"Il a vu sa petite fille mourir sous ses yeux" : au moins 5 migrants sont décédés au large de Wimereux, dont une fillette

Au moins 5 migrants, dont 3 hommes, une femme et une enfant sont décédés au large de Wimereux (Pas-de-Calais), ce mardi 23 avril 2024 dans la matinée. Selon la préfecture, 112 personnes étaient entassées le smallboat lorsque le drame s'est produit. "Du jamais vu", selon le préfet du Pas-de-Calais.

Trois hélicoptères se sont posés en urgence sur la digue de Wimereux (Pas-de-Calais), ce mardi 23 avril 2024 au lever du jour. En mer, l’Abeille Normandie, remorqueur d’intervention de la marine nationale, patrouille à quelques centaines de mètres des côtes.

Depuis le milieu de la nuit, plusieurs sauvetages de migrants sont en cours. 6 tentatives ont été contrées par les forces de l'ordre, 5 passeurs présumés interpellés.

Vers 5 heures ce matin, un smallboat averc à son bord 112 personnes prend la mer depuis la plage des Allemands, à Wimereux (Pas-de-Calais). Selon le récit de la préfecture, l'embarcation de fortune s'échoue sur un blanc de sable mais reprend la mer.

Un "mouvement de foule serait survenu dans l'embarcation surchargée, générant plusieurs victimes", indique la préfecture.

5 personnes décédées, dont une enfant

Au moins 5 personnes ont perdu la vie, dont 3 hommes, une femme et une enfant dont l'âge reste à déterminer. La fillette aurait "entre 4 et 7 ans", selon le préfet du Pas-de-Calais.

Jacques Billant a précisé lors d'un point presse que 49 personnes ont été prises en charge par les secours, dont des Syriens, des Iraniens, des Turcs, des Irakiens et des Koweïtiens. "58 personnes sont restées à bord et n'ont pas souhaité être secourues, ajoute le préfet. Elles sont parvenues à remettre le moteur en route et ont repris la route".

Après différentes tentatives, (les 58 personnes) sont parvenues à remettre en route le moteur de leur embarcation et ont poursuivi leur traversée vers la Grande-Bretagne.

Communiqué de la Préfecture Maritime de la Manche et de la Mer du Nord

Dany Patoux, bénévole de l'association d'aide aux migrants Osmose 62, a assisté au retour de certains naufragés, dont le père de la fillette décédée. "La petite fille, on la connaissait bien. On a des photos avec elle, avec un grand sourire dans l’espoir d’une vie meilleure. Mais là, tout est fichu. Le père nous est tombé dans les bras tout à l’heure. Il est en pleurs, dans un état second. Il a vu sa petite fille mourir sous ses yeux".

Une enquête a été ouverte et confiée au parquet de Boulogne-sur-Mer. Ce nouveau drame intervient quelques heures après l'adoption du projet de loi sur l'expulsion de migrants vers le Rwanda par le parlement britannique. Le texte prévoit le versement important d'argent au Rwanda en échange de l'accueil de demandeurs d'asile entrés illégalement au Royaume-Uni. Une "infamie sans nom", pour Jean-Claude Samouiller, président d’Amnesty International France

"400 à 500 personnes sur le bord de la route ce matin"

Ces 10 derniers jours, aucune traversée n’avait été enregistrée par les autorités britanniques. En cause, les conditions météorologiques qui empêchaient les migrants de prendre la mer.

Cette nuit, le vent faible, le ciel dégagé et la mer calme ont favorisé les tentatives de départ, même si la température dépassait difficilement les zéro degrès. "Prendre la mer dans un bateau surchargé avec une eau à 10 degrès, c’est aller à la mort", a lancé Jacques Billant depuis la digue de Wimereux.

"On a dû recenser 400 à 500 personnes sur le bord de la route ce matin, entre Ambleteuse et Etaples", indique Olivier Ternicien.

Depuis le 1er janvier 2024, plus de 6 200 migrants ont rejoint l’Angleterre sur des embarcations de fortune depuis le littoral du Nord et du Pas-de-Calais. Un record depuis l’explosion du phénomène des traversées de la Manche en 2018.

Avec ce nouveau drame, au moins 14 personnes ont perdu la vie en tentant de rejoindre l'Angleterre depuis le début de l'année 2024. Les corps de deux autres migrants, portés disparus, n'ont jamais été retrouvés.

Des migrants prêts au départ interpellés à Quend

Cette même nuit, trois groupes de migrants ont été interpellés sur la plage à Quend. Au total, 58 personnes ont été empêchées de prendre la mer. Trois d'entre elles ont été conduites vers des centres hospitaliers pour recevoir des soins. Peu avant, un véhicule utilitaire circulant tous feux éteints avait été contrôlé dans la commune, avec deux hommes en situation irrégulière à son bord, laissant penser qu'il s'agissait de passeurs venant de déposer des migrants en vue d'un départ par la mer. 

"Pour la première fois depuis plusieurs jours, un créneau favorable aux traversées était signalé en mer. Un dispositif spécifique avait été mis en place par le groupement de gendarmerie de la Somme pour prévenir les départs, avec la mobilisation des 3 pelotons de réservistes Poséidon dédiés à la lutte contre l'immigration clandestine pour surveiller les voies d'accès dans l'intérieur des terres et les brigades locales de Rue, Saint-Valery-sur-Somme et Abbeville en soutien", précise la préfecture de la Somme.

Depuis le début de l'année, c'est plus de 300 candidats à la traversée qui ont été interceptés par les forces de l'ordre sur le littoral picard.