Lens-Liévin : 36 communes disent non à la réouverture des écoles le 11 mai, 26 000 enfants concernés

Au lendemain des déclarations du Premier ministre, le maire de Liévin Laurent Duporge (PS) annonce qu’aucune école de sa ville ne rouvrira le 11 mai. Les 36 communes de l'agglomération de Lens lui emboitent le pas. Plus de 26000 élèves sont concernés par la non réouverture annoncée des écoles.
Photo d'illustration.
Photo d'illustration. © Jean-Marc Quinet/BELPRESS/MAXPPP
"Nous prenons la décision de ne pas rouvrir nos écoles, garderies et cantines les 11 mai prochain." Moins de deux jours après la présentation du plan de déconfinement par Édouard Philippe devant l’Assemblée nationale, les maires des 36 communes de la communauté d’agglomération de Lens-Liévin s’opposent au retour en classe des élèves d’écoles maternelles et élémentaires.

La communauté d’agglomération de Lens-Liévin (CALL) regroupe 240 000 habitants du Pas-de-Calais. Sur ce territoire, on dénombre au moins 180 écoles. Cela représente plus de 26 000 élèves scolarisés en école maternelle ou élémentaire concernés par la non réouverture de leur école le 11 mai. (Insee, 2019).
  

Conseil scientifique vs Gouvernement


Les élus de la CALL, sous la présidence de Sylvain Robert, maire de Lens, pointent du doigt les divergences entre les préconisations du conseil scientifique et les choix du gouvernement. En effet, le conseil scientifique, "instance destinée à éclairer le gouvernement dans ses mesures pour lutter contre l’épidémie de Covid-19" préconise un retour en classe en septembre dans son avis rendu public le 25 avril. 

De son côté, le Premier ministre a officiellement annoncé une réouverture progressive des établissements scolaires dès la sortie du confinement : écoles maternelles et élémentaires à partir du 11 mai, puis une réouverture des collèges en commençant par les classes de 6ème et de 5ème à partir du 18 mai. Quant aux lycées, une décision due réouverture sera prise fin mai. 

"En conscience, comment peut-on aller contre l’avis de cette instance composée d’experts ?" se demandent les maires de la CALL.
 

"Quelle est la différence entre un élève de CM2 et un élève de sixième ?"


À Liévin, commune de 30 000 habitants, on compte 26 groupes scolaires. 3 000 enfants sont actuellement scolarisés dans les écoles maternelles et élémentaires de la ville. Son maire, Laurent Duporge, est le premier de la communauté d'agglomération a avoir rédigé un arrêté municipal contre la réouverture des écoles le 11 mai. 

Au-delà de l’avis du conseil scientifique, il dénonce avec les maires de l’agglomération des décisions "à géométrie variable, totalement incompréhensibles. Comment peut-on retourner au collège avec un masque alors que dans les écoles primaires, c’est sans masque ? Quelle est la différence entre un élève de CM2 et un élève de 6ème ?"
 
En plus de la reprise différenciée selon les niveaux de classe, le Premier ministre a annoncé un retour dans les écoles selon des règles sanitaires strictes : pas plus de 15 élèves par classe, les gestes barrières devront être respectés et des gels hydroalcooliques seront distribués. 

"Comment je fais ? Si j’ai 20 élèves devant une classe, j’en choisis 5 que je laisse sur le carreau ? demande le maire de Liévin . Ces mesures sont intenables pour les maires que nous sommes. A l’heure actuelle, c’est matériellement impossible de faire respecter les mesures sanitaires." 

Des difficultés logistiques qui s'accompagnent d'un problème de conscience insupportable pour les parents selon Laurent Duporge : "Dire aux parents de prendre la responsabilité (d'envoyer son enfant à l'école) est insupportable à mon sens. On a pas le droit de placer les parents devant un tel cas de conscience. Vous n'imaginez pas la détresse qui pourrait être celle des parents en cas de malheur."
 

Les maires en première ligne


Les 36 maires de la CALL s’accordent enfin sur le manque de connaissance et de moyens mis en oeuvre pour garantir la sécurité de tous.
 

"Ma responsabilité en tant que maire est engagée" explique le maire de Liévin. 

Les édiles regrettent des "annonces faites sans concertation, loin du terrain" qui ne font que "rajouter de la confusion et de l’angoisse" dans une période déjà difficile. "Je sais bien que décider de ne pas rouvrir les écoles n’est pas facile et que certains parents vont être confrontés à un problème de garde concède Laurent Duporge, maire de Liévin. Néanmoins, c’est la santé qui prime avant tout."
 
À Liévin, le maire indique que l’Etat est par la suite "libre de prendre ses responsabilités et de réquisitionner, ou pas, les écoles." Une position partagée par Sylvain Robert , président de la CALL et maire de Lens, qui affirme à la Voix du Nord que "si la Préfecture nous impose la réouverture, elle en portera la responsabilité juridique en cas de problème."
 

La Préfecture croit au dialogue


Contactée, la préfecture du Pas-de-Calais nous indique que "la concertation est ouverte" tout en rappelant que "l'objectif fixé par le Gouvernement de réouverture progressive des établissement scolaires répond à un objectif essentiel de lutte contre le décrochage scolaire."

Dans le Pas-de-Calais, un groupe de travail a été mis en place entre la Préfecture et le président de l’Association des Maires de France du Pas-de-Calais. Un travail "point par point" sera réalisé pour trouver "localement des solutions" et éviter ainsi la non réouverture des écoles le 11 mai pour plus de 26 000 élèves.

Ce groupe de travail est composé de 15 maires du département (tous bords politiques confondus), de la préfecture et de l'inspecteur d'académie. "Nous étudions la totalité des questions soulevées" affirme André Flajolet, maire de Saint Venant et président de l'Association des maires de France du Pas-de-Calais. "Nous demandons explicitement à l’état de préparer un protocole qui affirme sa responsabilité juridique. Nous, maires, ne sommes que des prestataires de service." 8 réunions sont d'ores et déjà programmées dans les prochains jours pour trouver des solutions.
 
Enfin, la Préfecture nous indique ne pas se placer dans "l’hypothèse de la réquisition." Une manière de ne pas envenimer le débat avec toute la communauté d’agglomération de Lens-Liévin et les autres agglomérations du département.
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