"J’ai toujours dit que ça allait se terminer en drame" : après le décès d'au moins 27 migrants en mer au large de Calais, émotion et colère

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Écrit par Martin Vanlaton
Des militants associatifs réunis au port de Calais, quelques heures après le drame. Au moins 31 migrants ont perdu la vie dans la Manche suite au naufrage de leur embarcation ce mercredi 24 novembre 2021.
Des militants associatifs réunis au port de Calais, quelques heures après le drame. Au moins 31 migrants ont perdu la vie dans la Manche suite au naufrage de leur embarcation ce mercredi 24 novembre 2021. © FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Ce mercredi 24 novembre, une embarcation avec à son bord une trentaine de migrants a coulé au large de Calais. Selon un dernier bilan revu à la baisse en fin de soirée, au moins 27 personnes sont décédées, deux prises en charge à l'hôpital de Calais. Un drame qui choque élus, militants et citoyens.

Il faisait partie des quatre matelots présents sur le bateau de la SNSM de Calais, appelé en renfort à 14h50 par le Centre régionale d’opérations de Sauvetage et de Secours (CROSS) Gris-Nez pour venir secourir les naufragés.

Charles Devos, capitaine de la Vedette de la SNSM de Calais, a repêché avec son équipe six corps à la dérive. Tous sont décédés. Malheureusement, lui et ses collègues s’attendaient à vivre un tel drame un jour. "On est dans le détroit du Pas-de-Calais, l’un des plus fréquenté du monde. Je me disais qu’un jour ils allaient forcément entrer en collision avec un porte-conteneur ou un ferry. J’ai toujours dit que ça allait se terminer en drame et aujourd’hui, malheureusement, c’est le cas". 

"Ça fait longtemps qu’on tire la sonnette d’alarme et aujourd’hui on est tous choqués"

Chaque semaine, lui et ses hommes sortent deux à trois fois en mer pour secourir des migrants en difficulté. Des embarcations de plus en plus surchargées, "jusqu’à 50 personnes", souvent sans gilets de sauvetage. "En mer, il y a des femmes, des enfants. La semaine dernière, on a retrouvé un bébé de quelques mois en train d’hurler dans les bras de sa mère. Tout ça c’est dur. On est des humains, on a un cœur. C’est très dur". 

Devant les urgences de Calais, où les deux seuls survivants de l’embarcation sont actuellement pris en charge en soins intensifs après avoir passé plusieurs heures dans l’eau, l’émotion est palpable. Bernard Barron, président de la SNSM de Calais, ne peut cacher ce qu’il ressent. 

Notre mission c’est de sauver des vies humaines, aller chercher des morts en nombre, c’est beaucoup plus choquant, on préfèrerait se passer de ce type de sauvetage.

Bernard Barron, président de la SNSM de Calais

"Il y a une exploitation de la misère humaine sur la Manche qui est un assassinat en groupe. La situation que l’on a connue aujourd’hui, on la redoutait depuis longtemps. Ça fait longtemps qu’on tire la sonnette d’alarme et aujourd’hui on est tous choqués". Ému, il poursuit. "Notre mission c’est de sauver des vies humaines, aller chercher des morts en nombre, c’est beaucoup plus choquant, on préfèrerait se passer de ce type de sauvetage".

"Il faut faire quelque chose"

Pendant ce temps dans le port de Calais, secours et services funéraires prennent en charge les corps des naufragés. Jean-François, habitant juste à côté, est sorti de chez lui lorsqu’il a aperçu les sirènes des pompiers. Abasourdi par la scène, il est pris d’émotion. "Il doit y avoir des familles, ça me fait mal pour eux. Qu’on les laisse partir s’ils veulent aller en Angleterre, ils ont peut-être de la famille là-bas, je ne sais pas… Mais il faut faire quelque chose. Voir les ambulances, les convois funéraires… c’est dur".   

Un ballet de corbillards s’engage alors, pour prendre en charge les corps des 27 victimes de ce dramatique naufrage. Parmi eux, au moins cinq femmes et une fillette. Alignés sur le trottoir, des militants associatifs assistent à ce spectacle morbide. "On est choqués, témoigne Louise Druelle. Choqués et en colère, parce qu’on sait très bien que le discours (des autorités, ndlr) va être encore le même : "les passeurs sont responsables". Alors que c’est le gouvernement, la politique d’Emmanuel Macron, de Gérald Darmanin, de Natacha Bouchart qui crée cette situation. Les personnes décident de prendre la mer parce qu’elles n’ont aucune chance en France".  

Selon cette citoyenne engagée, les pouvoirs publics "ne prennent pas en compte les vivants". Avant de conclure : "c’est la politique de Gérald Darmanin qui assassine". 

 "Le jour de trop"

Présente également, la maire de Calais se dit "fortement et personnellement touchée" par ce drame. "Je pensais avoir vu beaucoup de choses en matière de difficultés migratoires. Et non en fait, ce drame qui est le jour de trop est l’aboutissement d’échecs successifs par rapport à cette politique migratoire". Elle pointe du doigt les "échecs de Boris Johnson" (premier ministre britannique, ndlr), et le manque de réponses du gouvernement, qu’elle dit avoir alerté à plusieurs reprises ces dernières semaines. 

Je pensais avoir vu beaucoup de choses en matière de difficultés migratoires. Et non en fait, ce drame qui est le jour de trop est l’aboutissement d’échecs successifs par rapport à cette politique migratoire.

Natacha Bouchart, maire LR de Calais

"J’ai écrit en disant qu’il y avait une pression anormale actuellement en fonction de la saisonnalité. Que les passages étaient très nombreux, plus de 800 par jour. Immanquablement, au milieu de la Manche, une mer très froide, il se pouvait qu’il arrive des événements comme il s’est passé ce soir". Natacha Bouchart espère que les choses vont désormais changer.   

Parallèlement à ce drame, le ministre de l’Intérieur a annoncé l’arrestation de quatre passeurs suspectés d’être "directement en lien" avec le naufrage. Le procureur de la République de Dunkerque, dans un premier temps saisi, a ouvert une enquête pour "aide à l’entrée au séjour irrégulier en bande organisée" et "homicide involontaire aggravé". Le dossier est désormais entre les mains de la Procureure de Lille. 

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