Pourquoi les Néerlandais ne veulent plus qu'on appelle leur pays "Hollande", mais "Pays-Bas"

Et les Néerlandais eux-mêmes ne sont pas étrangers à cette confusion...

Photo d'illustration.
Photo d'illustration. © PIXABAY
Pour 2020, les Néerlandais ont pris une bonne résolution plutôt ambitieuse : ne plus se laisser appeler "Hollande" et "Hollandais" par leurs voisins européens.

 

Quand deux régions dominent un pays


Car la Hollande, en réalité, désigne deux provinces distinctes : la Hollande septentrionale (Amsterdam) et la Hollande méridionale (La Haye, Rotterdam) au milieu de douze autres.
 

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En revanche, ces deux seules régions concentrent à elles seules 6,51 millions d'habitants (sur 17 millions) et concentrent la majeure partie de l'économie. C'est un peu comme si on appelait la France "Île-de-France" en s'appuyant sur les mêmes motifs.

La démarche vient du gouvernement, qui a d'ailleurs lancé un nouveau logo (à 200 000 euros, rapporte par exemple DutchNews.nl (article en néerlandais) représentant d'ailleurs les lettres "NL" stylisées à la manière d'une tulipe.

Le gouvernement demande donc aux ambassades, universités, musées, etc. de ne plus parler que des Pays-Bas, et promet également de ne plus promouvoir le tourisme dans le pays à travers son site "holland.com", une manière de faire son mea culpa après avoir contribué entretenir le flou.

"Il y a 25 ans, c'était un choix de l'industrie touristique de promouvoir notre pays avec la" Hollande "", a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. "Mais nous notre pays, c'est aussi le commerce, la science et bien d'autres domaines. Et puis, il est un peu étrange que vous ne fassiez la promotion que d'une petite partie des Pays-Bas à l'étranger, à savoir la Hollande."
 
En haut, le nouveau logo. En bas, l'ancien.
En haut, le nouveau logo. En bas, l'ancien.
 

D'où vient la confusion ?


La synecdoque (une figure de style consistant à désigner une partie pour parler de l'ensemble) ne date pas d'hier. En 1795, le pays qui s'appelait "République néerlandaise des Sept États réunis" est conquis par l'armée de Napoléon, qui le nomme République batave puis, en 1806, Royaume de Hollande.

Le territoire correspondait alors peu ou prou aux Pays-Bas actuels (exceptés le Limbourg, un bout de Zélande et la Frise orientale). Le Royaume de Hollande ne dura pas très longtemps (il fut annexé en 1810 et devint, l'espace de trois ans, une province française) 

"Après la chute de Napoléon, les Pays-Bas restèrent un royaume. Le territoire de la Hollande contribuait le plus à cette époque à l'économie et à la prospérité de tout le pays", indique d'ailleurs le site officiel holland.com (celui-là même qui se destine à changer de nom) "À l'étranger, la Hollande était donc devenu un nom commun pour l'ensemble du pays."

 

Pourquoi ça ne va plus


Appeler le pays par son vrai nom relève aussi bien de l'identité nationale que d'un juste équilibre entre les provinces, surtout à quelques mois de l'Eurovision (en mai). Mais ce n'est pas le seule raison.

Les deux provinces de Hollande – celle du Nord et celle du Sud – concentrent la très grande majorité des 18 millions de touristes annuels... Ce qui pose de gros problèmes notamment à Amsterdam. À tel point que les autorités tentent de freiner le tourisme qui étouffe sa capitale d'un million d'habitants.
 
"En plus des émissions de CO2, le nombre croissant de touristes mène à plus de consommation, de déchets de nourritures et de pollution", indiquait d'ailleurs un document officiel de l'Office de tourisme, cité par le Guardian (article en anglais)

Et puis inclure les autres provinces dans le nom "Pays-Bas", ce n'est pas seulement une façon de répartir les touristes (et de mettre fin au tourisme du cannabis). C'est aussi un moyen de leur rappeler qu'il y a d'autres belles choses à voir et à visiter dans le royaume quasi-voisin : les plages de Zélande (à 1H15 de Lille), la région du Groningue au nord ou encore les villes d'Utrecht, de Maastricht ou de Delft.
   
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