En Picardie, les salons de tatouage fleurissent dans les campagnes

En Picardie, de nouveaux salons de tatouage ouvrent leurs portes chaque année. Aujourd’hui, ces boutiques ne sont plus seulement l’apanage des grandes villes. Beaucoup de professionnels choisissent de s’installer en milieu rural, au plus près de leurs clients.

En 1999, Nicolas Ducauroy  a ouvert son salon à Liancourt, une commune de l'Oise de 7000 habitants.
En 1999, Nicolas Ducauroy a ouvert son salon à Liancourt, une commune de l'Oise de 7000 habitants. © N. Ducauroy
On les voyait autrefois sur les avant-bras des motards, les épaules de marins ou les mollets des amateurs de rock. Désormais, les tatouages s’affichent sur la peau d’un Français sur cinq, selon un sondage Ifop publié en 2018. En 2010, ils n’étaient que 10% à oser franchir la porte d’un salon de tatouage.

Face à cette demande grandissante qui touche toutes les catégories sociales, de nouveaux salons fleurissent sur le territoire. Le tatouage, cet art urbain par excellence, s’exporte même en milieu rural.
 

Redynamiser les centres-villes

C’est le pari que s’est lancé Malaury Desjardin. À 24 ans, cette jeune tatoueuse a ouvert son salon à Hirson, une commune de l’Aisne qui compte à peine 9000 habitants. Située au cœur de la Thiérache et à deux pas de la frontière belge, la ville comptait déjà un salon de tatouage avant son installation. "J’ai choisi cette ville car il y avait une faible concurrence, explique la jeune femme. Et parce qu’il y a des transports en commun car peu de gens ont le permis ici".
 
Quelques semaines après son ouverture, la jeune femme affichait déjà complet jusqu’en février. "La demande explose, même dans les petits villages, souligne Malaury. Pour moi, c’était aussi un moyen de redynamiser un peu le centre-ville car beaucoup de commerces ferment. Les autres commerçants sont plutôt contents que je me sois installée".
 

Trois mois d'attente

À l’heure où de nombreux commerces de proximité disparaissent, les tatoueurs s’implantent et attirent une nouvelle clientèle. En fonction de leur renommée, certains sont capables d’attirer des fidèles venus de loin. C’est le cas de Nicolas Ducauroy, propriétaire de son salon à Liancourt depuis 1999.

Installé dans cette bourgade de 7000 habitants, ce tatoueur renommé de l’Oise attire des clients de tout le département et même de Paris. Aujourd’hui, il faut patienter plus de trois mois pour obtenir un rendez-vous. "Lorsque j’ai débuté il y a vingt ans, nous n’étions que cinq tatoueurs dans le département. Aujourd’hui, on doit être plus de 35".
 
Tatoueur depuis vingt ans, Nicolas Ducauroy est spécialisé dans le style graphique.
Tatoueur depuis vingt ans, Nicolas Ducauroy est spécialisé dans le style graphique. © Nicolas Ducauroy

Selon lui, les émissions de téléréalité consacrée au tatouage ont boosté l’offre comme la demande. De nombreux amateurs, inspirés par les shows américains, ont décidé d’ouvrir leur salon "parfois au détriment des normes d’hygiène et de qualité" ajoute Nicolas. Ce dernier met notamment en garde contre la multiplication des offres alléchantes et des tarifs au rabais, qui cachent souvent un manque de professionnalisme.

Karine Grenouille, membre du Syndicat National des Artistes Tatoueurs et des professionnels du tatouage (SNAT), abonde dans ce sens : "seuls les tatoueurs disposant déjà d'une solide renommée peuvent s'installer en zone rurale sans forcément requérir la visibilité d'une vitrine citadine et la plupart d'entre eux profitent également de ce nouveau rythme pour multiplier leurs déplacements par ailleurs comme des conventions de tatouage et/ou guests dans d'autres studios, dans toute la France et parfois à l'étranger".
 

Les ruraux n’aiment pas trop se déplacer en ville.


Dans la Somme, Didier Scellier joue sur les deux tableaux : un salon vitrine à Amiens depuis 2013 et une nouvelle boutique à Flixecourt ouverte il y a trois ans. Malgré ses 3000 habitants, cette petite commune située à une vingtaine de kilomètres d’Amiens a su séduire le professionnel : "C’est une ville en pleine expansion, explique Didier. Mes clients d’Amiens se plaignaient qu’il n’y ait aucun salon à la campagne. En général, les ruraux n’aiment pas trop se déplacer en ville".
 
Malgré une féroce concurrence avec la dizaine de salons de tatouage présents à Amiens, le carnet de commandes de Didier affiche complet. Pour se faire tatouer chez ce spécialiste du style "old school", il faut compter au moins un mois d'attente. "Avant, le tatouage était réservé aux loubards et aux motards. Aujourd’hui, les tatouages s’affichent comme des bijoux. Je reçois des avocats, des médecins, des ouvriers : le monde du tatouage s’ouvre à tout le monde".
 

La première convention du tatouage à Amiens

Pour mettre cet univers à la portée de tous, Didier Scellier a même organisé la première convention de tatouage d’Amiens en novembre 2019. Même les salons annuels, autrefois réservés aux grandes métropoles françaises, se dupliquent en région. Le temps d’un week-end, 70 tatoueurs de toute la France ont démontré leur talent aux visiteurs venus en nombre à la salle Mégacité d’Amiens.

Fort de ce succès et de cet engouement grandissant, Didier a décidé de renouveler l’évènement les 24 et 25 octobre 2020 avec cette fois plus d’une centaine de tatoueurs attendus.
 
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