecins libéraux souhaite développer le centre de soin, qui n'est ouvert que de 14 heures à 18 heures du lundi au vendredi et ainsi élargir l'offre de soins, mais il faut attirer d'autres praticiens du territoire.

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