Présidentielle 2022 : après l'annonce du soutien de la maire de Calais Natacha Bouchart à Emmanuel Macron, Les Républicains dans l'embarras

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Dans une interview accordée à nos confrères du Figaro, la maire LR de Calais, Natacha Bouchart, a annoncé apporter son soutien à Emmanuel Macron, à deux mois de la présidentielle. Une prise de guerre pour LREM, un revirement difficile à digérer pour ses désormais anciens collègues.

"Je souhaite qu’Emmanuel Macron soit réélu. Elle l’a annoncé, de façon on ne peut plus claire, dans les colonnes du Figaro paru ce vendredi 11 février. J’estime qu'il est le plus en capacité de gagner la prochaine élection présidentielle".

Militante depuis 1979 à droite et maire de Calais depuis 2008, Natacha Bouchart a pris la décision de se rallier à l’actuel chef de l’État, quelques jours seulement après l’annonce similaire du député de l’Oise et ancien ministre des Finances, Eric Woerth. Point commun entre les deux élus ? Leur proximité avec un certain Nicolas Sarkozy, qui tarde à officialiser son soutien à Valérie Pécresse, candidate de la droite.

"Dans l’intérêt général de Calais"

Elle l’assure : cette décision, mûrement réfléchie, a été prise dans "l’intérêt général" des Calaisiens. "J'aborde cette présidentielle sans esprit partisan, mais par le biais uniquement de l'intérêt général de Calais, une ville exposée en permanence", a-t-elle déclaré, louant "les actes" du président "face à la difficulté de la gestion migratoire".

Ma position est de vouloir être utile au futur président de la République que j'espère être Emmanuel Macron. Il a encore beaucoup de choses à accomplir. Et je veux y participer.

Natacha Bouchart, maire de Calais

Le Figaro, 11/02/2022

Elle poursuit et complimente au passage le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. "On a eu les renforts qu'on demandait en septembre. Les démantèlements continuent d'être effectués. J'ai toujours dit qu'il fallait allier humanité et fermeté ; on ne peut pas parler que de sécurité. À travers cette expérience locale, j'ai vu l'action du gouvernement sur ce sujet".

Une nouvelle qui ne surprend pas les associations calaisiennes venant en aide aux migrants. "Elle a obtenu pas mal du gouvernement actuel : de l’argent, une pression très forte sur les exilés depuis juillet 2020 de façon à les décourager de venir à Calais et une pression sur les associations qui les aident, avance François Guennoc, à la tête de l’Auberge des Migrants. C’est selon moi la raison pour laquelle elle rejoint aujourd’hui Emmanuel Macron".

Peu de réactions côté LR

Même si elle affirme que ce ralliement "n’est pas un choix contre Valérie Pécresse", cette prise de position apparaît comme une déflagration à l’échelle locale.

À commencer par l’équipe rapprochée de l’édile à Calais. Faustine Maliar, directrice adjointe de cabinet de la maire de Calais, a été informée en amont de la parution de l’interview dans le Figaro. "Elle est libre de faire le choix qui lui semble juste. Je prends acte de sa décision, même si je la regrette". Egalement conseillère régionale, elle a pour sa part apporté son parrainage à Valérie Pécresse la semaine dernière. "Ça ne remet absolument pas en cause mon positionnement, je continue de soutenir ma candidate".

Difficile par ailleurs de joindre d’autres cadres du parti dans la région ce vendredi matin. Daniel Fasquelle, maire du Touquet et président de la fédération Les Républicains du Pas-de-Calais, botte en touche et renvoie vers le député de la circonscription, Pierre-Henri Dumont.

Ce même député qui, en début de semaine, jugeait durement le départ d’un autre Sarkozyste, Eric Woerth, dans les rangs du chef de l‘Etat. "C'est surtout une question de choix de fin de carrière", d’un élu qui fait "l'aumône auprès du président de la République pour quelques strapontins", avait-il déclaré à son égard, affirmant que "Macron n’accepte autour de lui que deux types de personnes : les courtisans et les mercenaires". 

Dans quel camp classe-t-il aujourd'hui son amie Natacha Bouchart ? Réponse de l'intéressé : "ça ne s’applique pas dans ce cas. J’ai une lecture totalement différente lorsque le soutien émane d’un élu national ou local". Il s'explique. "Ce n’est pas la même chose qu'Eric Woerth qui demande à Valérie Pécresse de venir l’aider dans l’entre-deux tours des législatives en 2017 face à un candidat En Marche, qui a voté contre tous les budgets proposés par En Marche depuis 2017 et qui décide aujourd'hui de soutenir Emmanuel Macron. Pour lui, il y a un intérêt personnel manifeste. Pour Natacha Bouchart, elle cherche à faire ce qu’elle pense être le meilleur choix pour les habitants. Je pense qu’elle fait une erreur d’analyse mais chacun a le droit de faire des erreurs d’analyses".

Prise de guerre pour LREM

Côté LREM, on se félicite du ralliement de la maire de Calais au chef de l’État. "Je m’en félicite. Pas seulement pour Calais, mais aussi pour le pays, avance Marguerite Deprez-Audebert, députée de la majorité présidentielle de la 9ème circonscription du Pas-de-Calais. Nous avons besoin de continuité dans la transformation du pays amorcée il y a cinq ans. On a un président qui a une vision pour le pays et je suis contente que la maire de Calais nous rejoigne".

La députée se permet un parallèle géographique étonnant entre les nouveaux soutiens d’Emmanuel Macron et… l’autoroute A26. "Avec Natacha Bouchart, on a un axe de maires situés le long de l’A26 qui soutiennent le président, de Calais à Reims en passant par Saint-Omer (le maire François Decoster, également vice-président des Hauts-de-France, a apporté son parrainage à l’actuel chef de l’État, ndlr)… Je regrette simplement qu’il ne passe pas par Béthune".

Aurore Bergé, députée et présidente déléguée du parti LREM, a souhaité la "bienvenue" à Natacha Bouchart, "une maire, vice présidente des Hauts-de-France, dont personne ne saurait remettre en cause ni les qualités humaines et politiques, ni l’engagement".

De son côté, Natacha Bouchart assure vouloir rester adhérente des Républicains et ne pas rejoindre les rangs de LREM. À suivre.