ENTRETIEN. "Je ne regrette pas", indique Valérie M., poursuivie pour avoir insulté Emmanuel Macron "d’ordure" sur Facebook

La quinquagénaire est convoquée devant le tribunal après avoir posté un message sur son compte Facebook. Elle nous a reçu chez elle dans le Pas-de-Calais.

Mardi 21 mars 2023, Valérie M. poste un message sur le réseau social Facebook : "L’ordure va vous parler demain à 13 heures, pour les gens qui ne sont rien, c’est tjrs à la télé que l’on trouve les ordures". Quelques mots faisant référence à l’interview télévisée d’Emmanuel Macron programmée le lendemain.

Trois jours plus tard, trois policiers viennent interpeler cette habitante de Saint-Martin-lez-Tatinghem dans l’Audomarois à son domicile. Une interpellation qui fait suite à la plainte contre X déposée par Guillaume Thirard, sous-préfet de l’arrondissement de Saint-Omer. Contactée, la préfecture du Pas-de-Calais nous confirme l’existence de cette plainte déposée après la découverte "de photos et de publications injurieuses visant le Président de la République sur les réseaux sociaux".

Une enquête a par la suite été ouverte sous l’autorité du procureur de la République de Saint-Omer. Valérie M. a été renvoyée devant le tribunal judiciaire pour outrage envers une personne dépositaire de l’autorité publique. Elle risque 12 000 euros d’amende. L’audience est fixée au 20 juin prochain.

Notre équipe l’a rencontrée à son domicile ce vendredi 31 mars. La militante de 56 ans ayant notamment participé au mouvement des gilets jaunes se dit "outrée". Interview.

France 3 Hauts-de-France : Que s’est-il passé le 24 mars 2023 ?

Valérie M. : Trois policiers sont venus à 10 heures du matin m’interpeler à mon domicile puis j’ai été placée en grave à vue. On m’a dit que j’étais en garde à vue pour injure envers le Président de la République. Je leur ai dit : "c’est une blague ?" Ils m’ont répondu pas du tout. Ça a duré 9 heures.

C’était la première fois ?

Je n’avais jamais eu affaire à la justice. Je ne suis pas une délinquante, je n’ai frappé personne, je n’ai volé ni tué personne.

Je n’avais jamais eu affaire à la justice. Je ne suis pas une délinquante, je n’ai frappé personne, je n’ai volé ni tué personne.

Valérie M.

Je me suis dit : "on préfère venir chercher une personne avec un casier vierge qui met des posts sur Facebook et perdre son temps sur des affaires comme la mienne".

Qu’avez-vous ressenti quand les policiers sont venus chez vous ?

"Quand vous voyez la police qui arrive chez vous, ça fait toujours peur, on se demande ce qui a pu se passer. On se dit qu’il a pu arriver quelque chose à quelqu’un de son entourage, de sa famille. C’est à ça que j’ai pensé. Mais quand ils m’ont dit la raison pour laquelle ils étaient là, c’était plus de la peur mais de l’incompréhension."

Vous avez écrit : "L’ordure va vous parler demain à 13 heures" en faisant référence à Emmanuel Macron. Regrettez-vous ce post ?

"Je ne regrette pas. J’ai expliqué aux policiers que je voulais faire un jeu de mots en écrivant "or" et "dur" mais le correcteur automatique a modifié le texte sans que je m’en aperçoive. Et puis, une ordure chez nous dans le Pas-de-Calais ce n’est pas une insulte… Par contre, entendre dire du Président quand il vient dans les mines et qu’il parle d’"alcoolique", nous-même on pourrait porter plainte." (Elle fait référence aux propos tenus par Emmanuel Macron le 14 janvier 2017 lors d’un déplacement à Nœux-les-Mines, ndlr).

On a voulu me mettre sur le dos pas mal d’autres choses, en l’occurrence un tag qui avait été fait devant le dépôt de la collecte des ordures à Arques où j’apparaissais sur une photo à côté d’un tag "Macron ordure", ce qui n’a finalement pas été retenu. On est allé fouiller sur mon Facebook et on a trouvé l’insulte dans un post mais je ne le nomme pas. Je n’ai ni marqué Emmanuel Macron, ni le Président de la République.

Selon vous, il s’agit d’une intimidation, expliquez-nous.

"Je suis militante depuis des années. On est les gens qui ne sont rien. Je suis quelqu’un qui déclare beaucoup de manifestations, j’ai fait partie du mouvement des gilets jaunes. Je ne cache pas ce que je pense. Je suis franche, directe."

Je pense que je gêne.

Valérie M.

"Je pense que je gêne. L’image que je me fais, c’est qu’il y a les gens qui ne sont rien et les autres, et quand les gens qui ne sont rien sortent du lot, ça ne va plus, ça dérange. Il faut rester rien et ne pas faire de bruit. Mais moi j’ai envie de prendre la parole, surtout par rapport à ce qui se passe."

Vous êtes convoquée le 20 juin devant le tribunal et risquez 12 000 euros d’amende. Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

12 000 euros c’est énorme. Pour quelqu’un d’en bas, c’est énorme. Mais je me sens confiante parce qu’encore une fois je n’ai volé personne, je n’ai tué personne.

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Entretien avec Valérie M. renvoyée devant le tribunal pour avoir insulté Emmanuel Macron sur les réseaux sociaux ©FTV

"J’ai confiance en la justice et en l’égalité entre toutes les personnes : que ce soit un Président, un habitant des Hauts-de-France, un retraité, un chômeur ou une personne qui n’est rien."

Vous attendiez-vous à cette médiatisation ?

"Non. J’ai voulu médiatiser localement mais je n’avais pas pensé à l’ampleur que ça prendrait. J’ai voulu le faire pour dénoncer cette injustice. On n’a pas le droit de penser et de dire le fond de notre pensée. Je trouve ça aberrant. J’ai voulu être le portevoix des gens qui ne sont rien, pour dénoncer cette répression, ces intimidations."