Invasion d'un cinéma et du stade nautique : un samedi sous tension à Caen avec les anti-pass sanitaire

Le mouvement contre le pass sanitaire a réuni ce samedi 11 septembre un millier de manifestants dans les rues de Caen. Une mobilisation en baisse pour ce neuvième samedi mais des incidents plus nombreux.
La manifestation des opposants au pass sanitaires dans les rues de Caen le samedi 11 septembre
La manifestation des opposants au pass sanitaires dans les rues de Caen le samedi 11 septembre

"Pour une fois que je retournais au cinéma, j'ai été gâtée." Catherine n'était pas retournée se faire une toile depuis le début de la crise sanitaire. Les retrouvailles avec le septième art ce samedi 11 septembre ont été quelque peu mouvementées. Le film a démarré depuis un quart d'heure quand toutes les alarmes du Pathé des Rives de l'Orne retentissent. "Un message préenregistré nous a demandé d'évacuer les salles le plus rapidement possible en raison d'un incident technique. Ce qu'on s'est empressé de faire dans le calme." Pas de mouvement de panique mais une certaine confusion. "Dans les escaliers, il y avait des gens qui descendaient et d'autres qui remontaient en disant : non non, faut remonter dans les salles.

Catherine et ses voisins de salle finissent par regagner leurs places. "Une charmante dame du personnel est venue nous annoncer qu'il ne s'agissait pas d'un incident technique mais d'une manifestation contre le pass sanitaire qui avait envahi le hall du cinéma." Pour assurer la sécurité des spectateurs, la direction du cinéma leur demande de rester dans la salle. La projection ne reprendra qu'une "bonne demie-heure" plus tard. "On regardait sur nos téléphones pour suivre en direct les événements.

Au rez-de chaussée, l'ambiance est beaucoup plus tendue. Tout a commencé "à 17 h 04", se souvient précisément José Luis-Vinha, le directeur du cinéma Pathé de Caen. "En fin de manifestation contre le pass sanitaire, 150 à 200 personnes ont forcé l'entrée, ont déclenché l'évacuation du cinéma et ont un peu bousculé le personnel." Près de 48 heures après l'incident, le responsable du site évoque "des blessures a priori légères" chez trois membres du personnel et "quelques dégradations matérielles".

La boule au ventre samedi prochain ?

Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, le cinéma Pathé des Rives de l'Orne a vu passer devant ses portes à plusieurs reprises des manifestants. "On avait des manifestations très régulières mais on n'avait jamais eu d'intrusion. Ça c'est joué en quelques secondes", raconte José Luis-Vinha, "Mais une fois que vous avez trois-quatre personnes qui rentrent, ils ouvrent le reste des portes. Voilà. L'intrusion en elle-même n'a pas duré très très longtemps Nous avons réussi à la contenir plutôt bien mais derrière il a fallu gérer les spectateurs qui étaient en salle."

L'incident est clos quand Greg, un fidèle des salles de cinéma caennaises arrive aux Rives de l'Orne, pour assister à l'avant-première du dernier film de Xavier Beauvois. "Il y avait un monde pas possible, je me suis dit : super, le ciné est reparti pleine balle !". Une fois dans le hall d'entrée, le cinéphile se rend compte que l'heure n'est pas du tout à la fête. "Toute l'équipe était en plein désarroi. Tu voyais le directeur courir partout." L'équipe, encore sous choc, doit gérer des spectateurs impatients face aux séances retardées et ignorant tout de l'incident survenu une demie-heure plus tôt. "Ils ont super bien géré la situation mais j'ai bien vu que les employés avaient la boule au ventre, j'espère que ça va vite se décanter."

Le directeur du cinéma ne veut ni minimiser l'évenement ni en rajouter. "Ça reste quelque chose qui est extrêmement désagréable", reconnaît José Luis-Vinha qui indique que le protocole des cinémas Pathé-Gaumont prévoit une "cellule psychologique pour ceux qui en ressentent le besoin" ainsi qu'un suivi médical des salariés. Le cinéma caennais a "bien sûr" porté plainte, indique son directeur qui n'entend pas céder à la panique. "Est-ce- qu'on a peur ? Non, c'est la première fois qu'on a un événement comme ça dans le cinéma. On va redoubler de vigilance. Ça s'est joué à la seconde. Quelques secondes plus tard, le cinéma aurait été hermétiquement fermé et je ne pense pas qu'ils auraient cassé les portes pour rentrer dans le cinéma." Et d'annoncer un "probable renforcement de la sécurité samedi prochain."

Un Xavier Beauvois particulièrement remonté

Finalement, le plus remonté contre cette invasion c'est peut-être le réalisateur Xavier Beauvois venu présenter le soir-même son dernier film, Albatros, en avant-première. Le metteur en scène, césarisé à plusieurs repises et lauréat du Grand prix du jury à Caen pour "Des hommes et des dieux", s'est violemment emporté sur les réseaux sociaux contre les opposants au pass sanitaire, utilisant à leur endroit un langage pour le moins fleuri.

Un peu plus tard dans la soirée, toujours sur twitter, le réalisateur s'est dit "plus triste qu’énervé" tout en dénonçant "la connerie, l’égoïsme, la mise au chômage, la mise en danger des autres, le mépris total des magnifiques personnels soignant". Peut-être plus philosophe, le directeur du cinéma, lui, voit une certaine ironie dans le déroulement de cette soirée. "Ce qui est dommage c'est qu'on a accueilli une avant-première avec Xavier Beauvois et quelques acteurs gendarmes. Si ils avaient été là plus tôt, peut-être que ça ne serait pas arrivé", commente, non sans une pointe d'amusement, José Luis-Vinha.

Ce samedi 11 septembre, la manifestation contre le pass sanitaire a rassemblé près d'un millier de personnes dans les rues de Caen, bien loin des plus de 2500 manifestants recensés huit semaines plus tôt. Une mobilisation moindre, donc, mais plus virulente car émaillée de plusieurs incidents. Outre l'invasion du cinéma Pathé des Rives de l'Orne, les manifestants ont également pénétré dans le stade nautique Eugène Maes. 

"On était en train de nager quand on a vu débouler les maîtres nageurs affolés qui nous ont crié : sortez tous de l'eau !", raconte un usager de la piscine, présent samedi dernier. Le grand bassin intérieur a ainsi été vidé de ses nageurs.  Selon la communauté d'agglomération de Caen-la-Mer, une centaine de personnes a tenté de pénétrer dans le stade nautique, aux environs de 16 heures. Ils ont réussi à envahir le hall d'accueil. Un agent a été "légèrement blessé au pied" en tentant de faire osbtruction quand ils ont forcé le passage réservé aux personnes à mobilité réduite. A l'exception d' "un jeune agressif et alcoolisé", l'intrusion s'est déroulée dans le calme et a duré une vingtaine de minutes. 

Autre lieu dont l'accès est conditionné au pass sanitaire, la gare de Caen a elle aussi reçu une visite des manifestants qui ont défilé sur les quais et les voies. Enfin, comme chaque samedi, le cortège a bruyamment exprimé son mécontentenement devant les locaux de France 3 Normandie, des locaux qui, une nouvelle fois, ont fait l'objet de dégradations. La direction dénonce "ces faits dont la répétition est source de stress pour nos équipes" et indique avoir porté plainte. 

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