"Ça lui a permis d'avoir une seconde chance" : placer les jeunes condamnés pour des délits en famille d'accueil, une alternative aux hébergements collectifs

Les mineurs ayant commis des infractions peuvent être placés dans des familles d'accueil, sur décision du juge. Une alternative au placement en centre d'hébergement collectif, qui permet à ces jeunes d'envisager leur réinsertion dans un cadre familial sécurisant.

Antoine* a 17 ans. Il a commis un délit, et le juge pour enfant a prononcé un placement pénal dans une famille d'accueil, dans la Somme. Il vit donc désormais chez Stéphane et son compagnon. Objectif : l'éloigner de l'environnement lié à son infraction, tout en lui offrant un cadre de vie familial, sécurisant. La justice a estimé que cette mesure convenait mieux à son tempérament qu'un placement dans un foyer collectif.

"Il fait partie du quotidien, de la famille"

Et pour Antoine, la mesure semble porter ses fruits. "Être dans une famille d'accueil, ça m'offre un confort que je n'aurais pas dans un foyer. Et dans cette famille, j'ai une vraie tranquillité, que ce soit pour réviser ou autre, et ça me permet d'avoir du lien avec des gens avec qui je peux être proche, assure-t-il. L'éloignement avec ma famille m'a vraiment permis de devenir autonome."

On peut avoir connaissance du délit, mais ça reste très vague. Si le jeune en a besoin, on est là pour l'écouter, mais on n'engage jamais la conversation.

Stéphane, famille d'accueil dans la Somme

Surtout, il n'a pas à se soucier, ici, de l'image que son passé renvoie. Avec sa famille d'accueil, il ne parle pas du délit qu'il a commis. "Je ne l'ai jamais vraiment évoqué avec eux, et eux ne m'ont jamais posé de questions. Ils sont vraiment restés à l'écart de tout ça." Pour Stéphane, la question de l'infraction commise n'est pas importante. "On peut avoir connaissance du délit, mais ça reste très vague. Si le jeune en a besoin, on est là pour l'écouter, mais on n'engage jamais la conversation, précise-t-il. On ne porte aucun jugement là-dessus, on l'accueille comme un jeune, tout simplement."

Pour Stéphane, cet accueil est un acte citoyen. "Ça lui a permis d'avoir une seconde chance. C'est vraiment une expérience à vivre, il ne faut pas avoir peur. Il fait partie du quotidien, de la famille, il participe, on fait des loisirs ensemble. Et on est derrière lui, on le suit au niveau scolaire", détaille-t-il. Et pour accompagner au mieux les jeunes qu'elle accueille, la famille bénéficie de l'aide et du soutien de la protection judiciaire et de la jeunesse (PJJ), qui est à leur disposition 24h/24.

Un suivi rigoureux de l'évolution du jeune

Pour Céline Vandange, directrice d'établissement de placement éducatif dans la Somme et l'Aisne, le placement en famille d'accueil peut être un bon levier d'insertion pour ces jeunes. "L'intérêt avant tout, c'est d'apporter au jeune accueilli un cadre familial, lui permettant de se sécuriser, de permettre son insertion citoyenne ou même professionnelle, et de lui apporter des repères beaucoup plus stables, explique-t-elle. Aussi, parce que parfois, dans son parcours judiciaire, c'est son espace de vie qui est criminogène."

Mais pour que la mesure soit efficace sur le long terme, la PJJ suit tout cela de très près. "C'est de l'adaptabilité constante, au fur et à mesure du parcours judiciaire du jeune, on fait un état des lieux de ce qu'il en est, de comment ce jeune se sent et comment il évolue."

Avec eux, j'ai cette envie de travailler, d'avancer, de faire toujours mieux.

Antoine, 17 ans, placé en famille d'accueil

C'est dans cette optique que l'éducatrice d'Antoine rend visite à la famille d'accueil une fois par semaine. Elle note les points d'amélioration et l'évolution de l'adolescent. Dernièrement, Antoine avait par exemple du mal à mettre de côté son téléphone pendant les repas ou en faisant ses devoirs. Mais il assure qu'il fait des efforts, et sa famille d'accueil confirme : "il a supprimé TikTok, ça aide !"

Elle note aussi qu'il participe aux tâches ménagères et gagne en autonomie. Une myriade de petits éléments qui, mis bout à bout, témoignent des bénéfices de ce placement pour Antoine. "La famille m'apporte beaucoup de choses. De nouvelles expériences, des choses que je n'aurais jamais pu faire avec ma famille, confie-t-il. Elle m'apporte une motivation quotidienne. Avec eux, j'ai cette envie de travailler, d'avancer, de faire toujours mieux", confie-t-il.

Seulement neuf familles d'accueil en Picardie

Il existe 500 familles d'accueil de ce type dans toute la France, mais seulement neuf en Picardie. La protection judiciaire de la jeunesse recherche donc de nouvelles familles volontaires. Aucune formation n'est requise, mais l'institution précise qu'il faut "faire preuve de qualités relationnelles, avoir le sens des responsabilités, de l'écoute, de la patience".

Le dispositif change en fonction des familles et du profil des jeunes : le placement peut durer de trois mois à un an, et peut concerner seulement les week-ends par exemple. En revanche, trois règles sont à respecter impérativement : il faut avoir un casier judiciaire vierge, que tous les membres de la famille soient d'accord et que le jeune dispose d'une chambre privée. Les familles d'accueil touchent une indemnité de 45 € par jour, afin de couvrir les frais d'hébergement et de nourriture. Les autres frais sont pris en charge par la PJJ.

En 2023, 665 jeunes ont fait l'objet d'un placement en famille d'accueil dans toute la France.

*Le prénom a été modifié

Avec Sophie Picard / FTV

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