Transidentité : des professeurs de l'UPJV s'opposent à leurs confrères signataires d'une tribune qu'ils qualifient de "transphobe"

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Écrit par Lucie Caillieret avec Tristan Baudenaille-Pessotto

À la mi-juillet, au milieu des vacances scolaires, l'Université de Picardie Jules-Verne à Amiens fait face à une polémique. Cinq de ses professeurs ont signé une tribune dans le magazine Le Point, qualifiée de "transphobe" par leurs collègues.

À l’Université Picardie Jules Verne (UPJV), l’été est marqué par une division entre les professeurs. Tout a commencé le 7 juillet, avec la publication d’une tribune dans le journal Le Point : "Changement de genre des mineurs : l’appel de personnalités aux médias."

Pour les 140 scientifiques et intellectuels signataires, des "pressions médiatiques sans nuance […] normalisent et banalisent l'idéologie qui prétend que l'on pourrait choisir son genre à tout âge, au nom de 'l'autodétermination'."

Dans cette tribune, ils expriment leur positionnement : "Nous nous opposons fermement à l'assertion selon laquelle les femmes et les hommes ne seraient que des constructions sociales ou des identités ressenties. On ne choisit pas son sexe et il n'y en a que deux. On naît fille ou garçon."

Au total, cinq professeurs* de l’UPJV ont signé ce texte. Une action qui n'a pas manqué de faire réagir leurs collègues qui qualifient cette tribune de "transphobe."

Une lettre ouverte pour s'opposer

Pour exprimer leur inquiétude, 28 membres de l’UPJV ont donc à leur tour publié une lettre ouverte.

"On n'a pas à défendre dans l'université des idéologies qui visent la stigmatisation, la pathologisation et la marginalisation de communautés minoritaires comme les personnes trans", estime Pauline Clochec, maîtresse de conférences en philosophie dans le département Sciences humaines et sociales.

"C'est pour faire ce rappel et dire que même s’il y a cinq collègues qui ont signé cette tribune du Point, même si c’est la faculté la plus représentée de France, ça n’est pas la position de l’université de Picardie et nous ne devons pas accepter ce genre de discours et de pratique discriminante."

Pauline Clochec appelle également la directrice de son département à s’expliquer sur la signature qu'elle a apporté à cette tribune.

Pas de réaction de la direction de l'université

Un signalement a été effectué auprès de la délégation à l’égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations de genre.

Pour l'heure, la direction de l'université ne s'est pas exprimée mais Lise Lerichomme, déléguée UPJV, a partagé sa position : "C’est une tribune qui a été signée par différents personnels de l’UPJV, à titre individuel et privé. Alors que l’établissement s’inscrit dans une logique qui est plutôt une logique nationale […] : informer, sensibiliser et soutenir le parcours des personnes LGBTQIA+ et des personnes trans en particulier."

Tout au long de l'année, plusieurs actions sont menées au sein de l'université avec par exemple Les Journées de la visibilité transgenre. Comme le recommande le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, l'UPJV permet également aux étudiants qui le souhaitent d'utiliser leur prénom d'usage.

Au vu de la situation, un nouveau temps d’échanges et de discussions doit être organisé à la rentrée.

*Quatre signataires de cette tribune ont été contactés, aucun n’a pour le moment donné suite à nos sollicitations.