Pénurie de logements : Granville veut empêcher le tout Airbnb

La ville portuaire de Granville, très prisée des touristes, s'apprête à appliquer des mesures de contrôle des meublés de tourisme. L'idée est de limiter le nombre de locations destinées aux vacanciers. D'autres communes se sont déjà lancées, mais les mesures d'encadrement sont-elles efficaces ?

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Granville a intégré la liste des « zones tendues » en terme d’immobilier l’été dernier. C’est un peu la rançon du succès touristique de cette ville de bord de mer, qui attire de nombreux visiteurs chaque année.

À partir du 1er mai 2024, une autorisation sera nécessaire pour louer un meublé touristique

Plus de 85 000 visiteurs ont poussé les portes des musées de la ville en 2023. Cela donne une petite idée de la séduction exercée par le pays granvillais pendant toute l'année.

Résultats concrets pour la population locale : des difficultés à se loger par manque d’hébergements disponibles sur du long terme. Même les travailleurs saisonniers pourtant indispensables à l’économie touristique ne s’y retrouvent pas.

L'immobilier c'est en train de devenir le sujet majeur à Granville. On a vu les prix s'envoler et les actifs et les jeunes s'installer loin de la ville."

Nils Hédouin, 1er adjoint au maire de Granville

Un numéro d'enregistrement pour sésame

Les meublés touristiques représentent une manne considérable pour leurs propriétaires mais la ville a décidé de les encadrer. Il faudra désormais avoir demandé à la mairie un numéro d’enregistrement afin de pouvoir louer un appartement ou une maison de vacances. Sans ce sésame (gratuit), il est en théorie impossible de publier une annonce sur des plateformes de type Airbnb, Le Boncoin ou Abritel.

La municipalité cherche ainsi à contrôler le nombre de logements qui deviennent des résidences destinées aux touristes. Le site internet précise que "l’autorisation sera donnée pour une durée de trois ans et limitée à un logement situé à Granville par demandeur. Les démarches nécessaires à cette autorisation préalable se font en ligne sur www.déclaloc.fr ».

"Le droit d'avoir un logement, c'est plus important que celui d'en avoir plusieurs et de les louer à des touristes, même si je ne jette pas la pierre aux propriétaires. Il ne faut pas que les locations de courte durée étouffent la ville", précise Nils Hédouin, premier adjoint au maire de Granville.

Retour sur des mesures similaires adoptées à Honfleur

Réglementer afin d’éviter que la ville ne soit victime de son succès touristique. L’idée existe déjà et elle est appliquée depuis juillet 2022 à Honfleur. Le phénomène y est encore plus marqué. Plus de 5 millions de visiteurs se pressent à l'assaut de ce port de carte postale entre mars et novembre. Mais seulement 27 000 personnes vivent à l'année dans l'agglomération. 

Ce différentiel pose des questions de gestion des ordures, de dimensionnement des réseaux, de flux de circulation, en plus de celui lié à la hausse des prix immobiliers – la loi de l’offre et de la demande s’appliquant à plein.

En février 2023 Christophe Buisson, vice-président de la communauté de communes de Honfleur en charge du tourisme, pouvait déjà constater "certains mouvements inverses : des gens qui avaient une activité de meublés saisonniers ont préféré affecter leurs biens à des locations à l’année. On a vu une deuxième chose aussi : c’est qu’indépendamment de l’environnement immobilier et de l’évolution des prix, on a vu sur Honfleur une inflexion des prix et dans les agences immobilières, plus de locations à l’année." 

Une contrainte forte dans la bourgade honfleuraise

Mais ce numéro d'enregistrement obligatoire pour s'inscrire sur les plateformes de mise en location est-il suffisant ? Honfleur impose en plus un système de compensation : en somme pour louer un hébergement en meublé, on peut aussi justifier de "la création d'un logement compensatoire, de même surface et dans le même secteur que mon logement de tourisme." Cela induit "la transformation d'un local en habitation locative à l'année."

Dans le cas plusieurs résidences secondaires sont déclarées, il faut fournir une compensation pour chaque location meublée de tourisme. Une contrainte qui vise à limiter le nombre de logements destinés aux touristes par propriétaire. Une manière surtout de décourager les propriétaires de plusieurs biens de type Airbnb.

Il est certain qu'un vrai coup de frein sur les mises en location de biens destinés au tourisme a été enregistré

Aziz Achouri, directeur général des services-Honfleur

"Comme le retour sur investissement n'est plus garanti pour les loueurs de meublés de tourisme, on a pu constater une tendance au ralentissement. L'encadrement a refroidi quelques velléités d'investissement" se félicite Aziz Achouri.

Le directeur général des services de la ville de Honfleur estime que c'est aussi aux communes de mener des actions de préemption sur certains immeubles ou projets pour libérer de l'espace en faveur de locations longue durée. "Mais il faut aussi développer des moyens de contrôle pour s'assurer que les obligations de déclaration soient correctement respectées : il y a encore moyen de contourner le numéro d'enregistrement sur les plateformes de mise en location de meublés de tourisme", note-t-il

Sur la côte Fleurie, les investissements financiers vers le locatif de courte durée ralentissent

Du côté de Deauville, le numéro d'enregistrement a été mis en place depuis juin 2021. Cabourg et Houlgate l'appliquent aussi. Pour Olivier Paz, président de l'office de tourisme de Normandie Cabourg Pays d'Auge, "on constate un ralentissement des acquisitions de biens destinés au locatif de courte durée. Par ailleurs, le numéro d'enregistrement est une vraie richesse puisqu'il permet d'avoir des données précises sur la fréquentation du territoire. Mais il n'a pas d'effet direct pour l'instant sur la remise en circulation de locations en longue durée".

La seule arme dont il faut jouer avec prudence pour limiter les locations de courte durée, c'est la fiscalité

Olivier Paz, président de l'office de tourisme de Normandie Cabourg Pays d'Auge

Quel que soit le territoire concerné, les municipalités doivent jouer aux équilibristes : permettre à leurs habitants de se loger, en préservant la manne économique qu'est le tourisme.