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Picardie : face à la pénurie, les abattoirs mobiles comme solution potentielle

Amener l'abattage directement à la ferme : une solution possible face à la pénurie. / © Dalila Iberrakene
Amener l'abattage directement à la ferme : une solution possible face à la pénurie. / © Dalila Iberrakene

En janvier 2019, le département de la Somme perdait son dernier abattoir à Montdidier. En Picardie, il n'en reste que deux, aux frontières du territoire. Certaines voix s'élèvent pour proposer une nouvelle solution : celle des abattoirs mobiles.

Par Boris Granger

C'était le 30 janvier 2019 : l'abattoir de Montdidier était placé en liquidation judiciaire et ainsi disparaissaît le dernier abattoir de la Somme. Sur le territoire picard, il n'en reste désormais plus que deux, ce qui oblige certains éleveurs à faire plus de deux heures de routes pour mener leurs animaux à l'abattage, avec le stress et la fatigue que cela engendre.
 

C'est pourquoi la Confédération paysanne organisait une réunion le mardi 25 juin à Fouilloy dans l'Oise pour débattre des solutions envisageables pour pallier ce problème. Émilie Jeannin, une éleveuse bourguignonne, était présente pour parler de son projet d'abattoir mobile inspiré d'une initiative similaire en Suède. Projet qui pourrait bien représenter une solution pour l'avenir.
 


Une solution, plusieurs avantages

Car le problème est bien réel. La région Hauts-de-France recensait en 2017 environ 1,2 millions de bovins pour 600.000 porcins. Au final, près de 152.000 tonnes de viande - bovine, porcine et caprine - était abattue. Un volume de plus en plus difficile à assumer à mesure que les abattoirs ferment.

Dans ce contexte, la solution de l'abattoir mobile permettrait à la fois de combler le manque critique d'établissements d'abattage, mais aussi de répondre à des exigences toujours plus fortes de transparence, de traçabilité et de respect du bien-être animal. Le principe est simple : aménager un camion en abattoir et se déplacer directement sur les lieux d'élevage, tant pour le confort des éleveurs que pour celui du bétail.
 

Moins de stress, plus de qualité

Pierre Pauchet, directeur de l'Association en faveur de l'abattage des animaux dans la dignité (Afaad), détaille les travers du modèle traditionnel. "La phase de transport est source de stress pour le bétail, tout comme l'abattoir où les animaux sont stockés parfois pendant des heures avec d'autres espèces. Et ce stress nuit à la qualité de la viande. Par ailleurs, les éleveurs n'ont pas la possibilité d'accompagner leur animal jusqu'au bout, ce qui pose des problèmes d'éthique et de traçabilité."
 

C'est à ces problèmes qu'Émilie Jeannin entend rémédier depuis plusieurs années avec son projet innovant. Actuellement en échange avec les services sanitaires, elle s'apprête à lancer le recrutement du personnel. "Pour l'instant, nous ne bénéficions d'aucun soutien financier public", déplore l'éleveuse qui s'efforce de lever des fonds. La faute, selon elle, aux pressions des gros industriels de la viande, qui "voient ce genre d'initiative d'un mauvais oeil".

Produire une viande de qualité hautement supérieure, éthiquement irréprochable et facilement identifiable.

Pour autant, la loi Égalim, votée par le Parlement en octobre 2018 inscrit le modèle des abattoirs mobiles dans un cadre expérimental. "Pendant quatre ans, le projet sera étudié, tant au niveau de son modèle économique que de son impact sur les animaux", détaille l'éleveuse qui n'imaginait pas il y a encore trois ans que son projet fasse l'objet d'un texte législatif.
 

Soutien des consommateurs

"L'abattoir mobile offre la possibilité de produire une viande de qualité hautement supérieure, éthiquement irréprochable et facilement identifiable", explique-t-elle. "Notre projet reçoit un excellent accueil du public. Certains nous écrivent, d'autres nous proposent de lancer un financement participatif : il y a une vraie demande."

Toutefois, "ce modèle n'a pas vocation à devenir la norme, concède Pierre Pauchet, mais plutôt à tirer la production française vers le haut. En revanche, on pourrait imaginer qu'à l'avenir, ce soit les abattoirs eux-mêmes qui développent ce système d'abattoirs mobiles." Pour l'heure, rien n'est engagé en Picardie mais il devient urgent de trouver une solution au problème du manque d'abattoirs.

 

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