Enquêtes de Région : la Normandie pourrait-elle un jour manquer d'eau ?

La sécheresse n'a pas épargné la Normandie cet été, au point qu'on a frôlé dans certaines communes la coupure d'eau potable. Températures caniculaires, rivières à sec et pas une goutte de pluie pendant des semaines. Cette pluie, certains citoyens engagés ont décidé de la stocker par milliers de litres, contournant parfois une règlementation restrictive. Les militants de l'eau de pluie, c'est à voir ce mercredi soir sur France 3 Normandie.

Cet été, la France entière a été touchée par une sécheresse historique n’épargnant aucun territoire. En Normandie aussi, on n'a pas vu une goutte de pluie pendant des semaines et on a frôlé, dans certaines communes, la coupure d’eau potable. Le réchauffement climatique est désormais une réalité.

Comment réduire sa consommation d’eau potable ? Comment inciter le consommateur à se montrer plus économe ? Et si l’une des solutions passait par la récupération de l’eau de pluie ? Dans la région, quelques citoyens ont entrepris de stocker des milliers de litres d'eau avec pour objectif d’être le plus autonomes possible, parfois même en contournant une réglementation très restrictive. Rencontre avec les militants de l’eau de pluie.

L'eau tombée du ciel

Serge Lesur arrose son jardin avec, dit-il, l'eau tombée du ciel. "C'est de l'eau de pluie, récupérée les mois précédents. C'est satisfaisant de ne pas utiliser de l'eau potable ou du réseau pour des usages qui ne sont pas alimentaires". Dans cette maison, la pluie tombe aussi dans la machine à laver. L'eau venue du ciel sert aussi aux lessives. "Je fais ma machine à l'eau de pluie, je n'ai aucun problème de calcaire nous explique Martine Lesur, la femme de Serge, "je n'utilise pas l'eau du réseau, il n'y a pas de pesticides, c'est naturel !".

Dès qu'il pleut, le toit de cette maison n'en perd pas une goutte. L'eau de pluie dégouline directement au sous-sol, dans quatre cuves de 1000 litres chacune. Serge tapote contre les parois d'où sort un son creux. "On voit bien que c'est vide" souligne le retraité. L'été sec est passé par là et Serge n'a plus que 1000 litres dans ses cuves de récupération d'eau de pluie. Pendant qu'il inspecte ses cuves, le lave-linge lance le rinçage et la pompe se met en route automatiquement. L'idée est séduisante, mais un peu chère. La machine et les quatre cuves ont coûté 4000 euros. "L'installation on l'a faite il y a 15 ans.  Effectivement il y a une démarche militante dans l'affaire ! Il y a un coût, et certaines contraintes dans l'utilisation de tout ça, il faut le savoir et en avoir envie" poursuit Serge.

Une règlementation restrictive

L'eau récupérée sur les gouttières est d'abord destinée au jardin. Elle peut alimenter les chasses d'eau dans les toilettes. Elle est aussi tolérée pour laver le linge et les sols.
Mais l'eau de pluie ne doit jamais croiser l'eau du robinet dans les tuyaux, ce qui revient à créer une canalisation parallèle. Serge Lesur a donc coupé l'alimentation du réseau général reliée à ses toilettes, et son deuxième réseau d'eau de pluie vient les alimenter.

L'utilisation de l'eau de pluie n'est plus réservée aux jardiniers ou aux militants. La tendance est à la citerne enterrée, en béton par exemple. Et le commerce se porte plutôt bien. 

On a jamais eu autant de demandes sur la récupération de pluie. Les gens commencent à être sensibilisés sur le fait que l'eau de pluie tombe du ciel et qu'elle est gratuite

Julien Settelen, gérant de Eau et Economies

Pourtant quand Julien Settelen a commencé à s'intéresser à la récupération d'eau de pluie, cet entrepreneur passait, dit-il, pour un extra-terrestre. Son commerce connait depuis 5 ans une croissance de 20% .

Ce type d'investissement demeure toutefois très marginal. Cuves, terrassement, pompe, il faut compter 6000 euros au bas mot. Aucune subvention, aucun crédit d'impôt n'est prévu pour ces travaux.  L'Agence de l'eau Seine-Normandie peut apporter une aide, à condition que la municipalité s'investisse aussi dans le projet. Il faut pour cela que des riverains volontaires se regroupent pour qu'une partie des travaux soit financée par l'Agence de l'eau -1000 euros au maximum-.

Vers une incitation à stocker l'eau ?

Les étés secs se succèdent. Pour faire face aux longues périodes de sécheresse, ne serait-il pas judicieux d'inciter les particuliers à stocker l'eau ?
Dans le pays de Bray en Seine-Maritime, le ciel a toujours été des plus généreux. Marie-Odile et Jacques Follet ont pensé qu'il était naturel de vivre avec l'eau de pluie. 

Nous avons une maison qui fait environ 100 m2 de toiture, et la citerne fait 7000 litres. A chaque fois qu'il tombe 10 millimètres d'eau, ça fait 1000 litres d'eau dans la citerne.

Jacques Follet

Il y a une dizaine d'années, ils ont investi dans un système sophistiqué de filtrage et de purification conçu en Allemagne. "Chez nous, on utilise l'eau de la citerne pour toute la maison, y compris pour la boire" poursuit Jacques. "Elle est excellente confirme Marie-Odile après avoir bu son verre d'eau, elle a un peu le goût d'eau de montagne, elle n'est absolument pas calcaire. Dès que l'on passe à l'eau de ville, je le vois immédiatement au robinet, aux salissures du calcaire sur l'évier, au linge qui est plus dur. Je me dis ça y'est, on est passé sur l'eau sale !".

Jacques Follet ne sait pas si son système d'approvisionnement en eau est légal, ce qui n'a pas l'air de le perturber. Il s'étonne même que de nombreuses aides existent pour lutter contre le gaspillage d'énergie et qu'il n'y en ait pas pour récupérer l'eau de pluie. "Ce serait bien que la législation change et qu'on incite fortement les gens à récupérer l'eau de pluie de leur maison individuelle". L'important c'est que l'on se sent bien plus impliqué dans sa consommation, et on fait attention à son eau" conclue Marie-Odile.

L'eau de pluie a quelque chose qui la rend précieuse et désirable, elle sait se faire attendre.

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Les militants de la pluie, un reportage de Pierre-Marie Puaud et Cyril Duponchel, à voir ce mercredi soir à 23H15 sur France 3 Normandie dans l'émission Enquêtes de Région.

A voir également :
- Comment les communes ont géré le manque d'eau potable cet été en Normandie ? Un reportage de Florent Turpin
- Sècheresse et agriculture, comment le milieu s'adapte ? Un reportage de F. Pesquet

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