Coronavirus - Laigneville, Chambly, Montataire : ces communes de l’Oise qui ne rouvriront pas les écoles le 11 mai

Lors de sa déclaration le 28 avril dernier, le premier ministre Edouard Philippe a annoncé la réouverture progressive des écoles à partir du 11 mai. Dans l’Oise, certains maires ont déjà pris la décision de ne pas rouvrir les établissements scolaires à cette date, par mesure de sécurité.
 

De nombreux maires jugent "irréalistes" les mesures d'hygiène détaillées dans le protocole sanitaire, qui fait près de 70 pages (image d'illustration).
De nombreux maires jugent "irréalistes" les mesures d'hygiène détaillées dans le protocole sanitaire, qui fait près de 70 pages (image d'illustration). © Stéphane Geufroi / MAXPPP
Dans certaines communes de l’Oise, les élèves ne sont pas prêts de retourner sur les bancs de l’école. Plus la date fatidique du 11 mai approche, plus les décisions tombent : une semaine avant la réouverture des écoles, plusieurs élus ont d’ores et déjà annoncé que les établissements scolaires de leur commune resteraient fermés.

Jean-Pierre Bosino, maire de Montataire, fait partie de ceux qui ont pris cette décision. Dans un communiqué diffusé le lundi 4 mai, l’élu a annoncé que dans ce contexte de crise sanitaire, il ne pouvait pas "envisager organiser une rentrée scolaire en quelques jours". "Je suis attaché au retour des enfants à l’école mais cela ne peut pas se faire à n’importe quel prix" déclare-t-il.
 


c’est un tissu d’inepties invraisemblables

L’édile critique notamment le protocole sanitaire envoyé à tous les maires de France, qui détaille en près de 70 pages les mesures d’hygiène à respecter au sein des écoles. "Ça a été écrit par des gens qui ne sont jamais allés à l’école ! Ça ne tient pas debout, c’est un tissu d’inepties invraisemblables, ça met dans une rage folle, c’est complètement nul. On nous explique que si les enfants jouent au ballon, on doit le nettoyer entre chaque passe et que si on donne des feutres, c’est une couleur différente par enfant pour ne pas qu’ils les mélangent. On nous dit aussi qu’ils ne doivent pas se croiser alors qu’ils ne se sont pas vus depuis plus d’un mois. Comment on fait ça ? Ils savent ce que c’est qu’un enfant ? Ils sont malades !" proteste vivement le maire, contacté par téléphone.
 

On ne peut pas faire une rentrée gadget


Maire de Chambly, David Lazarus a pris la même décision après avoir consulté médecins, élus, enseignants et parents d’élèves : "J’ai passé les 4 derniers jours au téléphone puis j’ai considéré que je n’avais pas les moyens ni le temps de mettre en place une rentrée scolaire pour le 11 mai. On ne peut pas faire une rentrée gadget qui ne tient pas compte de la sécurité des enfants".

Dans sa commune, environ 1100 enfants sont scolarisés en primaire. "Je préfère attendre pour apprécier les conséquences du déconfinement même si je suis conscient que certains parents auront des problèmes de garde" explique-t-il.
  

La responsabilité pénale des maires

Faut-il rouvrir ou non les écoles ? Cette responsabilité pèse sur les épaules des maires depuis le 28 avril dernier, lorsqu’Edouard Philippe a annoncé la réouverture progressive des établissements scolaires. Face à l’assemblée, il avait précisé que si un cadre national était fixé, ce serait aux élus locaux et aux enseignants d’adapter la reprise sur le terrain. "Je veux laisser le maximum de souplesse au terrain. Les directeurs d'école, les parents d'élèves, les collectivités locales trouveront ensemble, avec pragmatisme, les meilleures solutions" avait-il rappelé.
 
"En milieu rural, la tendance est plutôt à la fermeture qu’à l’ouverture. La responsabilité des maires inquiète beaucoup, explique Alain Vasselle, président de l'Union des Maires de l'Oise. Ils ont peur de ne pas réussir à respecter le protocole sanitaire à la lettre donc ils appliquent le principe de précaution".

Maire de la commune d’Oursel-Maison, il a lui-même pris la décision de ne pas rouvrir l’école le 11 mai. Selon lui, de nombreuses communes n’auraient pas les moyens humains et matériels d’assurer le respect de toutes les mesures d’hygiène.
 


Pas d'école avant septembre

C’est d’ailleurs pour ces raisons là que Christophe Dietrich, maire de Laigneville, a annoncé que les 650 enfants scolarisés en primaire dans sa commune ne retourneraient pas sur les bancs de l’école avant le mois de septembre.

Habitué des réseaux sociaux, l’élu a justifié sa décision sur Facebook en expliquant qu’il n’était pas question de reprendre l’école pour seulement 3 semaines. "Toutes ces précautions sanitaires, c’est du grand délire ! On nous demande d’être au niveau d’un établissement sanitaire. Nous n’avons pas assez de personnel pour désinfecter et pas de produits virucides. Rouvrir l’école, c’est une impossibilité technique, humaine et matérielle".
 


Une garderie municipale gratuite

Après avoir sondé ces administrés, le maire assure que 70% des parents n’avaient pas l’intention de remettre leurs enfants à l’école. En revanche, 13% d’entre eux exprimaient un besoin de garde. Afin de faciliter le retour au travail de ces personnes-là, la mairie a décidé d’ouvrir une garderie gratuite dans les locaux du centre de loisirs. "Je ne peux pas garantir la sécurité sanitaire dans mes 6 écoles alors que là, j’ai le personnel adéquat et le matériel réunis sur un site que je maîtrise. En termes de personnel, je peux compter sur les animateurs, les Atsem et le personnel de cantine sur un même lieu. On demandera aussi aux parents d’inscrire leurs enfants à l’avance pour ajuster le nombre d’encadrants".

La garderie municipale accueillera les enfants de 7 à 19 heures jusqu’au 3 juillet, veille des vacances scolaires. Mais Christophe Dietrich est catégorique : pas d’école avant septembre.

Dans les autres communes, les élus sont moins catégoriques. À Montataire, Jean-Pierre Bosino évoque une possible rentrée le 18 mai "si les conditions sont réunies". La décision sera prise le lundi 11 mai lors d’une réunion avec le bureau municipal. Du côté de Chambly en revanche, David Lazarus préfère ne pas se positionner et joue la carte de l’observateur. Mais dans tous les cas, les portails des écoles camblysiennes ne devraient pas rouvrir avant la fin du mois de mai.

 
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