Des traces de coronavirus dans les eaux usées : les collectivités des Hauts-de-France s'organisent

Avec l’épidémie de Covid 19, l’épandage des boues d’épuration liquides est suspendu. Les collectivités doivent trouver un moyen de traiter ces matières fécales potentiellement infectées. Dans les Hauts-de France, c’est un coup dur pour les collectivités.

Station d'épuration à Boissy-Fresnoy, Oise
Station d'épuration à Boissy-Fresnoy, Oise © Nagib Ben Ghezala/ France Télévisions
Dans un avis, daté du 27 mars, l’ANSES, l’Agence nationale de sécurité Sanitaire de l’alimentation,  de l’environnement et du travail, recommande de suspendre l’épandage des boues d’épuration produites pendant la période épidémique du Covid 19 dans les champs. Elle mentionne "une présence possible d’agent du virus Covid 19 dans les selles des sujets infectés, qui pourrait ainsi rejoindre les réseaux d’assainissement des eaux usées." Quelques jours plus tard, les collectivités ont reçu une circulaire ministérielle interdisant l’épandage des boues non hygiénisées dans les champs. Dans les Hauts-de France, de nombreuses communes ne sont pas équipés de matériel pour traiter les boues. Certains maires ont dû trouver rapidement une solution avant la vidange des cuves, prévue cet été.

Des traitements coûteux 

"J’ai fait réaliser plusieurs devis à des entreprises d’assainissement. Une société me propose de déshydrater les boues avec une centrifugeuse sur place et de les transporter ensuite vers un centre de stockage. Cela coûterait 25.000 euros à la commune. Un prix trop important pour notre commune de 1500 habitants", explique Joël Suin, maire de Trois-rivières, dans la Somme.

Cela coûterait 25.000 euros à la commune. Un prix trop important pour notre commune de 1500 habitants 

Joël Suin, maire de Trois-Rivières


Une boue est dite « hygiénisée » lorsqu’elle a subi un traitement thermique ou à base de chaux. Mais certaines stations d’épuration, les plus petites, ne disposent pas de ce procédé. Pour respecter la circulaire gouvernementale, collectivités et mairie doivent investir. "Notre programme aux municipales était de baisser les taxes notamment. Ces nouvelles dépenses tombent très mal. Mais, l’Agence de l’eau va nous aider et cela évitera de répercuter ces nouveaux travaux auprès des habitants de la commune", ajoute Joël Suin.

Une aide exceptionnelle

Le maire, gestionnaire de la station d’épuration, doit faire évacuer 400 m3 de boues provenant des eaux usées de sa commune. Soit, un an de stockage. L’Agence de l’eau du bassin Artois-Picardie, devrait lui verser une aide de 16 000 euros. "De quoi passer cette année, mais nous devons réfléchir  à d’autres solutions pour l’année prochaine", s’inquiète le maire de Trois-rivières.
L’Agence de l’eau Artois Picardie, qui gère les 560 stations d’épuration des départements de la Somme, une partie de l’Oise, le Nord et le Pas-de Calais, a voté une aide exceptionnelle de 4 millions d’euros pour aider les collectivités dans la gestion des boues non traitées, dites liquides. Parmi ces stations, 110 ne bénéficient pas de traitements ad-hoc, recommandés par l’ANSES.
"Ce sont de petites structures qui pratiquent la décantation des boues liquides et qu’il faut désormais mettre aux normes d’hygiénisation.  Il existe plusieurs solutions. Le moins couteux serait de transporter les matières dans de grands centres de traitements ou de traiter par chaulage. Mais ce n’est pas possible dans toutes les stations. Et il faut compter aussi le coût du contrôle pour être sûr de pouvoir épandre après traitement et stockage", décrit Cécile Gallian, ingénieure expert, spécialisé en agriculture à l’Agence de l’eau Artois-Picardie.

Vers une possible pénurie de fertilisant naturel 

L’épandage est une pratique répandue en France. Dans les Hauts-de-France, 94% des boues contenues dans les cuves des stations d’épuration se retrouvent dans les champs. Une filière recommandée, ces dernières années, par les Agences de l’eau, pour la valorisation de l’agriculture. En effet, ces boues représentent un fertilisant recyclé pour les sols qui évitent aux agriculteurs d’avoir recours aux produits phytosanitaires.
A Boissy-Fresnoy, des boues sont déshydratées sont épandues dans un champs.
A Boissy-Fresnoy, des boues sont déshydratées sont épandues dans un champs. © Nagib Ben Ghezala/France Télévisions

Dans certains départements français, la pénurie de ces boues d’épandage est à craindre, si la situation perdure. Mais dans les Hauts-de-France, région rurale, le monde agricole ne devrait pas subir trop de pertes. "Dans la Somme, les boues des stations d’épuration urbaines ne représentent que 1% des surfaces agricoles utiles. Nous avons de petits gisements de boues du fait de la faible densité de population. Ces boues ne devraient pas manquer à nos agriculteurs", explique Christelle Dehaine, responsable du service d’assistance technique et de gestion des épandages à la chambre d’agriculture de la Somme.

Les connaissances sur la persistance du coronavirus sont aujourd’hui insuffisantes.

Agence nationale de sécurité sanitaire


Les données actuelles de l'Anses ne permettent pas de définir le niveau de contamination des boues par le Covid 19. Dans un avis, daté du 2 avril, l'agence précise : "Les connaissances sur la persistance et l’évolution dans le temps du pouvoir infectieux des coronavirus sont aujourd’hui insuffisantes pour définir une période de stockage au-delà de laquelle le virus pourrait être inactivé". Des travaux scientifiques sont en cours et pourraient faire évoluer la décision gouvernementale sur l'interdiction d'épandage.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
coronavirus santé société agriculture économie
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter