Régionales 2021 en Hauts-de-France : comment les candidats tentent de convaincre les jeunes d'aller voter ?

Abstention record dimanche dernier, avec seulement 13 % de participation chez les 18-24 ans. Dans les Hauts-de-France, deuxième région la plus jeune de France métropolitaine, la jeunesse représente un vivier de voix à conquérir pour les candidats en vue du second tour. Mais comment s'y prendre ?

À peine plus d’un électeur sur 10 âgé de 18 à 24 ans s’est déplacé dans les bureaux de vote dimanche dernier pour le premier tour des élections régionales.
À peine plus d’un électeur sur 10 âgé de 18 à 24 ans s’est déplacé dans les bureaux de vote dimanche dernier pour le premier tour des élections régionales. © Frédérik Giltay/France Télévisions

C’est un constat qui dépasse les clivages politiques : les jeunes ne se sont pas déplacés lors du premier tour des régionales dans les Hauts-de-France comme partout ailleurs sur le territoire. Alors que le taux d’abstention record dépasse les 66% à l’échelle nationale, il est de 21 points supérieurs pour les électeurs âgés de 18 à 24 ans et de 17 points supérieurs pour la catégorie des 25-34 ans. 

À peine plus d’un électeur sur 10 âgé de 18 à 24 ans s’est déplacé dimanche dernier. Dans les Hauts-de-France, les candidats arrivés en deuxième (Sébastien Chenu, RN) et troisième position (Karima Delli, union de la gauche) – largement distancés par le président sortant Xavier Bertrand – lorgnent sur cette frange de la population considérée comme une réserve de voix à ne pas négliger. D’autant plus que notre région est la plus jeune de France métropolitaine après l’Île-de-France.

L’extrême-droite, d'un côté, compte sur cette catégorie de la population, surtout lorsqu’on sait que le Rassemblement national est le premier parti chez les 25-34 ans. La gauche et les écologistes, de l'autre, parie sur la "génération climat" descendue ces dernières années dans la rue. Comment cependant mobiliser cette tranche de l’électorat historiquement la plus abstentionniste en quelques jours seulement ? 

Mais où est passée la génération climat ?  

Dimanche soir, les premières estimations arrivent. Karima Delli, à la tête d’une liste d’union de la gauche et des écologistes, obtient 18,99% des voix. Lorsqu’elle prend la parole, elle fustige dans un premier temps l’abstention avant d’appeler à la mobilisation de chacun, et particulièrement de la "génération climat". 

Derrière ce qualificatif, les jeunes de 18 à 35 ans qui descendent dans les rues depuis 2018 pour hurler l’urgence d’agir "avant qu’il ne soit trop tard" et inciter les pouvoirs publics à accentuer leurs actions dans la lutte contre le dérèglement climatique. C’est précisément cette partie de la population que Karima Delli appelle aux urnes pour le second tour. 

Après avoir opté pour une affiche de campagne rappelant celle de la députée américaine Alexandria Ocasio-Cortez, figure de proue des démocrates et idole des jeunes du parti, la candidate de la gauche unie a multiplié sa présence lors des marches pour le climat. Sur les réseaux sociaux, elle est présente sur Facebook, Twitter, Instagram, Youtube et Linkedin. Et certains de ses colistiers, comme Marine Tondelier, ont même un compte sur TikTok, le réseau social des jeunes. 

@marinetondelier

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Malgré un programme chargé cette semaine avant le deuxième tour – deux débats dont un sur France 3 Hauts-de-France mercredi 23 juin – l’équipe de campagne organise un meeting digital sur Facebook et Youtube. Avec encore et toujours le même objectif : capter l’électorat jeune. Certes, il y avait une centaine de militants dans la salle du gymnase en plein cœur de Lille ce mardi 22 juin. Mais eux iront voter dimanche prochain. L’objectif, c’est de capter les internautes pour en faire des électeurs, explique un conseiller de la candidate. 

 

La dernière journée de campagne de Karima Delli ce vendredi sera largement consacrée à la jeunesse, précise son équipe de campagne.  

Au RN, on demande aux jeunes de "se bouger"

Avec un score décevant de 24,37%, le candidat du Rassemblement national Sébastien Chenu espère un sursaut. Il l’a affirmé : les électeurs du RN ne se sont pas déplacés pour aller voter dimanche dernier et doivent désormais "se bouger". Et les études menées le confirment : à l’échelle nationale, 73% des électeurs de Marine Le Pen au premier tour des présidentielles se sont abstenus cette fois-ci. En 2015, la patronne de l’ex-FN avait obtenu 909 025 voix dans la région. Cette année, le candidat d’extrême droite a récolté 324 246 voix. Soit quasiment 2/3 de moins. 

La faute à l’abstention affirme Sébastien Chenu, notamment chez les 25-34 ans. Pourtant, cette frange de la population -lorsqu’elle se déplace aux urnes- plébiscite majoritairement le parti d’extrême-droite. Et Sébastien Chenu le sait. Quand notre journaliste Arnaud Moreau interpelle le candidat en déambulation lundi 21 juin sur le marché de Béthune, pour savoir si tracter à cet endroit était vraiment la meilleure solution pour inciter les jeunes à voter, l'intéressé répond : "Il faut aller partout là où les gens sont. Les jeunes on peut les mobiliser sur les réseaux sociaux. Il faut aller là où il y a de la vie. Il y a de la vie à travers les réseaux sociaux, et nous y sommes présents. Et puis il y a de la vie sur les marchés, dans les commerces et nous sommes présents. Dans une campagne où il y a eu tellement d’abstention, il ne faut pas se limiter à quelque support que ce soit". 

"On parle aux jeunes comme à n’importe qui. Cette semaine, on fait du phoning, on anime les réseaux sociaux. On est je crois avec madame Delli les plus actifs dans cette campagne. Il y a du contenu tous les jours sur Facebook, Twitter, Instagam".

Jean-Philippe Tanguy, directeur de campagne de Sébastien Chenu, candidat du RN.

Voilà, en quelques mots, la stratégie du RN pour mobiliser les électeurs : être partout, pour toucher toutes les tranches d’âge. Ce que confirme Jean-Philippe Tanguy, directeur de campagne du candidat. "On parle aux jeunes comme à n’importe qui. Cette semaine, on fait du phoning, on anime les réseaux sociaux. On est je crois avec madame Delli les plus actifs dans cette campagne. Il y a du contenu tous les jours sur Facebook, Twitter, Instagam". Mais les bonnes vieilles pratiques comme le porte-à-porte, les marchés ou les meetings font également partie de la campagne. "On n'a jamais considéré que les jeunes étaient une population à part. Ils ont les mêmes préoccupations que les autres." 

Chez Xavier Bertrand, "on ne fait pas jeune pour faire du jeune"

Chez les militants du président sortant Xavier Bertrand, arrivé largement en tête du premier tour avec 41,4 % des voix, pas question de chambouler les habitudes en cette dernière semaine de campagne. "On fait pareil que pour le premier tour, mais en trois fois plus, avance un élu de la majorité. Du terrain, du terrain, du terrain..." En ciblant la jeunesse en priorité ? Pas vraiment. "On ne fait pas du jeune pour dire qu'on fait du jeune." A droite, on parle plutôt d'une campagne "la plus large possible".

Pour autant, Xavier Bertrand entretient sa présence sur les réseaux sociaux, avec des comptes sur Instagram, Twitter, Facebook et TikTok. Le candidat de la droite peut aussi compter sur les comptes partisans des Jeunes avec Xavier Bertrand sur Facebook et Twitter, suivis respectivement par 1500 personnes. "Il faut savoir aller les chercher les jeunes, avoue une membre de l'équipe avant de nuancer. Mais on ne se pose pas non plus la question de faire une campagne sur Twitch pour parler aux jeunes."

À contrario du RN qui tance ses jeunes électeurs pour aller voter, Xavier Bertrand préfère le mea-culpa. Ce dernier rappelait au micro du BFMTV, au lendemain du premier tour, que "cette abstention n'est pas la faute des électeurs, mais celle des politiques". Un problème de fond, un problème "de confiance", un problème difficile à régler en si peu de temps : "on ne va pas résoudre l'abstention en une semaine." Mais peut-être faire mieux qu'au premier tour ? Réponse dimanche prochain.

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