Covid-19 : à Amiens, les eaux usées sont analysées pour mieux suivre la circulation du virus

Fin décembre, Amiens a rejoint le réseau Obépine. Ce dernier, constitué de chercheurs et d’enseignants-chercheurs, développe depuis plusieurs mois un indicateur de lutte contre l’épidémie de Covid-19. Il s’appuie sur l’analyse des eaux usées.

 

La station d'épuration de Breuil-le-Sec (Oise).
La station d'épuration de Breuil-le-Sec (Oise). © FTV

Une innovation qui n’a d’égale que sa promesse. Et si, l’une des plus précieuses solutions pour sortir de l’interminable tunnel dans lequel nous a plongés le coronavirus se trouvait dans vos toilettes ? Plus précisément et trivialement, elle se trouverait même dans votre caca. L’analyse des selles trouvées dans les eaux usées permet en effet de repérer des traces de SARS-CoV-2 et donc un suivi en temps réel de la circulation du virus. La métropole d’Amiens a rejoint fin décembre ce dispositif soutenu par près de 150 stations à travers la France et 9 laboratoires.

Même si l’on voudrait qu’il soit encore plus déterminant auprès des décisionnaires, nous sommes très heureux que l’indicateur entre désormais dans les éléments acceptés par les ARS et suscite l’intérêt des collectivités. C’est un objet scientifiquement très intéressant. Je ne savais pas que l’on pouvait tirer autant de richesses dans les eaux usées. 

Yvon Maday, Professeur de Mathématiques Appliquées et membre du projet Obépine

L’indicateur, lancé par le réseau Obépine - un collectif de chercheurs et d’enseignants-chercheurs - sur sollicitation de la ministre de la Recherche, Frédérique Vidal, dès mars 2020, a d’abord été déployé dans des stations pilotes qui se voulaient les plus représentatives possibles. "On a commencé dans des stations dites historiques en Ile-de-France, dans le Grand-Est notamment, avant d’élargir le processus à d’autres villes. Amiens, qui en fait partie, est une station mère", expose Yvon Maday, Professeur de Mathématiques Appliquées à la Sorbonne.

"Nous avons eu l’autorisation de la ville tardivement dans l’automne. Le temps d’identifier la station, les laboratoires capables de faire les analyses et d’organiser le transport, les premiers prélèvements ont eu lieu le 28 décembre", poursuit-il.

Un indicateur pour être au plus près de la situation épidémique

S’il faudra attendre encore quelques semaines et disposer de nouvelles données pour "déceler une tendance" à Amiens, l’indicateur développé par Yvon Maday et ses collègues est déjà riche en enseignements.

À Amiens, les mesures représentent la dynamique relevée par la station depuis le 28 décembre. Pour le moment, l’indicateur permet de témoigner si une tendance est à la hausse, à la baisse ou à une stabilisation de circulation. 

Yvon Maday, Professeur de Mathématiques Appliquées et membre du projet Obépine

Ce dernier offre d’ores et déjà un aperçu plus fidèle de la situation épidémique que ceux basés sur les tests PCR ou antigéniques. Outre le délai, aller se faire tester n’est pas une habitude au contraire d’un passage aux toilettes. L’analyse des eaux usées permet donc d’appréhender la population des personnes asymptomatiques, population la plus encline à passer sous les radars.

Un indicateur au service de la stratégie sanitaire

"Même s’il a besoin d’être affiné, on remarque qu’il est déjà souvent précurseur à la réalité qui va être perçue dans le nez et le sang des patients", atteste le membre du projet Obépine. "Dès aujourd’hui, on pense que c'est un indicateur pertinent, ce n’est pas le seul, mais il ne doit pas être négligé."

Lorsqu'on voit une remontée de l’indicateur des cas positifs, derrière, le nombre de malades connait une augmentation. Quand le couvre-feu est décidé en automne, la courbe a commencé à s’aplatir avant de prendre un bon coup sur le nez au moment du confinement.

Yvon Maday, Professeur de Mathématiques Appliquées et membre du projet Obépine

Afin de s’imposer comme un incontournable de la stratégie sanitaire, le collectif est conscient que la récolte de données empiriques doit se poursuivre et s’étendre. Bien que des stations filles aient été mises en place pour élargir le spectre couvert par les stations mères, le réseau espère augmenter sa capacité d’analyse avec un plus grand nombre de laboratoires. "Les traces sont difficiles à déceler et pour le moment tous ne sont pas capables de le faire. Ceux déjà dans la boucle font au moins une vingtaine d’analyse chaque semaine, d’autres 150. C’est un processus lourd qui doit être facilité par le nombre".

L'objectif à terme est clair : l’indicateur doit permettre de quantifier le nombre de personnes infectées. Une photographie quasi-instantanée de situation qui ferait de lui un allié des plus précieux.

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