Ségur de la santé. Les travailleurs sociaux toujours mobilisés à Amiens : "On n'est pas là pour faire du chiffre"

Les travailleurs sociaux, mobilisés mardi 31 mai, se préparent déjà à une nouvelle grève nationale le 1er juin à l'appel de plusieurs syndicats. Ils réclament toujours l'élargissement de la prime Ségur à l'ensemble des agents du médico-social, une reconnaissance de leurs métiers et de meilleurs salaires.

Ils sont éducateurs, assistants sociaux ou psychologues, les travailleurs sociaux estiment être les "oubliés du Ségur". Appelés à se mobiliser ce 31 mai par plusieurs syndicats, ils réclament une valorisation de leurs professions. 

En février dernier, le gouvernement avait annoncé une augmentation de 183 euros net par mois, qu'ils auraient dû toucher dès le mois d'avril. Une hausse de salaire calquée sur celle obtenue par les soignants lors du "Ségur de la Santé". Mais à ce jour, beaucoup n'ont rien obtenu. 

"Il n'y a pas de raison qu'il y ait des exclus"

"On est les invisibles, déplore Philippe Prigent, délégué syndical CGT USD 80. On est là aujourd'hui pour mettre en place cette prime Ségur pour tous. Il y a des exclus, des secrétaires, des agents de gestion, des assistantes familiales. Il n'y a pas de raison qu'il y ait des exclus". Et d'ajouter : "De plus, on voudrait que cette prime ne soit pas une prime mais qu'elle soit mise dans le salaire pour que ça puisse compter pour la retraite. On pense que 183 euros, c'est un peu juste. On aimerait que ce soit 300 euros pour tout le monde".

Une opinion partagée par Kevin Belmain, travailleur social en prévention spécialisée : "Clairement, cette prime, il faut qu'elle soit pérennisée. Moi, je suis moniteur-éducateur. Ça fait 19 ans que je travaille pour les personnes dépendantes. J'émerge à 1750 euros net. J'estime être bien loti. Mais un éducateur spécialisé qui commence aujourd'hui, touche 1350 euros."

On n'est pas là pour faire du chiffre. On est là pour accompagner la souffrance et les difficultés des gens qui nous sont confiées

Philippe Prigent

Cette prime de 183 euros, Zoé Legrand ne la touchera pas. Éducatrice spécialisée, elle ne fait pas partie des professionnels concernés. "Je ne trouve pas ça logique. Les travailleurs sociaux dans leur globalité, on fait tous le même travail. Ce métier-là, pour ma part, je ne le fais pas pour l’argent. Je suis contente de ce que j’ai déjà mais à l’heure actuelle on est tous touchés par le pouvoir d’achat, donc ce serait vraiment bien accueilli qu’on puisse tous en bénéficier".  

Au cœur du quartier Etouvie d'Amiens, l'Association picarde d'action préventive (APAP) joue un rôle de cohésion sociale. Marine Libbrecht est assistante de service social. Ses missions vont de l'accueil collectif ou individuel à l'animation d'ateliers parents-enfants, en passant par la participation au développement du quartier. Tout cela pour 1500 euros par mois. "Le fait est que la vie augmente. Il faut que les salaires puissent suivre. On fait partie des métiers du lien. J’ai l’impression d’avoir de grandes responsabilités et pas forcément l’impression qu’elles soient très bien rétribuées".  

Un manque de personnel

C'est en soutien à ces professionnels qui ne touchent pas la prime, qu'une mobilisation était organisée ce 31 mai à Amiens. Dans le cortège, beaucoup se plaignent également de la dégradation des conditions de travail, comme Arièle Daquet, référente à l'aide sociale à l'enfance. "On travaille avec 40 à 45 suivis. Avant, on en avait 35, c’était gérable. Aujourd’hui, on ne peut plus faire un travail de qualité. On ne peut plus accompagner les familles. On ne peut plus accompagner correctement les mineurs. On est très malmené. Il y a du personnel qui manque. Les gens ne veulent plus venir travailler au département parce que les conditions de travail se sont fortement dégradées"

Tous espèrent voir cette profession en pleine mutation être reconnue à sa juste valeur. Les revendications sont multiples, mais le message au fond est le même :  "On est des métiers de l’humain, on n’est pas des métiers de la rentabilité, de l’économie à bas coût", conclut Philippe Prigent.