Pénurie d’animateurs, des colonies de vacances annulées

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Les vacances d’été arrivent avec son lot d’interrogations, plutôt inhabituel : les centres de loisirs et les colos vont-elles pouvoir accueillir les enfants ? Si certaines ont recruté leurs équipes d'animation, d'autres ont déjà dû annuler l’été faute de recrues pour encadrer les activités. En cause : le manque cruel de candidats formés au Bafa. Et ce n’est pas lié à une crise de vocation.

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On nous promet un été chaud et sec mais juillet et août ne s’annoncent pas sous des cieux sereins, du moins pour les directeurs de certains centres de loisirs ou de colonies de vacances. Les enfants sont déjà inscrits, mais pour s’occuper d’eux, il manque parfois un, voire plusieurs animateurs ou directeurs de structure.

Maeva Chopin est secrétaire d’une association Horizon Jeunesse qui accueille à Caen dans le quartier de la Guérinière, 80 jeunes de 2 à 12 ans. « Aujourd’hui, on espère toujours recruter un animateur pour deux mois, afin d’assurer une stabilité aux enfants. On reçoit beaucoup de candidatures de gens non diplômés mais nous avons l’obligation d’avoir la moitié de nos animateurs titulaires du Bafa. Or, il faut payer 1000 euros pour passer le brevet ! Ca bloque forcément, les gens ont moins de moyens », analyse –t-elle.

Des salaires trop faibles pour attirer les recrues

Maeva Chopin a été elle-même animatrice il y a une dizaine d’années. «C’est un job qui nécessite un gros engagement, les journées sont longues mais en face, le salaire n’est pas là : un animateur Bafa touche 40 euros bruts par jour. Certains candidats venus de Paris ont refusé le poste à cause du salaire », constate-t-elle. Pour compenser, une prime de 20 euros est versée quand les animateurs travaillent pour assurer les horaires de garderie.

Ces 40 euros bruts, on les retrouve en moyenne quand un jeune animateur signe un contrat d’engagement éducatif. « Ca peut être un peu plus ou un peu moins, ça représente 1000 euros environ par mois pour des journées qui commencent à 7H30 et se terminent en général à 18h30. C’est peu. Cette année a été la plus compliquée en terme de recrutement », note Aline Plessis, directrice d’un centre de loisirs à Louvigny, près de Caen. Elle aussi a rencontré des difficultés à constituer ses équipes, en raison du manque d’animateurs pourvus de ce papier si convoité qu’est le Bafa.

 

La faute au Covid-19 ?

La crise sanitaire serait en bonne partie derrière cet étiage de diplômés. A la CEMEA de Normandie, un organisme est chargé d’organiser les trois sessions de formation au Bafa, l’explication est mécanique : il faut du temps pour former les futurs titulaires du Bafa. Ce brevet s’obtient après trois sessions différentes. Une première d’une semaine où les animateurs sont sensibilisés à la sécurité ou aux animations. S’ensuivent deux semaines de stage pratique, complété par 6 jours d’approfondissement. La crise sanitaire et les confinements ont bloqué presque deux années de formations, d’où un creux de la vague que doivent affronter les directeurs de structures en 2022.

Crise de vocation chez les animateurs ?

Cent jeunes vont être formés cet été au brevet d’aptitude au centre de la ligue de l'enseignement de Caen. L'équipe se prépare à les accueillir pour leur premier cycle de Bafa. "Toutes les places en formation sont prises, on pourrait donc penser que l'on n’a pas affaire à une crise des vocations", estime Guillaume Maçon-Blin, responsable du service colonie de vacances à la ligue de l’enseignement. "Mais on s'interroge néanmoins : il nous manque encore 10% des effectifs d'encadrement, ça représente 50 animateurs. J'ai dû annuler aujourd'hui un séjour de colonie qui affichait complet. C'est du jamais vu. Est-ce conjoncturel? Est-ce lié au salaire? Augmenter les salaires se répercuterait sur le prix payé par les familles, or, nous avons à assurer une vocation sociale." 

Au passage, Guillaume Maçon-Blin souligne que "c'est douloureux de devoir annuler parce que pour ces jeunes là, c'était peut-être leur seul départ sur toute la période estivale."

Le métier d’animateur attire encore, certes, pas pour l'argent. Maëva Chopin de l’association Horizon jeunesse note que « toutes les personnes que l’on a recrutées cette année sont étudiantes et viennent chercher une seule chose : de l’expérience à ajouter à leur CV. A défaut de venir gagner de l’argent – elles seraient mieux payées en usine, avec moins de contraintes – elles enrichissent leur CV. »