Rallyes, rassemblements auto-motos : les évènements motorisés ont-ils encore un avenir en Normandie ?

Après la polémique des courses de voitures anciennes sur la plage de Ouistreham, Villers-sur-Mer vient de voter contre la tenue du Rallye de la Côte Fleurie sur son territoire, pourtant organisé depuis 50 ans. Le combat écolo aura-t-il la peau des évènements motorisés en Normandie ?

Les rallyes et la flore n'ont jamais vraiment su cohabiter.
Les rallyes et la flore n'ont jamais vraiment su cohabiter. © JULIEN BELIN - Maxppp

Les évènements motorisés ont de tout temps généré des clivages. Blocage de routes, nuisances sonores, dangerosité, pollution... Les griefs de leurs détracteurs sont aussi variés que nombreux et légitimes. A l'opposé, les fans du pilotage et des moteurs vrombissants défendent leur liberté à jouir de passion mécanique, tout aussi compréhensible. 

Disons-le d'emblée, ce n'est pas un conflit entre bons et méchants, c'est une bataille de convictions. Entre épicuriens et écologistes. Entre ceux qui prônent le plaisir immédiat et la douce nostalgie, et ceux qui placent l'avenir et la Nature avant le reste. Les deux visions du monde s'opposent partout sur la planète, et peu à peu, la raison environnementale s'enracine dans les têtes, parfois dans les faits. La Normandie n'y échappe pas. 

On ne peut pas centrer notre politique de développement de la ville sur notre patrimoine naturel exceptionnel et en même temps accepter d'accueillir des évènements qui vont à son encontre. Notre décisison n'acte pas la mort du rallye de la Côte Fleurie. Il perdurera mais va simplement traverser d'autres villes que la nôtre. 

Thierry Granturco, maire de Villers-sur-Mer

Après 50 ans à emprunter une portion de route de Villers-sur-Mer, le Rallye de la Côte Fleurie devra trouver un autre terrain de jeu. "On voyait que ça se passait ailleurs en France mais on ne s'attendait pas à ce que ça arrive à Villers" se désole Jean-Michel Guégan, l'organisateur. Il aura à dérouter un peu le tracé d'une spéciale de 5 km.

Evoluer pour survivre

Ce n'est pas insurmontable mais le charme de l'épreuve s'en retrouve amoindri selon Eric Brunson, recordman de l'évènement avec 8 succès. Toutefois, le champion concède que son sport doit évoluer. "Les sports mécaniques sont des sports polluants, et c'est vrai que c'est un réel problème". Cela dit, la fédération et les constructeurs travaillent sur des modifications et un gros travail est effectué sur les moteurs hybrides, beaucoup moins polluants.

Il est vrai qu'il existe une Formule 1 électrique et que bientôt le championnat du monde des rallyes sera 100% électrique. "Ca avance dans le bon sens, poursuit le pilote. De toutes façons, c'est un sport populaire, ancré dans les moeurs, son avenir n'est pas mort mais il va falloir s'adapter". Et dans la région, nombreux sont les concernés. Côte Fleurie, Lillebonne, Saint-Lô, Suisse Normande, Neufchâtel... Au total, près d'une vingtaine de rendez-vous annuels.

Le dilemme des rassemblements de véhicules anciens

Si le monde du sport automobile de compétition pourra sans doute s'acclimater, la mission est d'ores et déjà impossible pour la sphère des véhicules de collection. Plus anciens, ils polluent davantage, même si leurs défenseurs avancent le fait que ces engins roulent très peu, moins de 1000 km par an en moyenne. 

Dans la région, ces évènements se font de plus en plus nombreux. Le Tour de Normandie des véhicules anciens existe depuis 16 ans (il se tient d'ailleurs ces jours-ci, du 17 au 20 juin de Cherbourg à Arromanches). A Caen, le Rétro Festival à Caen a vu le jour il y a une quinzaine d'année. Et à Ouistreham, le Normandy Beach Festival tiendra sa troisième édition en septembre prochain. 

Cette épreuve de vitesse sur sable ne respecte ni l’environnement, ni le vivant, ni l’écosystème sur cet espace naturel et ni la santé des personnes et occasionne pendant 3 jours des pollutions de l’air et sonores auprès des habitant-es

Communiqué Attac 14, Alternatiba et assos locales contre la tenue de la Normandy Beach Race

En septembre 2020, plusieurs associations écologistes s'étaient réunies pour dénoncer la tenue de la deuxième édition de l'évènement rassemblant des véhicules anciens faisant des duels de vitesse sur la plage. "Ces courses utilisent des énergies fossiles, précise Véronique Pigné, co-présidente d'Altrenatiba Caen, ça ne contribue pas à accompagner le public vers une prise de conscience citoyenne et au nécessaire changement de mentalités". 

Malgré tout, à la mairie de la cité côtière, il n'a jamais été question d'annuler. L'adjointe chargée de l'Evenementiel Sophie Poleyn s'est d'ailleurs expliquée dans une vidéo postée sur Youtube.

"La protection de l'environnement est au coeur de notre programme mais l'écologie ne doit pas devenir un prétexte pour supprimer tous les rassemblements et fêtes populaires qui nous font vivre ensemble." En guise de contrepartie écologique, une opération plage propre fut organisée le lendemain. 

Ces rassemblements très prisés et vecteurs de retombées économiques pour les communes seront encore plus des évènements d'exceptions dans un futur proche. En effet, les collectionneurs de voitures anciennes ne pourront bientôt plus circuler dans les principales villes de la régionL'article 27 de la Loi Climat devrait interdire en décembre 2024, la circulation de ces véhicules dans les agglomérations de plus de 150 000 habitants, pour protéger la qualité de l'air. En Normandie, Rouen, Caen et Le Havre seraient donc visés par la mesure. 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
automobile écologie environnement