Trois questions sur le réensablement de la baie d'Authie alors que 12000 habitants sont menacés par l'érosion marine

D'importants travaux viennent de démarrer en baie d'Authie, dans le Pas-de-Calais, pour limiter les risques de submersion marine. Quelle est la situation ? En quoi va consister le chantier ? Qu'en est-il de l'impact environnemental ? On répond à vos questions.

Des travaux d'envergure ont été entrepris à la baie d'Authie pour limiter les risques de submersion marine.
Des travaux d'envergure ont été entrepris à la baie d'Authie pour limiter les risques de submersion marine. © C.S. / France 3
Dans la baie d'Authie, l'urgence à intervenir était absolue. Depuis le 12 novembre, les engins de chantier sont entrés en action pour mener des opérations de réensablement sur la commune de Grosfliers (Pas-de-Calais), au sud de Berck. Selon plusieurs études, près de 12 000 habitants du secteur sont exposés à des risques de submersion marine à cause de l'érosion.

On vous explique, point par point, en quoi vont consister ces travaux.

 

Quelle est la situation ?


Sur ce secteur du littoral, le trait de côte a reculé de 245 mètres en 50 ans et de 4 mètres sur la seule période des grandes marées, début octobre. Le phénomène s'est accéléré depuis 2011 avec un recul de 9 mètres par an, contre 4,6 mètres par an avant cette date. Après plusieurs rechargements ponctuels au Bois des Sapins, le lieu-dit où se déroule le chantier, la restauration du cordon dunaire, une opération plus massive, a été entreprise. Un chantier attendu depuis huit ans par les riverains.

"On a enfin la concrétisation de ce qu'on attendait depuis de nombreuses années. D'autant plus que la situation s'est aggravée. Au bois de Sapin, il ne reste quasiment plus rien, on l'avait annoncé dès le départ", assure Philippe Cornu, membre de l'association SOS Baie d'Authie.
 
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En quoi vont consister les travaux ?


Pour l'heure, les engins de chantier préparent le terrain. Puis la reconstitution de la digue Barrois, autrement dit le déblaiement du sable qui sera utilisé pour le rechargement, sera la première étape. Après cela, la dune sera renforcée pour servir de "piste de circulation pour les engins intervenant sur le chantier".

Le cordon dunaire sera ensuite restauré avec 350 000 mètres cubes provenant en partie du poulier, la zone détachée de la côte, en bordure de baie, formé par l'action des courants. Des déflecteurs, c'est-à-dire des pieux en bois, vont également être posés pour dévier les courants, indique-t-on à la Communauté d'agglomération des 2 baies en Montreuillois (CA2BM).
 
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"Nous avons envisagé avec les services de l'Etat un rechargement beaucoup plus massif qui serait plus stable dans le temps avec la mise en place, notamment, de déflecteurs des deux côtés puisqu'il faut faire face au phénomène d'érosion à la fois sur les marées montantes et descendantes, explique Bruno Cousein, président de la CA2BM. Le courant est très puissant dans la baie d'Authie, même dans des conditions relativement calmes."

L'opération doit permettre de ne plus intervenir en matière de rechargement sur une période de 5 à 10 ans, "en fonction des phénomènes climatiques". Coût des travaux : 4 millions d'euros, subventionnés à 80% avant la construction, en 2021, dans les terres d'une digue rétro littoral pour prévenir les risques de submersion marine.

 

Et l'impact environnemental ?


Les conséquences du chantier sur l'environnement seront réduites et contrôlées, affirme-t-on à la communauté d'agglomération. D'abord, la zone de prélèvement de sable a été déterminée "en limitant et en préservant la zone de gisement des coques ainsi que l’environnement estuarien en général" et il n'aura "pas d’incidence sur l’équilibre hydrosédimentaire de la Baie d’Authie", explique la CA2BM dans un communiqué.
 
Le sable prélevé ne constituera qu'une "très faible part" du poulier et ses caractéristiques ont été choisies car il correspond à celui de la baie des Sapins. L'accès au chantier a, lui, été aménagé dans la zone "la moins sensible du point de vue du biotope".

"On va sensibiliser sur le fait que les batraciens vont traverser la piste (menant au chantier), pas maintenant parce qu'il fait très froid mais au printemps, quand ils vont commencer à migrer. On leur a demandé s'installer des barrières anti-batraciens, de récolter les batraciens le matin et le soir. On a aussi des recommandations par rapport à la faune : on risque d'entrer dans des périodes de nidification donc il faut peut-être adapter les horaires", ajoute Benoit Tasiaux, paysagiste concepteur.
 
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Ce secteur a également été choisi afin d'éviter les reposoirs des phoques gris et des veaux marins. Un écologue, mandaté par la société intervenante, suivra le chantier toutes les semaines pour "prendre toutes mesures utiles qui permettent de limiter l’impact sur l’environnement", poursuit la communauté d'agglomération. Et un comité scientifique sera mis en place pour superviser ce suivi.

Après les travaux, le site sera revégétalisé et un projet de génie écologique visant à reconstruire une dune blanche sera mené, ce qui devrait permettre de "créer une dynamique de reconstitution de l'écosystème propre à un massif dunaire".

 
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