Le prêtre Mansour Labaky sera jugé pour viols et agressions sexuelles sur mineurs par la cour criminelle du Calvados

L'accusé sera jugé par défaut le 8 novembre : Mansour Labaky a trouvé refuge au Liban. Entre 1991 et 1998, ce prêtre maronite libanais a dirigé un orphelinat à Douvres-la-Délivrande. Il est poursuivi pour quatre viols sur mineurs et trois agressions sexuelles.

Il aura fallu dix ans pour que la procédure aille à son terme. Cette personnalité charismatique a été pour la première fois mise en cause en 2011. Le père Labaky était alors un homme admiré au Liban, dans son pays d'origine. Il était également très respecté en France pour son dévouement : ce prêtre maronite avait créé un orphelinat dans le Calvados au sortir de la guerre civile qui avait éclatée au pays du cèdre. En 1998, l'académicienne Jacqueline de Romilly disait toute son admiration dans un reportage de France 3 Normandie : "quand il est avec les enfants, quand il parle d'eux, je sens une générosité affective et de l'amour, c'est le mot qu'il faut employer".

"Ce dossier est bouleversant à cause de la solitude des victimes, à cause de leur difficulté à révéler les faits, expliquait Me Solange Doumic en 2016 quand la justice a délivré un mandat d'arrêt international. L'avocate qui défendra trois des parties civiles soulignait "l'aura de Mansour Labaky qui a réussi à séduire un nombre d'intellectuels et de politiques et des gens influents. Il émouvait tout le monde pour tout le bien qu'il était sensé faire auprès des oprhelins. Pendant ce temps-là, il violait et il martyrisait moralement des enfants".

En 2013, Mansour Labaky a été condamné par l'Église pour abus sexuels sur mineurs. "La condamnation du Vatican a été prise dans des conditions cavalières. Mgr Labaky a été victime d'une manipulation où se sont mêlés chantage et faux témoignages" plaidait sont avocat dans un entretien accordé au Point en 2016.

 

Je n'ai jamais pensé qu'il se déplacerait. Il est bien trop manipulateur pour se confronter aux victimes. Et au Liban, il ne risque rien.

Me Solange Doumic, avocate des parties civiles

Le père Labaky vit aujourd'hui au Liban. Son pays n'a pas signé de convention d'extradition avec la France. Il n'a d'ailleurs jamais répondu aux convocations des magistrats français, parce qu'il est "est gravement malade", et que "sa condition physique ne lui permet pas de se déplacer jusqu'en France" insistait encore son avocat. Le mandat d'arrêt international lancé par un juge d'instruction de Caen est resté sans effet.

C'est donc "par défaut criminel" qu'il sera jugé le 8 novembre au palais de justice de Caen. Trois jeunes femmes seront assises sur le banc réservé aux parties civiles. D'autres anciennes "protégées" du prêtre avaient aussi saisi la justice, mais les faits qu'elles dénonçaient sont prescrits. "Je n'ai jamais pensé qu'il se déplacerait. Il est bien trop manipulateur pour se confronter aux victimes. Et au Liban, il ne risque rien", dit aujourd'hui Me Doumic. Devant la cour criminelle du Calvados, l'ancien responsable de l'orphelinat de Douvres-la-Délivrande risque vingt ans de réclusion criminelle.

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