Après sa montée en puissance, le vrac en souffrance à cause du Covid ?

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La vente en vrac a connu une croissance impressionnante ces 3 dernières années, mais la crise sanitaire est un coup dur pour le secteur. Des clients frileux à cause de l’épidémie, des entreprises trop jeunes pour affronter la crise : les prochains mois seront décisifs pour le marché.

Le vrac part-il en vrille ? Après une explosion du marché ces dernières années, la vente en vrac connait une perte de vitesse assez brutale. Selon Célia Rennesson, directrice générale de l’association de professionnels Réseau Vrac, 40% des commerçants vrac pensent devoir fermer dans les six prochains mois si rien n’est fait. " Certains adhérents nous envoient des messages qui fendent le cœur. Ils nous disent ne pas avoir les sous pour tenir."

Sept fermetures d'épiceries vrac en une semaine

Certains ont déjà baissé le rideau. En 2021, ils étaient une trentaine. Et cela empire : la semaine dernière, le réseau a recensé 7 fermetures. On en avait compté une dizaine en 2019, autant en 2020. Concernant la Normandie, on comptabilise 58 commerces vrac en activité à ce jour, selon Réseau Vrac. Trois fermetures ont été constatées en 2021.

Première explication : le COVID-19, évidemment. " Je pense que les clients avaient peur de toucher aux pelles et aux bacs de vrac" explique Jérémy Tissait, gérant du Biocoop de Bois-Guillaume, près de Rouen (Seine-Maritime). Résultat, le rayon vrac de son magasin a connu une baisse de fréquentation de 13% au premier trimestre 2021, autant au trimestre suivant. " Actuellement, ça repart petit à petit". Mais difficilement. Car selon Célia Rennesson, au-delà de la peur du virus, " il y a eu des habitudes et comportements pris pendant la crise qui ne se sont pas perdus", comme la livraison de courses et de repas.

Pour le réseau Day by Day, spécialiste du vrac, " la situation des 6 derniers mois correspond à une panne temporaire qui concerne toute la consommation responsable (vrac, bio, local), et au-delà l’alimentation 'à cuisiner' ".

80% des magasins ont moins de 2 ans. Ils sont jeunes. Ils n’ont pas la trésorerie pour résister à la crise.

Célia Rennesson, directrice de Réseau Vrac

Une consommation qui avait pourtant le vent en poupe. Sur environ 900 magasins, 166 épiceries 100% vrac ont ouvert en 2020, 340 en 2021. Une croissance déconcertante, qui est aujourd’hui la faiblesse du secteur : " 80% des magasins ont moins de 2 ans, analyse Célia Rannesson , donc ils sont jeunes. Ils n’ont pas la trésorerie pour résister à la crise. Ils n’ont pas eu droit au Prêt Garanti par l’Etat".

Stéphanie Hervy, co-gérante des " Emballés du vrac", à Barentin (Seine-Maritime), assure rester positive. " Mais effectivement, ça stresse, on est pas hyper sereine". Avec son associée, Amelie Gest, Stéphanie a lancé en juillet 2021 un tout nouveau concept : du vrac en drive. Des produits locaux, à 95% bio, qu’on commande depuis la maison et qu’on vient chercher au magasin. Une fois les bocaux vides, il suffit de les rapporter. L’idée est vertueuse, dans l’air du temps. Mais pour l’heure, c’est difficile. " On est à 1/3 de nos objectifs. Il manque encore pas mal de clients, qui permettraient de continuer l’aventure".

Il s’agira de résister, de temporiser, car le vrac plait bel et bien. Et notamment dans notre région. Selon une étude menée par l’institut Nielsen, 46% des normands achètent occasionnellement en Vrac. 27% consomment régulièrement de cette manière. " O n est dans le bon timing, explique Célia Rennesson , on voit l’urgence climatique, et le vrac vient apporter une des réponses à ces questions-là. Le vrac c’est le choix de la quantité, donc il n’y a pas de surconsommation. Le vrac, c’est venir avec ses contenants, donc produire moins de déchets, notamment des déchets plastique."

Alors que faire ? La cofondatrice du Réseau Vrac demande deux choses : des aides directes, d’une part, pour soutenir le secteur, " colmater la brèche". D’autre part, il faut communiquer, selon elle. "O n a pas des millions d’euros comme Deliveroo ou d’autres grosses entreprises pour des campagnes de communication massives, mais il faut raviver cette flamme du vrac qui s’est éteinte".