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Un quotidien allemand s'en prend aux commentaires anti-réfugiés ou migrants sur Facebook

Le quotidien le plus lu d'Allemagne, Bild, a publié mardi sur un double page, pour les dénoncer, une sélection des messages haineux et antiétrangers qui se répandent sur l'internet face à l'afflux de réfugiés dans le pays.
La "une" de Bild ce mardi.
La "une" de Bild ce mardi.
"Une vague de haine et de hargne contre les réfugiés inonde l'internet ! La plupart écrivent leurs commentaires racistes sur Facebook. Ça suffit",  explique le tabloïd allemand, qui fait le lien entre ces commentaires et la multiplication de violences, après qu'une candidate à la mairie de Cologne chargée de l'accueil des réfugiés a été attaquée au couteau au cours du week-end dernier par un homme revendiquant un acte xénophobe.

Unsere Titelseite heute: Ganz offen und mit vollem Namen wird in sozialen Netzwerken zu Gewalt aufgerufen und gehetzt....

Posté par Bild sur lundi 19 octobre 2015


"Cassez-vous d'Allemagne !"

"Nous clouons les agigateurs au pilori, monsieur le procureur, chargez-vous en !", écrit Bild en appelant la justice à poursuivre les auteurs des messages haineux. Il reproduit sur la double page une série de commentaires racistes publiés sur le réseau social Facebook, accompagnés du nom de leurs auteurs. "Cassez-vous d'Allemagne", "D'ici à 2020, tous les Allemands seront à la rue et les réfugiés bien installés dans des logements en ricanant dans
leur coin
", peut-on lire parmi les commentaires les plus modérés publiés par le quotidien.

Que fait Facebook ?

Facebook est régulièrement accusé en Allemagne de ne pas suffisamment sévir contre les commentaires vindicatifs de ses utilisateurs, dont le nombre augmente alors que des centaines de milliers de candidats à l'asile arrivent en Allemagne. Le parquet de Hambourg (nord) a indiqué lundi enquêter à la suite d'une plainte pour incitation à la haine déposée contre trois dirigeants du réseau social Facebook. Et le ministre allemand de la Justice, Heiko Maas, a demandé fin août à Facebook de mieux appliquer sa charte communautaire, censée garantir la suppression des messages racistes.
Et dans le Nord Pas-de-Calais ?
La prise de position de Bild fait évidemment écho à ce qui se passe également dans les médias du Nord Pas-de-Calais, qui traitent l'actualité autour des 6000 migrants de la jungle. Récemment, le Courrier Picard a décidé de ne plus publier d'information concernant les migrants sur sa page Facebook : "Parce que les réseaux sociaux sont accessibles à tous, on pourrait y dire n’importe quoi ? Non, écrivait le journal en septembre dernier. Pas même au nom de la liberté d’expression. Les agressions, les appels au meurtre, les insultes, sont quasi quotidiennes sur la page de notre journal et nous invitent parfois à supprimer certaines publications. Des internautes y voient de la censure, nous pensons responsabilité."

La Voix du Nord ne publie pratiquement jamais sur sa page Facebook d'articles liés aux migrants. Une position compréhensible au vu des dérapages constatés quotidiennement de la part d'internautes qui ne respectent rien pas même la mort de personnes, qui sont ouvertement racistes ou appellent à la haine, à la violence.

A France 3 Nord Pas-de-Calais, nous avons décidé de continuer à les publier. En modérant constamment, en bannissant définitivement de la page tous ceux qui dépassent les limites légales, en dialoguant quand c'est possible... Le débat est souvent difficile, voire impossible mais faut-il céder à ceux qui, derrière leur clavier, ne respectent plus rien, se croient au-dessus des lois et sont parfois fiers de se montrer inhumains. Le simple fait de rappeller la loi nous classe selon ces personnes parmi ce qu'ils appellent "les pro-migrants". Nous faisons notre travail, ne nions pas les problèmes : les difficultés vécues par les Calaisiens, les conditions de vie difficiles des migrants, les risques qu'ils prennent, les conséquences économiques pour la ville, l'impuissance et les actions des pouvoirs publics, l'inquiétude des associations...

Le déferlement de commentaires haineux ne s'arrête jamais mais nous ne pouvons choisir de ne publier que ce qui ne fait pas débat. Alors faut-il, pour retrouver un peu de sérénité, en arriver à dénoncer auprès de la justice les commentaires racistes ou xénophobes comme souhaite le faire Bild ? 
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